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En soudant une plaque d’acier de 900 kg sur un puits de tir du Nevada en 1957, les Américains ont littéralement transformé leur essai en canon

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Une plaque d’acier de 900 kilos, soudée sur un puits de tir, propulsée à une vitesse qui dépasse tout ce que l’humanité a jamais lancé depuis la surface de la Terre. C’est ce qui s’est produit le 27 août 1957 au Nevada Test Site, lors de l’essai nucléaire souterrain Pascal-B, dans le cadre de l’opération Plumbbob. Un canon géant improvisé, et une énigme qui n’a toujours pas trouvé de réponse définitive.

À retenir

  • Une plaque d’acier soudée sur un puits d’essai nucléaire a disparu en quelques millisecondes
  • Les physiciens estiment sa vitesse à six fois celle nécessaire pour échapper à la Terre
  • Son destin reste une énigme : vaporisée dans l’atmosphère ou perdue à jamais dans l’espace ?

Sommaire

  1. Un couvercle censé contenir l’explosion
  2. Le puits transformé en canon
  3. Une seule image de caméra, et 66 kilomètres par seconde
  4. Vaporisée ou perdue dans l’espace ? Le débat persiste

Un couvercle censé contenir l’explosion

L’objectif du physicien Robert Brownlee, chercheur au laboratoire de Los Alamos, n’avait rien de spectaculaire sur le papier : trouver comment confiner sous terre les retombées radioactives d’une explosion nucléaire. Robert Brownlee était chargé de déterminer des méthodes pour contenir les explosions nucléaires souterraines, en travaillant d’abord à partir d’une détonation réalisée au fond d’un puits ouvert, puis en ajoutant progressivement des « bouchons » de béton pour amortir l’explosion. Pascal-A, le premier test, avait déjà donné le ton : le rendement du souffle avait été bien supérieur aux prévisions, estimé à environ 55 tonnes, ce qui avait causé une belle agitation sur le site d’essai.

Pour Pascal-B, l’équipe a voulu aller plus loin. La bombe a été placée au fond d’une colonne creuse d’environ 150 mètres de profondeur, et un couvercle en fer de 900 kilogrammes, épais de 10 centimètres, a été soudé au sommet. Sur le papier, ce capuchon devait tout simplement rester en place et étouffer le souffle. Brownlee, lui, n’y croyait qu’à moitié : un couvercle en acier de 900 kilogrammes a été soudé sur le puits pour contenir le souffle nucléaire, mais Brownlee doutait déjà que cela fonctionne. Il avait raison de douter.

Le puits transformé en canon

À 15h35, heure locale, le 27 août 1957, le dispositif se déclenche. Pascal-B a été détonné avec un rendement de 300 tonnes, et la boule de feu a jailli dans le ciel bleu du Nevada, propulsant le couvercle comme prévu. Mais « comme prévu » relève ici de l’euphémisme. Dès la détonation, le souffle est remonté directement dans le puits d’essai et a projeté le couvercle dans l’atmosphère, ce qui a poussé certains à spéculer qu’il était devenu le premier objet fabriqué par l’homme à entrer en orbite terrestre.

Le puits, avec ses parois rigides et son diamètre étroit, a fonctionné exactement comme le canon d’une arme à feu : une charge explosive au fond, un projectile bien calibré au sommet, et un tube pour guider la poussée. La comparaison n’a rien d’excessif. Quand la bombe a détonné, elle n’a pas simplement explosé ; elle a créé une colonne pressurisée de feu nucléaire dans le puits, qui s’est essentiellement transformé en canon géant, la plaque d’acier jouant le rôle de la balle. Une image assez frappante pour un essai qui, à la base, ne visait qu’à étudier le confinement des radiations.

Une seule image de caméra, et 66 kilomètres par seconde

Pour mesurer la vitesse de sortie de la plaque, Brownlee avait fait installer une caméra ultra-rapide braquée sur l’ouverture du puits. Cette caméra, qui prenait une image par milliseconde, était focalisée sur le puits pour étudier la vitesse de la plaque ; après la détonation, celle-ci n’est apparue que sur une seule image. Le temps d’un clignement d’œil scientifique, la plaque avait déjà disparu du champ de vision.

Impossible, dans ces conditions, d’obtenir une mesure directe. Mais une seule image suffit à poser une limite basse. Dans une conversation avec Bill Ogle, Brownlee a estimé la vitesse à « six fois la vitesse de libération terrestre », soit environ 67,2 km/s. D’autres analyses parlent d’un ordre de grandeur similaire : le couvercle en acier de 900 kg a été arraché du sommet du puits d’essai à une vitesse supérieure à 66 km/s. Pour donner une échelle à ce chiffre, la vitesse de libération terrestre, celle qu’il faut atteindre pour échapper définitivement à l’attraction de notre planète, est d’environ 11,2 km/s. La plaque filait donc à une allure six fois supérieure à ce qu’il faut pour ne jamais retomber sur Terre. À titre de comparaison, une balle de fusil de chasse dépasse rarement le kilomètre par seconde.

Brownlee lui-même, peu enclin au lyrisme, avait résumé la situation avec une formule devenue culte dans les cercles de physique. Il a estimé qu’une limite basse pouvait être calculée en considérant le temps entre les images, et a plaisanté en disant que la meilleure estimation était que la plaque filait « comme une chauve-souris » à toute vitesse. Une expression peu académique, mais qui traduit bien l’incrédulité de l’équipe face à ce qu’elle venait de mesurer.

Vaporisée ou perdue dans l’espace ? Le débat persiste

Reste la question qui alimente encore les forums de passionnés et les articles de vulgarisation scientifique près de sept décennies plus tard : qu’est devenue cette plaque ? Elle n’a jamais été retrouvée, ni au sol, ni ailleurs. La piste la plus solide, et la plus consensuelle chez les physiciens, pointe vers une destruction pure et simple dans l’atmosphère. Les scientifiques pensent que l’échauffement par compression a fait vaporiser le couvercle en traversant l’atmosphère à une telle vitesse. À 66 km/s dans les basses couches denses de l’atmosphère, la friction générerait une chaleur suffisante pour transformer l’acier en plasma en une fraction de seconde.

Brownlee lui-même a toujours refusé d’endosser la légende du « premier objet spatial humain », qui circule pourtant depuis des décennies. Il a dit n’avoir jamais été témoin, ni jamais affirmé avoir vu la plaque s’envoler dans l’espace. Ce qu’il a vu, c’est une image de caméra, et rien de plus. Le doute méthodique du scientifique face à l’emballement populaire, presque un cas d’école en soi.

Un détail rend l’histoire encore plus savoureuse : si la plaque avait par miracle survécu à sa traversée de l’atmosphère, elle aurait battu Spoutnik 1 de plusieurs semaines dans la course à l’espace. Spoutnik a été lancé le 4 octobre 1957, un peu plus de cinq semaines après l’essai Pascal-B. Mais aucun organisme officiel n’a jamais validé cette hypothèse, et la trajectoire même du tir, purement verticale, rend une mise en orbite physiquement impossible : un objet lancé à la verticale ne peut jamais atteindre l’orbite, il ne fait que monter avant de retomber, sauf à se désintégrer avant. La plaque de Pascal-B restera donc probablement à jamais ce qu’elle est déjà : un fragment d’acier disparu quelque part au-dessus du désert du Nevada, et la preuve qu’un essai de confinement raté peut, par accident, produire l’objet le plus rapide jamais propulsé par la main de l’homme.

Source : plane-encyclopedia.com

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