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Le soir de sa défaite aux élections générales de 2022, Éric Duhaime a promis de consolider et d’élargir le mouvement conservateur. Quatre ans plus tard, son objectif semble à portée de main, mais pour y arriver, il doit « jouer à l’équilibriste », résument deux spécialistes.
Dans un rassemblement militant de la Rive-Sud de Québec, il y a beaucoup de nouveaux conservateurs.
Johanne Gagné, une ancienne souverainiste, a besoin de nouveauté dans sa vie. Richard Savard votera aussi pour le Parti conservateur du Québec (PCQ) pour la première fois. J'étais séparatiste avant, mais plus maintenant, dit-il.

Le chef conservateur Éric Duhaime a rencontré des militants dans un pub de Lévis vendredi soir.
Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon Duran
Les idées d’Éric Duhaime résonnent auprès de ces deux retraités : réduction des subventions aux entreprises, diminution d’impôts historique, exploitation des ressources naturelles et intégration du privé en santé.
N’étant plus capable de marcher et devant une liste d'attente d'un an et demi au public, Richard Savard s'est tourné vers le privé pour une opération à la hanche et aux genoux.
J’étais rendu avec un déambulateur à la maison. Pour retrouver ma qualité de vie, ça m’a coûté 82 000 $, raconte-t-il.
Changer son image
Le parti qui a été propulsé pendant la pandémie se présente maintenant comme une formation de droite économique. Il cherche le vote des citoyens étouffés par l’augmentation du coût de la vie.

Éric Montigny est politologue à l'Université Laval.
Photo : Radio-Canada
Éric Duhaime a des idées précises, parfois simples, certains diront simplistes. Ça se communique bien. C’est plus facile que d’être nuancé. À l’heure des médias sociaux, ça peut avoir de l’attraction, croit Éric Montigny.
Cette stratégie fonctionne auprès de Jonathan Lévesque, un Lévisien de 30 ans, qui peine à avoir accès à la propriété, contrairement à ses parents au même âge. C’est la première fois que la jeune génération aura moins que la précédente.
Le PCQ semble arriver à crédibiliser son offre, selon Philippe Dubois, professeur en communication et gouvernance à l’École nationale d’administration publique (ENAP).

Philippe Dubois est professeur en communication et gouvernance à l’ENAP. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc
Il essaie d’évacuer les questions morales et une certaine image qu’il a traînée dans la pandémie. [...] Je pense que le parti a réussi à modifier son image de marque.
Éric Duhaime adopte un discours plus policé, plus doux, qui a le potentiel de parler au-delà de sa base électorale au discours plus revendicateur, ajoute-t-il.
Selon les agrégateurs de sondages, le PCQ mène dans la majorité des circonscriptions de la grande région de Québec. Fort de cette position, il revoit ses ambitions à la hausse, ayant maintenant dans la mire des circonscriptions en Estrie, en Mauricie et au Centre-du-Québec.
En 2022, il n’avait fait élire aucun député malgré ses 530 786 votes, soit près de 13 % des suffrages. En comparaison, le Parti québécois (PQ) avait fait élire trois députés avec 14,6 % des voix, et le Parti libéral du Québec (PLQ) 21 avec 14,3 %.
Le défi d’élargir la base conservatrice
Élargir la base du Parti conservateur reste un défi, selon le politologue Éric Montigny, parce que la formation ne doit pas s'aliéner le noyau dur antisystème qui l’a appuyée en 2022 en adoucissant trop son discours.
Cet électorat est plus susceptible de ne pas faire confiance en la science, aux médias traditionnels et aux institutions démocratiques.
Philippe Dubois va dans le même sens. Selon lui, il existe au PCQ des électeurs très réactifs aux discours populistes et qui se sont intéressés à la politique pour la première fois lors de la pandémie alors qu’ils se sont sentis heurtés par les mesures sanitaires.
Éric Duhaime doit jouer à l’équilibriste, expliquent les deux experts.

Éric Duhaime était entouré de candidats conservateurs de la région de Québec lors d'un rassemblement partisan en juin. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Rencontré au rassemblement de militants, Gaston Jobin ne cache pas faire partie de cette base plus réfractaire au système. Le problème qu'on a partout au Canada, ce sont les journalistes, lance-t-il sur un ton revendicateur.
Ce sont des incompétents qui nous dirigent d'un bout à l'autre du pays. C’est la loi du moindre effort au Québec, ajoute l’homme qui s’est souvent fait photographier auprès d’Éric Duhaime et qui qualifie Radio-Canada d'être du bord des gens qui piquent en faisant référence à la pandémie.
Défendre des candidats controversés
Garder des candidats controversés au sein de son parti peut aider Éric Duhaime à maintenir sa base mobilisée, croit Éric Montigny.
C’est plus difficile pour M. Duhaime que pour ses collègues de se débarrasser de certains candidats parce que [leurs discours] parlent à une frange de son électorat.

Neuf candidats conservateurs ont tenu des propos controversés dans le passé. Éric Lanthier, un pasteur pro-vie, est le seul à s'être désisté.
Photo : Radio-Canada
Depuis le début de la campagne, Éric Duhaime s'est porté à la défense d’au moins neuf candidats.
Traditionnellement, au Québec, les chefs se détachent tout de suite des candidatures qui tiennent des propos plus violents, misogynes et racistes. [...] Cette année, il y a une ligne qui a été franchie. On est venu normaliser ce qui n’était pas normal avant.
Marie-Josée Hélie, qui se présente dans la circonscription de Montmorency, à Québec, a par exemple déjà qualifié les démarches de vaccination obligatoire de génocidaires.
Jimmy Gagnon, dans Mégantic, a quant à lui vandalisé une partie de l’érablière de ses voisins, avant de mentir à la cour lorsqu'il a été visé par une poursuite.
Si les gens qui mentent ne pouvaient pas siéger à l’Assemblée nationale, on n’aurait pas 125 députés, avait alors répliqué le chef conservateur talonné par les journalistes.
En le défendant ainsi, M. Duhaime tient lui-même des propos très antisystème, selon Éric Montigny.
Gaston Jobin apprécie la prise de position de son chef. Qu’est-ce qu’il a fait de mal [Jimmy Gagnon]? s’interroge-t-il. Il incite du même coup les conservateurs à aller voter le 5 octobre. L'électorat antisystème est plus difficile à mobiliser, rappelle d'ailleurs Éric Montigny.
Le PCQ affirme ouvertement ne pas avoir l’objectif de former le prochain gouvernement. Grâce à sa popularité dans la grande région de Québec, il souhaite cependant obtenir le statut de groupe parlementaire officiel avec l'élection d'au moins 12 députés.


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