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Israël : à quelques jours du scrutin, des électeurs aux attentes opposées

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Publié le 22/10/2026 23:16

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Article rédigé par France 2 - A. Miguet, N. Le Mentec, T. Prouvost-Mauzé, C. Duval, C. Steiner, M. Benoliel - Édité par l'agence 6Medias

France Télévisions

À quelques jours des élections législatives en Israël, la société apparaît plus divisée que jamais. Du coût de la vie aux exemptions militaires des juifs ultra-orthodoxes, en passant par la colonisation en Cisjordanie et les discriminations dénoncées par les Arabes israéliens, les préoccupations divergent. Dans un scrutin qui s'annonce serré, l'avenir politique de Benyamin Netanyahou est au cœur des débats.

Ce texte correspond à une partie de la transcription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Dans un pays plus divisé que jamais, nous sommes allés à la rencontre d'Israéliens appelés aux urnes mardi 27 octobre. Pour des élections, les premières depuis le traumatisme du 7-octobre, qui ressemblent à un référendum pour ou contre Benyamin Netanyahou.

Première étape, Bat Yam, ville de la banlieue de Tel Aviv, 130 000 habitants. C'est ici que vit une mère de 29 ans, photographe de profession, mariée, deux enfants. Ce qui préoccupe avant tout Ora Khalifa, c'est le coût de la vie toujours plus élevé dans ce pays en guerre permanente, Gaza, Liban, Syrie ou Iran. Comme une grande partie de la classe moyenne israélienne aujourd'hui, tout ce qu'elle gagne, elle le dépense. Les prix pour l'alimentation, par exemple, ont bondi de 20 % depuis les dernières élections. Elle détaille : "Par exemple, pour un pain ordinaire, j'en achète tout le temps. Il y a 4 ans, ça coûtait 3,50 euros. Aujourd'hui, c'est 6,30 euros." Elle ne sait pas encore pour qui elle votera, mais veut un changement de politique. Et de ce Premier ministre qui aura passé pas moins de 18 ans cumulés à ce poste : "Je pense que ce n'est pas normal qu'un seul homme reste au pouvoir aussi longtemps et ce n'est pas comme s'il avait réussi à changer les choses. La situation empire, en fait, pour nous. La sécurité d'Israël, c'est important, mais on ne parle que de ça", commente la photographe.

Désenchantée par ces quatre dernières années, Ora Khalifa se définit comme une modérée, dans ce pays jusqu'à présent très à droite et de plus en plus religieux. Miroir des divisions qui traversent la société israélienne entre laïcs et religieux, Jérusalem, ville trois fois sainte, saturée de prières et d'histoires. Nous nous sommes rendu dans un des quartiers où vivent les haredim. Les juifs ultra-orthodoxes représentent 14 % de la population israélienne, un million et demi de personnes. Généralement vêtus de noir, soumis à des règles de pudeur extrême. Ce sont femmes d'un côté, hommes de l'autre pour monter dans les bus, par exemple. Leur quotidien est dicté par les textes anciens. Et donc pour eux, pendant Shabbat, jour de repos dans le judaïsme, tout doit être fermé, comme un café. Il était encore ouvert il y a quelques semaines, attirant les foudres des religieux organisant des manifestations devant l'établissement pour empêcher les clients laïcs d'y accéder. Illustrations de la fracture profonde de la société.

Non loin de là, notre journaliste part à la rencontre de Yonathan Steinberger. Il est ultra-orthodoxe. Quand on lui demande "Vous vivez dans un monde différent des autres ?", il répond : "C'est complètement vrai. On vit en fait comme il y a 100 ans." À l'écart du reste de la société, mais pas complètement de la politique, il tient un cabinet de conseil pour les familles de sa communauté. Dans un pays en guerre où la jeunesse est mobilisée dans l'armée, ce père de six enfants ne veut pas de service militaire pour les siens. Aujourd'hui, les ultra-orthodoxes bénéficient d'une exemption. Il explique : "Je suis plus haredim qu'israélien parce que l'État ne se conforme pas aux règles de la Torah. L'armée façonne les jeunes et en fait des Israéliens. Mais un homme issu de notre communauté, s'il entre dans l'armée, il sera moins concentré sur la Torah et sur les commandements." Dieu, plutôt que l'armée, la religion, plutôt que l'État, il votera pour un des deux principaux partis religieux qui promettent la non-conscription aux haredim.

En Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, les drapeaux de l'État hébreu sont partout et les affiches des chefs de file de l'extrême droite, comme Bezalel Smotrich. Il est l'un des 500 000 colons qui vivent dans ces implantations illégales au regard du droit international, mais soutenues par le gouvernement. Il y a des centaines de colonies installées ici, au détriment de Palestiniens expulsés de leurs terres. La colonie de Kedumim est l'une des premières. 5 000 habitants, dont Yaffa Nissenfeld, Israélienne née en France. Elle décrit son lieu de vie : "La colonie, le village se développe. C'est-à-dire qu'on va construire comme une sorte d'hôtel pour pouvoir recevoir la famille qui vient nous voir." Pour cette décoratrice d'intérieur, cette terre appartient au peuple juif, c'est, dit-elle, écrit dans la Bible. Guidée par la religion, elle vit ici depuis 20 ans avec mari et enfants. Elle soutient une ligne ferme, comme elle confie : "Je suis très contente de l'orientation qu'a prise la droite au pouvoir et même si je voudrais que ce soit un petit peu plus jusqu'au-boutiste." Son souhait est que l'extrême droite, nationaliste et religieuse, continue de gouverner et aille plus loin. Il ne peut pas y avoir pour elle d'État palestinien.

Nous reprenons la route pour nous rendre à notre dernière étape, Nazareth, en Galilée. 80 000 habitants, plus grande ville arabe d'Israël. Ici, la radio la plus écoutée, c'est Nas Radio. Elle est en langue arabe. Et son présentateur vedette de 33 ans, c'est Mohammad Magadli. Pour lui, le bilan de ces quatre dernières années est désastreux. Ce qu'il attend de ces élections, c'est de l'apaisement. Il explique : "C'est très difficile d'être journaliste arabe en Israël. Il y a des ministres du gouvernement qui demandent qu'on me vire parce que je parle de Gaza. En fait, on ne peut pas parler de la souffrance des habitants de Gaza ou de la Palestine, ni même de la paix."

Les Arabes israéliens représentent 21 % de la population. Ils ont en principe les mêmes droits, mais ils se sentent victimes de discrimination. Et elles se sont accentuées, selon lui, avec ce gouvernement le plus à droite de l'histoire du pays : "Pour l'État, le gouvernement et le Premier ministre ici en Israël, on est des citoyens de seconde classe. Je pense que la majorité des Arabes va vraiment aller voter pour changer la situation."

Plus de 30 listes sont en lice. Aucune majorité ne se dégage selon les sondages. Le scrutin s'annonce serré. Les jeux sont loin d'être faits.

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