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Espagne : au mois de juillet, d’anciens terroristes d’ETA et des victimes se sont réunis au nom de la justice restaurative

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Des manifestants brandissent une banderole sur laquelle on peut lire «Justice pour les victimes de l’ETA, pas d’accord avec Bildu», lors d’une manifestation organisée par l’Association des victimes du terrorisme (AVT) à Madrid, le 26 mars 2022.

Des manifestants brandissent une banderole sur laquelle on peut lire «Justice pour les victimes de l’ETA, pas d’accord avec Bildu», lors d’une manifestation organisée par l’Association des victimes du terrorisme (AVT) à Madrid, le 26 mars 2022. OSCAR DEL POZO / AFP

C’était l’une des promesses du premier ministre Pedro Sánchez à la coalition indépendantiste EH Bildu, en 2023, en échange de leur soutien pour obtenir une majorité au Congrès.

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Vingt tentatives d’assassinat et plusieurs actes terroristes avaient valu, en 2008, une condamnation à 377 ans de prison à Mikel Garikoitz Aspiazu Rubina, alias « Txeroki », ancien chef de l’organisation terroriste ETA. Il bénéficie pourtant aujourd’hui d’un régime de semi-liberté lui permettant de sortir de prison du lundi au vendredi, après avoir accepté de participer à un programme de justice restaurative. Le 3 juillet 2025, une rencontre organisée en secret, réunissait pendant toute une journée cinq victimes du terrorisme et dix-sept anciens membres de l’organisation dans une maison rurale, rapporte le quotidien espagnol El Mundo .

ETA, une organisation armée indépendantiste basque, est responsable de nombreux attentats en Espagne. Entre 1968 et 2010, ses actions ont causé environ 829 morts, selon les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur espagnol. Au cours de cette rencontre, victimes et anciens terroristes ont échangé pendant près de neuf heures, partageant discussions, promenades en petits groupes et un repas, en présence de deux hauts responsables du département de la Justice du gouvernement basque.

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Un régime de semi-liberté

Le lieu de la rencontre n’a pas été choisi au hasard. Il s’agit d’une demeure qui était autrefois la résidence de Pilar Zuriarrain, avocate et ancienne élue du Parti nationaliste basque (PNV). Celle-ci travaillait notamment sur des plaintes visant certaines municipalités dirigées par des responsables de Herri Batasuna, un parti politique considéré comme proche d’ETA. La maison avait été incendiée en 1999, un acte que le PNV avait alors dénoncé comme une « pratique mafieuse » destinée à intimider les opposants politiques.

Parmi les 17 prisonniers ayant participé à la rencontre, six bénéficient déjà d’un régime de semi-liberté. Mais l’initiative reste toutefois controversée. À l’origine, 21 détenus devaient y prendre part, selon le quotidien national El Mundo. Mais l’équipe de psychologues, chefs de service et travailleurs sociaux de la prison de Zaballa a refusé la participation de quatre membres d’ETA, en raison des nombreuses années de peine qu’il leur restait à purger et du fait qu’ils n’avaient jamais bénéficié auparavant d’aucune sortie programmée.

Un accord avec les indépendantistes

L’objectif affiché par le gouvernement socialiste est de désormais favoriser la réinsertion des détenus par le dialogue et de permettre une forme de réparation morale, en reconnaissant les torts commis. Mais ce dispositif sert également de préambule à une série de semi-libertés accordées aux condamnés d’ETA, une revendication centrale de EH Bildu, coalition politique indépendantiste basque, auprès du gouvernement de Pedro Sánchez, en 2023.

À cette époque, pour conserver le pouvoir, Pedro Sánchez avait besoin d’une majorité au Congrès espagnol. Ne l’ayant pas, il a conclu un accord avec Bildu et d’autres coalitions indépendantistes. Dans le cadre de ce pacte, Bildu a apporté son soutien au gouvernement socialiste et, en contrepartie, a obtenu que certaines de ses revendications soient prises en compte, notamment la possibilité pour les anciens membres du groupe terroriste de bénéficier de semi-liberté. Cette décision a déclenché de vastes manifestations à travers toute l’Espagne, rassemblant environ 500.000 personnes le 12 novembre 2023, selon la police nationale. Les protestations s’étaient ensuite poursuivies pendant plusieurs mois.

C’est dans ce contexte polémique que le projet de justice restaurative a été mis en œuvre dans la plus grande discrétion. Les détails du programme, sa mise en œuvre et ses résultats n’ont pas été rendus publics jusqu’à aujourd’hui. Selon El Mundo, les associations de victimes n’ont pas été informées non plus.

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