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Énergie, bruit et transparence : l’avenir des centres de données entre les mains des élus

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Essentiels au fonctionnement de nos téléphones intelligents et de l'intelligence artificielle (IA), les centres de données se multiplient à grande vitesse en Ontario. Entre exigences énergétiques, nuisances sonores et processus d'approbation compliqués, les prochains maires et conseillers municipaux devront trancher sur l'avenir de ces projets.

Au cours des prochaines semaines, Radio-Canada reviendra sur plusieurs enjeux qui touchent les Torontois en vue de l'actuelle course à la mairie. Les Torontois sont appelés aux urnes le 26 octobre prochain.

Récemment, le gouvernement Ford a dévoilé sa stratégie pour les centres de données en Ontario. Le gouvernement provincial veut que les nouveaux centres soient responsables de l'intégralité de leurs coûts d'électricité.

Le premier ministre Doug Ford a aussi martelé qu'il ne voulait pas imposer de centres de données dans les communautés qui ne seraient pas d'accord avec la venue de ces infrastructures, mais a tout de même insisté sur l'importance de ces centres.

Doug Ford.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, s'est montré favorable à la venue de centre de données dans les municipalités ontariennes. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Le gouvernement ontarien a aussi récemment argumenté que l'installation des centres de données dans les municipalités était essentielle dans la guerre commerciale avec les États-Unis.

Anne Pasek, professeure associée et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en médias, culture et environnement à l'Université Trent, voit l'Ontario comme un cas intéressant.

Notre réseau électrique n'a pas la marge de manœuvre nécessaire pour absorber la charge énergétique de plusieurs nouvelles villes, d'autant plus que nous allons rénover une partie du parc nucléaire, ce qui réduira encore cette marge, nuance-t-elle.

Selon elle, l'Ontario devra s'attaquer à cette problématique avant de pouvoir accueillir des centres de données sur son territoire.

Le chantier du centre de données YTO 40, une importante installation à grande échelle de Microsoft en construction à Etobicoke, Toronto.

Katie Steinfeld, créatrice du site Ontario Data Centre Tracker, croit qu'une meilleure concertation entre les promoteurs, les municipalités et le gouvernement provincial afin de fournir des informations claires à la population serait un pas dans la bonne direction. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Le gouvernement Ford ne semble pas avoir de plan concret, mais il semble plutôt avoir un plan pour faire un plan, déplore-t-elle.

Ce que les candidats à Toronto promettent de faire :

  • Brad Bradford s'est aussi dit favorable au développement des centres de données sur le territoire de Toronto. Lors du débat organisé par la Toronto Regional Real Estate Board (TRREB), M. Bradford a affirmé qu'il estimait qu'il serait irresponsable de s'opposer aveuglément à ces projets d'infrastructure et qu'ils pourraient offrir un avantage concurrentiel à Toronto, dans un contexte de guerre tarifaire. Il a enfin insisté sur la mise en place de règles et de réglementations claires.
  • Olivia Chow dit être du côté des résidents sur cette question. Elle s'oppose à toute proposition de centre de données qui nuirait à l'emploi, à l'environnement ou qui augmenterait le coût de l'électricité. Son équipe indique qu'en tant que mairesse, elle a voté en faveur d'une étude sur les centres de données et qu'elle demande à la province d'élaborer un cadre réglementaire pour les nouveaux centres de données.
  • Lors du débat organisé par la TRREB, Chris Alexander a déclaré considérer que les centres de données sont une infrastructure essentielle pour l'avenir de la ville. Il a aussi indiqué qu’il s'oppose à un moratoire et prône une régulation appropriée, tout en soulignant la nécessité de consultations de quartier et de concertations avec les gouvernements provincial et fédéral. M. Alexander a ajouté qu'il faut encadrer et promouvoir le secteur technologique local pour réduire la dépendance à la Silicon Valley.

Manque de transparence

Katie Steinfeld, agente immobilière et résidente de Vaughan, est à l'origine du site Ontario Data Centre Tracker. Elle s'est intéressée à la question lorsqu'un centre de données est venu s'installer dans son quartier.

Habituellement, pour les grands projets de développement, vous recevez un préavis et vous avez l'occasion de vous exprimer en tant que communauté. Pour ce projet, il n'y a rien eu de tout cela. Du moins rien qui permette aux gens de vraiment comprendre ce qui allait être construit, raconte-t-elle.

La construction du centre de données TOR1X0 sur le campus SteelesTech à Toronto. Il s'agit de l'un des 159 centre de données à grande échelle prévus ou en cours de construction à travers le Canada.

Anne Pasek, professeure associée et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en médias, culture et environnement à l'Université Trent, croit qu'il est normal d'avoir des questions en lien avec la venue de ces infrastructures. (Photos d'archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell

Mme Steinfeld déplore d'avoir dû regarder chaque demande de permis afin de trouver les informations sur la consommation d'électricité et d'eau. Selon elle, il est essentiel que les élus prennent le temps de bien comprendre les impacts de l'arrivée d'un centre de données sur leur territoire, et surtout d'en mesurer les répercussions à long terme avant de prendre une décision.

Je ne pense pas qu'il y ait à ce stade suffisamment de détails, à quelque niveau de gouvernement que ce soit, pour offrir aux municipalités et aux citoyens le soutien dont ils ont besoin pour comprendre exactement ce qui se passe.

Mme Steinfeld croit qu'une meilleure concertation entre les promoteurs, les municipalités et le gouvernement provincial afin de fournir des informations claires à la population serait un pas dans la bonne direction. Elle préconise également l'instauration de forums de discussion afin d'apaiser les inquiétudes locales.

Mme Pasak croit qu'il est normal d'avoir des questions en lien avec la venue de ces infrastructures.

Lorsqu'on fait face à de nouvelles catégories d'infrastructures, il peut y avoir une réaction de méfiance face à l'inconnu, explique-t-elle.

Un groupe de manifestants brandit des pancartes avec des messages tels que « Non à l’IA ».

En juin dernier, des centaines de personnes ont manifesté contre une demande relative à un projet de centre de données à Hamilton. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Justin Chandler

Elle croit que la mauvaise réputation des centres de données vient du fait que les géants du web derrière ces établissements n'ont pas toujours été le meilleur voisin.

Il y a énormément de récits catastrophiques qui circulent sur des projets construits à la hâte, extrêmement désagréables à côtoyer au quotidien, qui créent des problèmes sur le réseau électrique, ou des projets qui ont été imposés au mépris du processus démocratique, parfois au moyen de subterfuges lors des étapes d'urbanisme et d'approbation, explique-t-elle.

Elle pense toutefois qu'il existe plusieurs fausses croyances circulant sur les centres de données. Sans balayer du revers de la main, les inquiétudes, elle croit qu'il faut évaluer correctement le niveau de menace, notamment en ce qui a trait à la demande en électricité.

Des craintes environnementales et humaines

Julianne Simard, membre du groupe Say No to AI Data Centres, qui fait partie de l'initiative ClimateFast, dénonce les conséquences environnementales des centres de données.

Ils [les centres de données] consomment d'immenses quantités d'électricité et beaucoup d'eau pour le refroidissement, en plus de pouvoir promouvoir du contenu ou des fonctions potentiellement néfastes liés à cette technologie, explique-t-elle.

Lorsque les centres de données d'IA sont raccordés au réseau électrique, ils soutirent des quantités massives d'énergie. Cela risque de faire grimper les factures d'électricité des citoyens et des contribuables locaux.

Contrairement à ce qu'avancent les politiciens, Mme Simard ne croit pas que la manne d'emploi promise avec les centres de données se réalisera. Elle note également que les technologies de l'IA développées par ces centres de données risquent d'automatiser des emplois faits par des humains.

Le chantier du centre de données TOR1X0 dans le campus SteelesTech. Ce centre de données de trois étages est doté d'un bâtiment administratif connexe, conçu par WZMH pour Yondr Group, situé du côté sud du campus SteelesTech, au sud-ouest de l'intersection des avenues Steeles et Victoria Park.

Les centres de données à très grande échelle affichent une très forte consommation électrique sur un même site, tandis que leur consommation d'eau varie selon le mode de refroidissement choisi. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Le chômage des jeunes est l'un des domaines qui nous préoccupent le plus, car les postes de début de carrière sont très susceptibles d'être les premiers absorbés par les technologies d'IA, raconte-t-elle. Ces emplois de premier échelon sont précisément ceux qui permettent à nos jeunes et aux nouveaux diplômés de faire leurs premiers pas sur le marché du travail.

Dans ce cycle électoral, elle implore les élus et les candidats à porter attention à cet enjeu et qu'ils ne limitent pas à leur mandat politique de quatre ans.

Avec le boom de l'IA, nous commençons à peine à entrevoir ce que cela donnera à un horizon de 10, 15 ou 20 ans, explique-t-elle. Selon elle, le bilan est nettement négatif lorsqu'on additionne tous ces impacts sur les collectivités et la population.

Elle souhaite que le prochain conseil municipal mette sur pause toute décision en lien avec les centres de données pour au moins deux ans.

Mme Simard croit que cette pause serait bénéfique pour évaluer les risques, analyser les données et les études faites, puis permettre de mettre en place des règles adaptées.

Je ne suis pas convaincue qu'il existe une façon de rendre les centres de données d'IA durables ou bénéfiques, conclut-il.

Différents types de centres de données

Il existe plusieurs types de centres de données qui n'ont pas la même empreinte écologique.

  • L'hôtel de télécommunications : bâtiment partagé où une ou plusieurs entreprises utilisent des points d'échange internet qui s'interconnectent. La valeur réside dans la présence des autres opérateurs et non dans le bâtiment lui-même. La consommation électrique est alors répartie entre plusieurs petits clients et le refroidissement se fait principalement par air, avec un impact sonore externe relativement faible.
  • Le centre de données de colocation : l'opérateur fournit l'infrastructure physique – ce qui comprend le bâtiment, l'alimentation électrique, le refroidissement et la sécurité –, tandis que les clients y installent leurs propres serveurs. L'opérateur ne contrôle pas et ne sait pas ce qui s'exécute sur le matériel des clients. Il s'agit du modèle le plus courant en Ontario. La consommation d'énergie varie selon la taille du site, et le refroidissement se fait par air ou par eau. Ce type de centre de données peut entraîner une forte consommation d'eau et générer des nuisances sonores ponctuelles.
  • Le centre de données en nuage (ou infrastructure à très grande échelle) : ce sont des sites massifs construits par une seule grande entreprise, comme Microsoft, Amazon, Google ou Meta. Ces sites sont construits pour l'usage exclusif de la société. Ils affichent une très forte consommation électrique sur un seul site. La consommation d'eau est également variable selon le type de refroidissement choisi. Du côté des nuisances sonores, les impacts sont potentiellement importants, puisque le nombre de génératrices et de climatiseurs est généralement élevé. En Ontario, plusieurs sites sont envisagés et certains sont déjà en construction.
  • Le développement prêt pour centre de données : dans cette catégorie, on retrouve les bâtiments industriels ou commerciaux construits ou rénovés selon les spécifications techniques requis pour accueillir un centre de données, mais qui ne sont pas encore occupés. Leur empreinte énergétique, hydraulique et sonore est totalement inconnue tant que le futur locataire et l'usage précis ne sont pas confirmés.
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