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Enquête du coroner : Regis Paquet était seule et en crise sur le balcon avant sa chute

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L'enquête du coroner sur la mort de Regis Paquet a permis d'apprendre que la femme était épileptique, confuse et violente le jour où elle est tombée d'un balcon en 2020. L'autopsie de la victime de 29 ans, qui avait un lourd passé médical, a révélé qu'elle avait consommé du cannabis juste avant de tomber du 24e étage de son logement social à Toronto.

L'enquête doit permettre d'éclaircir les circonstances dans lesquelles la femme d'origine ukrainienne, autochtone et noire est morte et d'établir des recommandations afin d'éviter une autre tragédie de ce type.

Le jury devra prononcer un verdict de mort naturelle, indéterminée ou accidentelle ou encore un verdict de suicide ou d'homicide.

Les six policiers étant intervenus à la suite d'un appel au 911 avaient été blanchis de tout blâme à la suite de plusieurs enquêtes indépendantes. La famille de la victime n'a toutefois jamais été d'accord avec les conclusions des différents rapports.

L'avocat du coroner, Robert Shallow, a d'ailleurs précisé au jury qu'il n'était pas question ici de remettre en cause leur travail, mais plutôt de savoir si les premiers intervenants d'urgence et le milieu communautaire étaient bien préparés pour secourir une personne épileptique.

Le désaccord de la famille Paquet à ce sujet n'est pas pertinent dans le cadre de cette enquête et il se situe en dehors de sa portée, dit-il.

La mort de Regis Paquet est survenue dans la foulée du meurtre de George Floyd à Minneapolis, qui avait suscité de nombreuses manifestations contre la police en Amérique du Nord.

Chronologie des événements

Dans sa déclaration d'ouverture, Me Shallow explique que Regis Paquet avait un lourd passé médical en matière de convulsions et de crises d'épilepsie et qu'elle affichait de nombreux symptômes, comme de la confusion, de l'irritabilité, de l'agitation et de la violence verbale et physique.

Regis Paquet était connue des services d'ambulance et de police de Toronto et de la région de York à la suite de plusieurs appels de sa famille ou du public au 911.

Me Shallow ajoute que Regis Paquet avait eu deux épisodes de convulsions séparés l'avant-midi du 27 mai 2020, jour de sa mort, et qu'elle était confuse, hostile et agressive.

Il mentionne que la mère et le frère de la victime ont appelé deux fois le 911 après que cette dernière ait eu une altercation avec son frère alors qu'elle était armée d'un couteau.

Regis Paquet a elle aussi appelé le 911 à trois reprises, ainsi que son père, sans toutefois le joindre.

Regis Paquet.

Regis Paquet était une jeune femme fière de ses origines, une gymnaste et une bénévole engagée au sein de sa paroisse, selon l'avocat qui représente sa famille. (Photo d'archives)

Photo : Facebook/Regis Korchinski-Paquet

Me Shallow précise que deux premiers policiers sont arrivés séparément sur les lieux à 17 h 20 et à 17 h 27. La police était là pour lui venir en aide, dit-il.

Pendant que les deux agents discutaient avec la mère et le frère de la victime, Regis Paquet est sortie, seule, vers 17 h 35, sur le balcon de l'appartement qu'elle partageait avec son frère et sa mère.

Elle a enjambé la balustrade et elle est tombée, poursuit-il.

L'avocat souligne que la chute de 62 mètres n'a duré que trois secondes et demie. Sa mort a été soudaine et profondément tragique, conclut-il.

Des colombes s'envolent devant un immeuble à Toronto.

Pour honorer la mémoire de Regis Paquet, des amis ont libéré 29 colombes au pied de la tour résidentielle d'où elle a chuté. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

La balustrade du balcon était par ailleurs plus haute que ne le requiert le Code du bâtiment, mais était dépourvue d'un filet contre les pigeons, contrairement à l'appartement voisin.

L'autopsie a révélé que Regis Paquet avait consommé du cannabis juste avant de tomber du 24e étage et qu'elle a succombé à de nombreuses blessures et à des traumatismes à la tête, à la nuque et au thorax.

Des produits du cannabis et des traces d'acétaminophène ont été prélevés dans son sang.

La seconde autopsie que les parents de la victime avaient demandée en est arrivée aux mêmes conclusions.

Épisodes postpsychotiques

Le rapport médical de Regis Paquet montre par ailleurs qu'elle avait subi des convulsions et des crises épileptiques à l'âge de 22 ans et qu'elle était médicamentée pour son mal.

La jeune femme avait été hospitalisée à plusieurs reprises pour cette condition dans les mois qui ont précédé sa mort, dans des hôpitaux de Markham ou de Toronto.

Par exemple, le 21 septembre 2019, elle a été transportée à l'hôpital de Markham-Stouffville en raison d'un comportement agressif envers ses proches.

Des membres de sa famille l'avaient sortie de l'appartement en la laissant dans le corridor de leur étage parce qu'elle était armée d'un couteau et qu'ils avaient peur d'elle.

Un mémorial improvisé à la mémoire de Regis Korchinski-Paquet.

Au pied de l'immeuble, un mémorial improvisé a été aménagé à la mémoire de Regis Korchinski-Paquet. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

À son arrivée à l'hôpital, Regis Paquet criait et elle était agressive à l'endroit du personnel; elle accusait son frère de l'avoir battue.

Elle avait eu une convulsion d'une durée de cinq secondes dans le stationnement. Elle avait fait savoir qu'elle avait oublié de prendre ses médicaments.

Le Dr Julien Hébert confirme à la barre des témoins que certaines personnes épileptiques peuvent être violentes contre elles-mêmes ou autrui ou encore être paranoïaques, délirantes ou suicidaires.

Certains cas d'épilepsie peuvent être associés à des épisodes postpsychotiques, explique le neurologue.

Le Dr Hébert poursuivra son témoignage mercredi avant d'être contre-interrogé par les avocats des autres intervenants dans cette affaire. Il est le premier des 13 témoins à témoigner dans cette enquête.

Le père, la mère, le frère et la soeur de Regis Korchinski-Paquet lors d'une conférence de presse.

En juin 2020, la famille de Regis Paquet avait exprimé son chagrin en conférence de presse. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Une douzaine d'intervenants sont représentés dans cette enquête, comme la famille de la victime, les services de police et d'ambulance de Toronto et des groupes de défense des personnes de couleur ou atteintes de problèmes de santé mentale.

Me Shallow compte convoquer 13 témoins à la barre, dont les six policiers et les deux ambulanciers qui avaient été appelés d'urgence à l'appartement de la victime, mais aussi les voisins de palier, des répartiteurs du 911 et un responsable de l'organisme Epilepsy Toronto.

On s'attend à ce que la mère et le frère de Régis témoignent à la fin des audiences, dans deux semaines.

Dans sa déclaration à la cour, la famille a fait savoir que Regis n'était pas une statistique, mais une fille, une sœur et une tante ainsi qu'une fière Canadienne.

Nous espérons que cette enquête honorera sa mémoire et permettra d'éviter d'autres morts semblables, a répété à leur place l'autre avocate du coroner, Me Kate Forget.

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