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En tentant quatre lancements entre 1969 et 1972 pour aller chercher la Lune, les Soviétiques ont littéralement détruit leur propre pas de tir avec la fusée N1

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Le 3 juillet 1969, une fusée aussi haute qu’un immeuble de trente étages s’élève au-dessus du cosmodrome de Baïkonour, puis retombe sur son propre pas de tir quelques secondes après le décollage. La fusée retombe littéralement sur son aire de lancement quelques secondes après le décollage, provoquant l’une des plus grandes explosions non nucléaires jamais enregistrées. Ce soir-là, le programme lunaire soviétique ne se contente pas d’échouer : il se saborde lui-même, en réduisant en cendres l’installation censée l’envoyer vers la Lune.

Aucun des quatre lancements tentés entre 1969 et 1972 n’atteindra l’orbite.

À retenir

  • La fusée N1 soviétique comportait trop de moteurs à synchroniser parfaitement, créant des défaillances en cascade impossibles à maîtriser.
  • Le deuxième lancement du 3 juillet 1969 a libéré une énergie équivalente à plusieurs kilotonnes de TNT en retombant sur son pas de tir.
  • Aucun des quatre lancements n’a atteint l’orbite, et le programme a été définitivement abandonné en 1974 après cinq ans de retard sur Apollo.

Sommaire

  1. Trop de moteurs pour un seul objectif
  2. La nuit où Baïkonour a failli disparaître
  3. Un programme que Moscou a nié pendant vingt ans

Trop de moteurs pour un seul objectif

Le problème de départ tient en une phrase : aucun moteur assez puissant n’existe alors en Union soviétique pour propulser à lui seul un lanceur de cette taille. La solution retenue par les ingénieurs soviétiques consiste à multiplier les moteurs sur le premier étage, formant une couronne dont chaque élément doit s’allumer et fonctionner en parfaite harmonie avec tous les autres. Synchroniser un tel essaim mécanique à la fraction de seconde près relève d’une chorégraphie extrême, où une seule défaillance suffit à compromettre l’ensemble du vol. Un système de contrôle baptisé KORD est chargé de surveiller ce ballet et de couper automatiquement tout moteur défaillant, ainsi que son symétrique, pour préserver l’équilibre de la poussée.

Ce garde-fou se révèle vite être une arme à double tranchant.

À la dixième seconde du premier lancement, le système KORD débranche deux moteurs, puis une canalisation d’oxygène liquide se rompt sous l’effet des vibrations et le feu se déclare à l’arrière du lanceur, avant que tous les moteurs ne s’arrêtent et que le lanceur explose en retombant au sol. C’était le 21 février 1969, quelques mois avant qu’Apollo 11 ne pose le premier homme sur la Lune. La commission chargée d’enquêter sur cet échec se réunit fin mai, certaine d’avoir corrigé tous les défauts identifiés.

La nuit où Baïkonour a failli disparaître

La correction promise ne tient pas. Le second lancement, celui du 3 juillet 1969, devait être le premier tir nocturne de la fusée géante. À peine sortie de la tour de lancement, la fusée est le siège d’un éclair et des débris commencent à tomber du bas du premier étage, avant qu’elle ne retombe presque à la verticale sur son propre pas de tir. L’énergie libérée par l’explosion équivaudrait à plusieurs kilotonnes de TNT, l’un des événements non nucléaires les plus violents jamais provoqués par l’homme, et le souffle balaie l’essentiel des installations de la base.

Reconstruire ce pas de tir prendra des années.

Chaque échec retarde le calendrier soviétique de plusieurs mois, parfois de plusieurs années : la reconstruction du pas de tir après le tir catastrophique de juillet 1969 immobilise le programme pendant que les missions Apollo s’enchaînent de l’autre côté de l’Atlantique. Deux tentatives supplémentaires suivent, en 1971 puis en novembre 1972, avec un système de guidage remplacé par un calculateur numérique embarqué pour la dernière d’entre elles. Aucune ne dépasse deux minutes de vol, et la quatrième s’achève elle aussi par une destruction en plein ciel, loin de l’orbite visée.

Un programme que Moscou a nié pendant vingt ans

La décision d’arrêter les frais tombe en 1974, sur ordre du Comité central du Parti communiste, cinq ans après qu’Armstrong et Aldrin ont marché sur la Lune. L’annulation officielle intervient en 1976, mais l’existence même du programme lunaire soviétique reste un secret d’État bien après cette date. Les détails des deux programmes soviétiques sont restés secrets jusqu’en 1990, quand le gouvernement a autorisé leur publication dans le cadre de la politique de glasnost. Pendant plus de vingt ans, des dizaines de milliers de techniciens ont donc travaillé, dans le plus grand secret, sur une fusée que leur propre gouvernement niait officiellement.

Le site 110 de Baïkonour, lui, connaît une seconde vie. Après l’abandon de la N1, le site connaît une seconde vie dans les années 1980 avec le lanceur Energia et la navette Buran, avant d’être définitivement délaissé après la dissolution de l’URSS. Quant aux exemplaires de la fusée encore en construction au moment de l’annulation, ils n’ont pas été détruits proprement : une partie de leur acier, notamment des réservoirs sphériques découpés au chalumeau, a fini recyclée par les habitants de la région, transformée en abris et en hangars agricoles dans les steppes du Kazakhstan.

Sources : osi-univers.org | fr-academic.com

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