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En Russie, l'art contemporain subit pression et censure

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En Russie, l'art contemporain avance sur une ligne de crête. Il y a quelques années à peine, la scène contemporaine avait le vent en poupe, accueillant des événements mondiaux tels que les biennales de Moscou et de Saint-Pétersbourg. Des mécènes milliardaires investissaient à coups de millions de roubles. Mais avec la guerre en Ukraine, la situation a drastiquement changé.

L'ouverture au monde s'est brutalement interrompue à partir de février 2022. Des milliers d'artistes se sont alors empressés de signer une lettre ouverte contre ce que Moscou continue de qualifier d'«opération spéciale». La lettre a rapidement été retirée d'Internet, suite à l'adoption d'une loi punissant les soi-disant fake news.

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L'artiste russe Sacha Skotchilenko a par exemple été arrêtée pour avoir remplacé des étiquettes de supermarché par des messages antiguerre. Les maisons d'artistes membres des collectifs Que faire? et Party of the Dead ont été perquisitionnées, et leurs propriétaires interrogés. Nombreux ont fini par quitter le Kremlin. Il ne s'agissait pourtant que des prémisses de la censure qui frappe aujourd'hui Moscou et son milieu artistique, explique le média indépendant russe The Insider.

2024, la répression prend de l'ampleur

Alors que la guerre en Ukraine s'enlise, Moscou serre un peu plus la vis face aux artistes, et ce dès 2024. Suite à une descente de police, l'institut d'art contemporain Baza a fermé ses portes en septembre 2024. La même année, le département consacré à l'art actuel de la galerie moscovite Tretiakov a été dissous et les perquisitions se sont enchaînées contre Piotr Verzilov, membre du collectif artistique Pussy Riot.

Toute une machine répressive s'est ainsi mise en place. Les foires d'art, même privées, doivent désormais transmettre aux services de sécurité russes la liste complète des artistes exposés; des agents viennent inspecter les œuvres et peuvent en retirer une simplement à cause de ses couleurs (notamment pour le bleu et le jaune). Un réseau de dénonciateurs épluche les réseaux sociaux des artistes à la recherche de la moindre prise de position. Les créateurs se dénoncent entre eux pour se protéger. L'autocensure semble généralisée.

Fermetures en cascade

Résultats: les grandes structures culturelles sont forcées de plier. Des expositions sont annulées la veille de leur ouverture et les noms d'artistes effacés. Le premier musée privé d'art contemporain de Moscou, l'ART4, a fermé après une performance jugée provocante. En mai, à la foire d'art Kontur à Nijni Novgorod, au centre de la Russie, des inconnus ont recouvert de tissu blanc les photographies d'Alexander Gronsky, consacrées aux villes russes transformées par la guerre. Une manière de masquer un quotidien qui dérange.

Le musée d'histoire du Goulag à Moscou a été contraint de fermer, remplacé par l'État par une institution dédiée à la documentation du «génocide du peuple soviétique». Celle-ci a ouvert ses portes en juin.

La communauté artistique russe, paralysée, ne reste pas pour autant passive. Sous la contrainte, elle développe des stratégies de contournement. Certains artistes continuent de commenter l'actualité, en utilisant la langue d'Esope: titres volontairement ambigus, œuvres à double lecture, communication volontairement faible ou camouflage de l'identité des artistes. Un jeu du chat et de la souris.

Le théoricien de l'art Boris Klyushnikov, interrogé par The Insider, parle même d'un «formalisme poutinien»: le pouvoir distinguerait l'art engagé, à combattre, et l'art formaliste, presque encouragé. Cet art, abstrait, vidé de sens critique, est désormais prisé par une élite enrichie par la guerre. Celle-ci continue de dépenser sa fortune dans les rares foires d'art qui ont survécu aux annulations en cascade.

D'autres artistes choisissent la clandestinité, quitte à toucher un public plus que réduit. Minoritaires, ces derniers refusent de céder à Poutine et produisent, en cachette, dans des lieux peu connus, de l'art qui critique frontalement la guerre et la militarisation de la société russe. S'il prend de nouvelles formes face à la censure, l'art russe continue toutefois de se réinventer.

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