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Sur la glace olympique du Complexe sportif Promutuel Assurance (CSPA), à Trois-Rivières, Éric Bédard entraîne, en ce premier mercredi de février, 18 patineurs adolescents qui n’étaient pas nés lors de sa dernière participation comme athlète à des Jeux olympiques, à Turin, en 2006.
Vingt ans après son dernier tour de piste olympique, l'orgueil de Sainte-Thècle est toujours animé par le sport qu’il a découvert à 5 ans et choisi quelques années plus tard, sans délaisser totalement le hockey pour autant.
C'est sûr que c'est un sport qui m'a vu grandir, qui m'a amené tellement de belles expériences, autant comme athlète en compétitions, oui, il y a eu des Jeux olympiques, mais avant, les Jeux du Canada, les Jeux du Québec, et aussi la camaraderie, on a des amis à travers le Québec, le Canada et à travers le monde, raconte le quadruple médaillé olympique.
Il parle de cet esprit de communauté avec sincérité.
Sur la glace, il n'y a pas vraiment d'amis, on travaille pour nous-mêmes, on est vraiment égoïste d'une certaine manière, c'est notre victoire, c'est nos trucs avec notre entraîneur en symbiose. Mais lorsqu'on débarque de la glace, presque toujours, deux patineurs vont se donner la main, se féliciter.
Celui qui entraîne depuis 2020 les élèves-athlètes en patinage de vitesse sur courte piste de l’Académie les Estacades et du Cégep de Trois-Rivières ainsi que Les Élans de Trois-Rivières confie que cet apprentissage de la camaraderie hors course commence en bas âge.

Les élèves-athlètes font entre 400 et 500 tours de glace par semaine. (Photo : 4 février 2026)
Photo : Radio-Canada / Raphaël Poliquin
On peut être en finale olympique, ce qui a été mon cas dans le passé, avec mon coéquipier que je veux battre et qui veut me battre pour une médaille sur le podium, et puis, une demi-heure après, on a la finale du relais, alors, il faut revenir dans l'équipe, ajoute celui qui a participé comme athlète aux Jeux olympiques de Nagano et de Salt Lake City avant ceux de Turin.
Des frissons olympiques
Au moment où les athlètes sont de retour en Italie pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina, Éric Bédard a encore des frissons, parce que c’est ce qui marque un athlète olympique.
Il dresse des parallèles entre les sélections olympiques canadiennes desquelles il a fait partie et celle présente à Milan-Cortina. Autant les garçons que les filles sont à la recherche de médailles; on avait la même philosophie, c'était notre objectif, dit-il, la tête un peu plongée dans ses souvenirs.
À mes derniers Jeux, à Turin, je suis arrivé en étant classé 3e au monde au 500 m, 4e au 1000 m, et notre relais était parmi les 3 meilleurs au monde, rappelle-t-il. Il y a une pression, mais c’est une pression qu'on veut, c'est une pression qu'on carbure à ça.

Éric Bédard aux Jeux olympiques de Turin, en 2006
Photo : Getty Images / AFP/Franck Fife
Même si les athlètes arrivent aux Jeux olympiques avec des objectifs sur papier réalisables, les résultats peuvent être complètement différents. À Turin, Éric Bédard a été disqualifié en demi-finale du 1000 m, a terminé à des poussières d’une médaille de bronze au 500 m et est monté sur la deuxième marche du podium avec ses coéquipiers du relais. Sa carrière olympique lui avait auparavant procuré trois autres médailles (le bronze au 1000 m et l’or au relais à Nagano, ainsi que l’or au relais à Salt Lake City).
Oui, il parle d'une certaine déception en repensant à cette quatrième position italienne au 500 m, à quatre millièmes de seconde, c’est à peine cinq centimètres, d’une médaille de bronze, et à un dixième de seconde de la première place, c’est un mètre.

Mathieu Turcotte, Éric Bedard et Charles Hamelin aux Jeux olympiques de Turin, en 2006
Photo : Getty Images / Al Bello
Vingt minutes plus tard, il participait au relais. Ce n'était pas la performance que je désirais, finir 4e, mais d'un autre côté, j'avais quand même fait une super belle course et c'était de me revirer, de voir mes coéquipiers, de dire “on s'en va en finale olympique au relais, puis on veut la médaille d'or”.
Cet art de retomber rapidement sur ses patins s’apprend, comme la camaraderie, longtemps d’avance, pour être capable de réagir, de se relever, puis de performer lorsque c'est important.
Aux Jeux de 2006, ça faisait déjà 10, 12 ans que j'étais sur l'équipe nationale, plus de 25 ans que j'étais en patinage de vitesse, alors ce n'était pas seulement un cycle de 4 ans, c'était beaucoup d'années, beaucoup d'efforts, et puis c'est comme ça qu'on arrive, poursuit-il.
De voir les athlètes sur la ligne de départ à une finale, je peux un peu imaginer ce qu’ils ressentent, puis lorsqu'ils passent la ligne, puis sont sur le podium, c'est un autre dossier, c'est l'extase, c'est l'accomplissement, c’est ce que tu as pensé, visualisé, travaillé et réussi.

L'équipe canadienne du relais 5000 m en or des Jeux olympiques de Salt Lake City, en 2002 : Jonathan Guilmette, Éric Bédard, Mathieu Turcotte, Marc Gagnon et François-Louis Tremblay
Photo : La Presse canadienne / ADRIAN WYLD
Sur la glace avec la relève
Depuis sa retraite comme athlète, il y a beaucoup de choses qui ont changé, reconnaît-il. La préparation mentale, il y en a beaucoup plus aujourd’hui, c’était quand même tabou dans le temps, l’anxiété de performance, ça n’existait pas tant, les médias sociaux, ça n’existait pas, donc aujourd’hui, comme entraîneur ou comme gestionnaire de la haute performance, il faut penser à tout ça.
Éric Bédard est un pédagogue écouté par ses jeunes athlètes. Certains ont commencé le patinage de vitesse sur courte piste en bas âge, d’autres l’ont découvert tout récemment. Dans le groupe, plusieurs espoirs se retrouvent parmi les meilleurs de leur groupe d’âge au pays.
S’il choisit de transmettre ses connaissances à des adolescents, après avoir entraîné les sélections nationales allemande, italienne, française et canadienne, c’est entre autres par gratitude envers son sport.

Éric Bédard passe plusieurs heures sur la glace trifluvienne aux dimensions olympiques à partager sa passion avec la relève venue des quatre coins du Québec. (Photo : 4 février 2026)
Photo : Radio-Canada / Raphaël Poliquin
C'est le désir de redonner et pour l’enseignement, dit-il, les patins aux pieds. Un peu comme mes parents l’ont fait, ma mère enseignante et mon père responsable des sports au Collège de Shawinigan, mais au lieu d'être sur les bancs d'école, on est sur la glace.
L'objectif, c'est de faire grandir les athlètes, c'est de faire grandir les jeunes, puis de mettre des étoiles aussi dans les yeux, de les faire progresser en tant qu’athlètes, mais surtout en tant que personnes.
Ces étoiles sont bien visibles, même si le sport est parfois difficile. L’entraîneur en a aussi dans la voix quand il en parle. Il valorise autant la performance que le désir d’être actif.
Dans le développement de l'athlète, oui, on parle souvent d'excellence et tout, mais on a aussi le sport pour la vie, souligne-t-il. Ce qui est important, c'est de leur donner le goût de s'entraîner, de développer leur motricité, de développer le goût de la performance et, ensuite, c'est de rester dans le sport.
Et ses façons de faire fonctionnent. Des élèves-athlètes du collégial sont encore sur la glace même si elles ne veulent plus participer au circuit compétitif. Elles veulent quand même faire du patinage de vitesse, et ça, c'est aussi gratifiant que des athlètes qui sont sur le niveau international avec nous autres, ajoute l’entraîneur.
Vingt ans après son dernier tour de piste olympique, Éric Bédard vit sa passion autrement. Et c’est auprès de 18 jeunes patineurs qui ne l’ont jamais vu en compétitions internationales qu’il continue d’alimenter cette flamme qui l’habite.
En complément :

6:08
Facile, le patinage de vitesse sur courte piste?
Photo : Radio-Canada / Raphaël Poliquin


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