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  • « Elle voulait mourir chez elle » : Madrid pleure Maricarmen, visage de la crise du ...

Expulsée le 23 septembre du logement qu'elle occupait depuis 70 ans, Maricarmen Abascal est morte mercredi. À Madrid, militants et anonymes lui rendent hommage.

La rédaction avec AFP - Aujourd'hui à 17:11 | mis à jour aujourd'hui à 17:24 - Temps de lecture :

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Au cœur du campement de fortune installé par les militants du droit au logement sur la Puerta del Sol, Aitana López est venue jeudi rendre hommage à Maricarmen Abascal. Dans ses mains, une bougie sur laquelle elle a écrit au marqueur noir : « Merci pour tout, on ne t'oubliera jamais. » « Sous le choc », cette étudiante en mode de 25 ans salue la mémoire de celle qui, selon elle, « est à l'origine de tout ça ».

Depuis l'expulsion de l'octogénaire le 23 septembre, une mobilisation populaire secoue l'Espagne, et une centaine de tentes occupent depuis une dizaine de jours cette vaste place du centre de la capitale. « Je voulais absolument venir pour allumer une bougie, essayer d'acheter des fleurs ou quelque chose du genre [...] Pour faire acte de présence », explique-t-elle. Hospitalisée depuis son expulsion, Maricarmen Abascal est morte mercredi soir. Il y a quelques mois, elle avait raconté au média elDiario.es ses années de lutte pour ne pas quitter l'appartement qu'elle habitait depuis 70 ans, racheté par une société immobilière qui en avait fortement augmenté le loyer. « Ce combat a ruiné ma santé, je ne tiens même plus debout », confiait-elle alors. Une marche doit partir jeudi soir à 20 heures du campement, devenu l'épicentre symbolique de la crise, pour rejoindre son ancien logement. Le syndicat des locataires appelle aussi à observer une minute de silence vendredi à midi.

 « La grand-mère de tout un pays » ou encore « La lutte continue ». Photo Sipa/AP/Manu Fernandez

Devant un petit autel improvisé, des morceaux de carton posés au sol au milieu de bouquets de roses portent des messages : « La grand-mère de tout un pays » ou encore « La lutte continue ». Photo Sipa/AP/Manu Fernandez

« La grand-mère de tout un pays »

Devant un petit autel improvisé, des morceaux de carton posés au sol au milieu de bouquets de roses portent des messages : « La grand-mère de tout un pays », « La lutte continue ». En fin de matinée, une dizaine de personnes, certaines visiblement émues, s'y attardent pendant que des touristes se faufilent entre les bougies et les tentes. Parmi elles, Luis Rodríguez, 64 ans, juge « inadmissible » d'avoir chassé une femme âgée de chez elle au moment où les prix de l'immobilier, à la location comme à l'achat, « ont atteint un niveau complètement délirant ». « On savait qu'elle allait mourir, et elle est morte... C'est révoltant ! », lâche ce Madrilène, pour qui son cas aura été « la goutte d'eau qui a fait déborder le vase ». « Cette dame a été une victime, une victime de plus... »

Valeria Racu, l'une des porte-parole du syndicat des locataires de Madrid, qui a accompagné Maricarmen Abascal jusqu'au bout, la décrit comme « une lumière » et « un phare » pour ce combat né d'un campement dressé devant son immeuble la veille de son expulsion. « Beaucoup diront que Maricarmen était âgée et qu'elle allait mourir, mais elle n'avait pas à mourir de cette façon, Maricarmen voulait mourir chez elle », insiste-t-elle.

Des élections anticipées le 29 novembre

L'indignation suscitée par son expulsion a aussi précipité une crise politique. Vendredi dernier, les députés espagnols ont rejeté les deux textes de loi présentés par le gouvernement de Pedro Sánchez, dont celui qui prévoyait de suspendre les expulsions de personnes vulnérables. Trois jours plus tard, face au blocage, le Premier ministre socialiste a convoqué des élections anticipées pour le 29 novembre. Un contexte qui fait réagir Juana Sotillos, retraitée de 68 ans croisée sur la Puerta del Sol : « C'est une femme qui a été instrumentalisée politiquement par les uns et par les autres. »

Jeudi matin, avant même l'arrivée de la marche prévue dans la soirée, bougies, fleurs et mots d'hommage s'accumulaient déjà sous un arbre, au pied de l'immeuble où elle avait vécu sept décennies.

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