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Entre Bardella et Le Pen, ces sujets tourmentent le RN avant l’issue du procès des assistants parlementaires

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Les cadres RN se réunissent pour un séminaire censé aplanir les sujets de crispation, de plus en plus nombreux entre les deux têtes du parti.

Ces sujets qui tourmentent le RN avant l’issue du procès Le Pen (ici Jordan Bardella et Marine Le Pen en mars 2026)

SAMEER AL-DOUMY / AFP

Ces sujets qui tourmentent le RN avant l’issue du procès Le Pen (ici Jordan Bardella et Marine Le Pen en mars 2026)

La réunion a lieu à huis clos, « quelque part » en région parisienne. Ce vendredi 12 juin, la direction du Rassemblement national (RN) se retrouve pour un séminaire de travail, le deuxième du genre. Derrière la volonté affichée de préparer la prochaine élection présidentielle se cache surtout l’impérieuse nécessité d’aplanir les sujets de crispation voire de désaccords, qui se sont multipliés ces derniers mois.

Le 7 juillet, Marine Le Pen saura si elle peut (ou non) concourir en 2027. Mise en cause dans l’affaire des assistants parlementaires européens, elle risque de voir son inéligibilité confirmée en appel. Si tel est le cas, c’est Jordan Bardella, 30 ans, qui prendra le relais. En interne, on peine donc à masquer son impatience alors que la période de flottement semble propice aux échappées solitaires.

Sans attendre la décision de justice, le patron du parti a ainsi rompu bruyamment avec la réforme des retraites défendue jusque-là par Marine Le Pen. Dans les colonnes de la Frankfurter Allgemeine Zeitung le 12 mai, puis sur le plateau de LCI quelques jours plus tard, Jordan Bardella a suggéré d’abandonner toute référence à un âge légal de départ et d’injecter une part de capitalisation (un vieux refrain de la droite) dans le système par répartition. Officiellement, le RN défend un départ à 62 ans.

Une vision nettement plus libérale (et moins favorable aux travailleurs) que celle de son aînée, qui s’est appliquée pendant des années à conquérir un électorat ouvrier et populaire. Couac sur la ligne ? Déjà, en 2024, Jordan Bardella avait temporisé sur l’abrogation de la réforme portée par Élisabeth Borne, la conditionnant à un assainissement des comptes publics. Une forme de grand écart, pregnant, aussi, sur la question des superprofits ou des relations avec Medef, qui met les cadres et autres élus RN mal à l’aise.

« Je ne sais pas qui travaille sur une autre réforme, sans âge légal de départ. Cela ressemble à la retraite à points d’Édouard Philippe que nous dénoncions, et qui fait des perdants : ceux qui ont des carrières hachées, et notamment les femmes », a par exemple lâché le bras droit de Marine Le Pen, Renaud Labaye, fin mai dans Le Monde. Ce qui lui a valu des réprimandes en interne, où l’on ne souhaite donner aucune impression de désaccord ou de brouille.

Le RN à la croisée des chemins

Ainsi, dans le camp de la cheffe de file, comme dans celui de Jordan Bardella, on s’attache à minimiser les différences. Le maire de Perpignan Louis Aliot assure que le trentenaire « ne peut pas rompre du jour au lendemain » avec la ligne historique, convaincu qu’il y a « des équilibres et des sensibilités à respecter ». Le problème étant surtout que l’ambitieux patron du parti a osé rompre le pacte officieux scellé avec Marine Le Pen : pas d’échappée avant le 7 juillet.

Reste que le RN est aujourd’hui au milieu du gué. Puissant dans les sondages, donné vainqueur par quasiment tous les instituts, il n’en demeure pas moins à la recherche d’une ligne politique claire. Au-delà de la question des retraites, les atermoiements et autres zigzags sur le fond sont nombreux.

Récemment, Jordan Bardella a étonné par sa déclaration d’amour à l’Allemagne. Selon de nombreux observateurs, il s’est lancé dans une opération séduction vis-à-vis du chancelier allemand Friedrich Merz, qu’il considère comme un partenaire européen incontournable. Loin, très loin, du positionnement de Marine Le Pen en 2022, qui affirmait vouloir mettre fin à tous les projets de défense communs avec l’Allemagne. « Le Pen attaque l’Allemagne », avait même titré le journal Der Spiegel le 14 avril 2022, inquiet d’une victoire de la candidate d’extrême droite.

« N’oublions pas les petits »

Autre sujet de crispation en interne : l’histoire d’amour de Jordan Bardella avec la princesse de Bourbon des Deux Sicile, qui a de nouveau fait parler dimanche puisque le couple s’est affiché au grand prix de F1 Monaco, un verre à la main. Certains se sont étonnés du timing de cette paparazzade, alors que se tenait au même moment la marche blanche pour Lyhanna, 11 ans, dans le Gers. « Il ne faudrait pas qu’il se montre toujours à des événements de ce type », souffle par exemple un élu RN dans les colonnes du Parisien, contraint de faire le service après-vente, comme beaucoup de ses collègues.

En creux, certains résument les enjeux à une question : à force de vouloir séduire le grand patronat et les élites, Jordan Bardella est-il en train de remettre en cause quinze ans de stratégie antisystème et populiste ? « Il faut aller voir les grands, mais n’oublions pas les petits. Je vais le dire au séminaire », prévient en ce sens Louis Aliot. Marine Le Pen et Jordan Bardella ont déjà acté qu’une même équipe dirigerait la future campagne, quel qu’en soit le candidat. Le projet présidentiel, lui, ne sera pas ficelé avant le 7 juillet car aucun ne veut « être coincé dans un projet tranché ». Comprendre : chacun l’adaptera à sa sauce.

Une façon de reconnaître qu’ils n’ont pas tous les deux la même sensibilité. Parmi leurs opposants, beaucoup admettent d’ailleurs que faire campagne face à l’une ou à l’autre n’est pas tout à fait pareil. « Marine Le Pen est beaucoup plus dangereuse, assure la députée écologiste Sandrine Rousseau au HuffPost. Elle a du fond, ce sera beaucoup plus difficile de la prendre à défaut. Bardella, c’est une coquille vide. »

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