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Encourager la Victoire de Montréal, « un geste féministe »

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Les « Olé! Olé! Olé! » ont été entendus à cœur joie, jeudi soir, à la Place Bell, après la victoire presque miraculeuse en prolongation de la Victoire de Montréal contre la Charge d’Ottawa, dans le premier match de la série finale de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF).

Hasard ou malchance du calendrier, les hockeyeuses montréalaises ont entamé ce match en même temps que le cinquième match de la série entre le Canadien et les Sabres de Buffalo.

Peut-être signe de l'éclipse médiatique que représente un tel événement : c’est devant un aréna clairsemé que la Victoire a arraché son premier gain de la série.

Même si la Place Bell était loin d’être remplie, les partisanes, car les femmes étaient nettement majoritaires dans les gradins, se sont époumonées tout au long de la soirée pour soutenir leur équipe, au son de Let’s go Victoire!

Les gradins de la place Bell lors du match entre la Victoire de Montréal et la Charge d'Ottawa.

Il restait de nombreuses places dans les gradins de la Place Bell.

Photo : Radio-Canada / Pierre Chapdelaine de Montvalon

Ambiance familiale

Et l’ambiance était très familiale : jeunes garçons et jeunes filles, enfants et adolescents étaient présents en grand nombre.

Bien sûr, la capitaine de la Victoire, Marie-Philip Poulin, demeure l’idole de nombreux partisans, de tout âge et tout genre. La gardienne Ann-Renée Desbiens avait aussi les faveurs du public, au vu des nombreuses pancartes en carton sur lesquelles le nom de la hockeyeuse était mentionné.

J’aime maman, mais je préfère Desbiens, pouvait-on lire sur l'une d'entre elles ou encore : Ann-Renée Desbiens, tu fais Desbien beaux arrêts.

Une jeune fille en train de dessiner sur une affiche.

La Victoire de Montréal fournit des affiches sur lesquelles les partisans de tout âge peuvent dessiner.

Photo : Radio-Canada / Pierre Chapdelaine de Montvalon

Cette ambiance familiale, c'est ce qui plaît à Philippe Archambault. Le père de famille, vêtu d’un chandail du Canadien, est venu avec sa femme et ses trois enfants soutenir les hockeyeuses montréalaises, « sensationnelles », selon lui, tout en gardant un œil sur le match du Tricolore.

Qu’est-ce qu’on ne fera pas pour sa fille! On va regarder le Canadien sur le téléphone, et on va encourager la Victoire, parce que c'est important d'encourager nos filles, lance-t-il. Il faut aider, justement, nos jeunes filles à avoir des idoles comme Marie-Philip Poulin pour promouvoir le sport féminin.

Est-ce qu’il irait en famille voir le Canadien en séries?

Pas ce coup-là. Je vais amener ma famille voir le Canadien à l'extérieur, mais à l'intérieur, c‘est trop dispendieux, donc, non. Ce soir, à 400 $ pour les cinq, c'est parfait pour notre budget.

Plusieurs bébés étaient aussi présents dans les gradins..

Eugénie Larrivée est venue avec sa fille Célestine, 4 mois, soutenir notamment Marie-Philip Poulin, originaire, comme elle, de Beauceville.

C’est super inclusif ici, on ne se sent pas jugé d'apporter un bébé, donc, c'est quand même précieux comme événement, explique-t-elle. On sent vraiment qu'il y a une ouverture, c'est peut-être typique du hockey féminin.

On peut dire que c’est un geste féministe de venir encourager la Victoire.

Eugénie Larrivée, sa fille Célestine, et sa soeur Anne-Sophie Larrivée, ont fait la route depuis Sherbrooke pour assister au match de la Victoire.

Eugénie Larrivée, sa fille Célestine, et sa sœur Anne-Sophie Larrivée, ont fait la route depuis Sherbrooke pour assister au match de la Victoire.

Photo : Radio-Canada / Pierre Chapdelaine de Montvalon

Une fierté

Sophie Pilon est aussi venue en famille pour assister au premier match de la série finale.

Je vais l’avouer, j'ai amené mon mari avec moi et je lui ai amené une tablette, comme un enfant au restaurant. Il va être gardé par la tablette, mais il va aussi soutenir les femmes. Le Canadien, ils n’ont pas besoin d’autant de soutien. Mais ici, la Victoire en a besoin. On est fier d’elles. On a une fille, elle fait du sport. On encourage donc le sport féminin.

La mère de famille raconte travailler dans un milieu d’homme, en construction. La création de la LPHF a été comme une bouffée d’air frais pour elle.

Ça fait des années que nous, les femmes, on n'a rien pour nous. Avec le hockey féminin, on a enfin notre place, on a enfin notre temps de gloire, on a enfin notre fierté. Pour une fois, on a quelque chose qui est vraiment à nous, mais on aimerait ça le partager avec les hommes. C'est pour ça que mon mari est là.

Sophie Pilon avec une affiche sur laquelle est écrit "Où sont nos serviettes et notre logo" et un drapeau de la Victoire.

Sophie Pilon suggère à la LPHF de fournir des serviettes, comme le fait la LNH, lors des séries.

Photo : Radio-Canada

Pour Suzanne Carrière, venue avec un groupe d’amis retraités assister au début de la série finale, la Victoire n’a pas la reconnaissance médiatique qu’elle mériterait.

Moi, pendant toute la semaine, je n'ai pas entendu parler une fois des femmes. Ça, c'est de la discrimination, peste-t-elle.

Avec le Canadien de Montréal, je trouve ça beaucoup plus froid pour une femme. On vient ici, c'est beaucoup plus familial. L'intérêt pour les enfants, c'est important. La relève olympique est importante, indique-t-elle.

Inclusion

La Ligue professionnelle de hockey féminin compte de nombreuses joueuses qui affichent publiquement leur homosexualité, contrairement à la Ligue nationale de hockey, où le sujet demeure tabou.

La capitaine de la Victoire, Marie-Philip Poulin, est d’ailleurs mariée avec une joueuse de l’équipe, Laura Stacey, qui a semblé se blesser au cours du match.

Elle est étendue sur la glace, blessée, tandis que sa coéquipière Marie-Philip Poulin (29) et une soigneuse s'occupent d'elle.

L'attaquante Laura Stacey s'est blessée à la fin du match.

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Theodore, un jeune homme trans de New York, est venu avec ses parents de Burlington, au Vermont, pour assister au match et voir son idole, Ann-Renée Desbiens, en action.

J’ai grandi en jouant au hockey. Comme je suis né fille, je connais cet univers. C’est une expérience étrange! Cette ligue n’existait pas quand je suis né. C’est incroyable de savoir que les filles avec qui j’ai joué peuvent maintenant poursuivre une carrière professionnelle, lance-t-il avant de retourner rapidement à son siège pour ne pas manquer la période de prolongation.

Le deuxième match de la série finale aura lieu samedi à 14 h, cette fois-ci avant que le Canadien joue pour une sixième fois contre les Sabres.

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