À retenir
- Des vannes de béton obligent le Mississippi à conserver 70 % de son débit vers La Nouvelle-Orléans et Baton Rouge depuis 1963.
- Le fleuve pousse naturellement vers l’Atchafalaya, un chemin plus court et plus pentu vers le golfe du Mexique.
- Une rupture des ouvrages entraînerait des conséquences économiques graves pour les deux plus grands ports de Louisiane.
Sommaire
Deux coupables tout désignés, aucun n’est le bon
Au sud de la confluence avec la Red River, en Louisiane, des vannes de béton décident chaque jour de la part du Mississippi qui peut s’échapper vers l’Atchafalaya. Le partage est de 70 % pour le fleuve et de 30 % pour l’Atchafalaya, mesuré à la latitude de Red River Landing. Ces 70 % gardent le lit qui passe par Baton Rouge et La Nouvelle-Orléans.
Le Mississippi cherche pourtant à partir depuis le milieu du XXe siècle.
On soupçonne d’abord la crue : de hautes eaux, un mur de béton, la logique paraît limpide. On pense ensuite à l’océan, ce golfe du Mexique qui ronge le delta. Mais l’ouvrage, achevé en 1963 par le corps des ingénieurs de l’armée américaine (U.S. Army Corps of Engineers), ne protège de ni l’une ni l’autre.
Son adversaire, c’est le Mississippi lui-même. À l’ouest, le fleuve dispose d’un chemin plus court et plus pentu vers le golfe : celui de l’Atchafalaya. Après le dégagement de l’embâcle géant qui bouchait cette rivière, terminé en 1840, le bras appelé Old River a coulé de plus en plus souvent vers l’ouest, et dès 1880 il se dirigeait rarement vers l’est. Les ingénieurs ont fini par estimer que, sans intervention, le Mississippi pouvait basculer dans l’Atchafalaya dès 1990.
Le bras Old River, canalisé et long de 11 km, relie le Mississippi à la Red River, et c’est là que le Corps a posé ses vannes. Depuis, l’Atchafalaya reçoit 30 % du débit combiné de la Red River et du Mississippi.
1973 : l’ouvrage a failli céder
La crue de 1973 a mis le béton à l’épreuve : l’ouvrage a été endommagé par la violence des débits et il a failli céder. Le déversoir de Morganza a été ouvert pour soulager la pression. Un ouvrage voisin, l’Old River Control Auxiliary Structure, a ensuite ajouté des vannes destinées aux grandes crues.
Le New York Times évoquait en 1987 un coût de 500 millions de dollars, avec cette précision : « et ça monte ». Ce montant date d’avant la centrale hydroélectrique Sidney A. Murray Jr., construite en 1990 et dernier élément de l’ensemble.
L’ensemble compte aujourd’hui quatre structures.
Le journaliste John McPhee a consacré à cette lutte un long récit, « Atchafalaya », paru dans The New Yorker le 23 février 1987. Il y décrit une armée qui garde de force un fleuve dans un lit qu’il veut quitter, à l’opposé d’un chantier ordinaire contre les éléments.
Ce que coûterait une rupture
Si l’ouvrage cédait, le Mississippi creuserait un nouveau delta au sud de Morgan City. Le chenal qui dessert Baton Rouge et La Nouvelle-Orléans perdrait une grande partie de son débit, avec des conséquences économiques graves pour ces deux ports. Certains observateurs redoutent que l’eau manque aux navires de haute mer et que l’eau salée remonte jusqu’à Baton Rouge. Les ports de l’Atchafalaya, eux, ne sont pas conçus pour recevoir les grosses barges, et les adapter prendrait des mois, voire des années.
Le temps ne joue pas pour les ingénieurs. Selon une analyse de Weather Underground publiée après la crue de 2019, le lit du Mississippi se trouve environ 17 à 19 pieds (5 à 6 mètres) plus haut que celui de l’Atchafalaya pour des débits typiques. Cet écart se creuse à mesure que les crues raclent le fond de l’Atchafalaya.
Les deux plus hautes crues enregistrées à l’ouvrage datent de 2011 et 2019.
Ce partage 70/30 n’a rien d’une loi de la nature : d’après une analyse de Responsible Alpha, c’est le Congrès qui l’a imposé au corps des ingénieurs. Le fleuve, lui, n’a rien signé.
Sources : responsiblealpha.com | wunderground.com


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