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En Russie, à la chasse aux licornes

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Le talent de pointe s’est vite dissipé dans le repêchage de 2026. Après la première quinzaine de joueurs, vendredi soir, les sélections allaient au goût de chaque équipe. Le choix du chef.

Les gros gabarits ont été à l’honneur, chez le Canadien comme ailleurs. En ce sens, l’organisation a corrigé une relative lacune dans sa pépinière d’espoirs, qui ne regorgeait pas de colosses.

Tu ne peux jamais être trop physique, surtout en séries éliminatoires, on l'a tous vu, a dit le codirecteur du recrutement amateur Martin Lapointe. C'est important que les jeunes compétitionnent. Le jeu physique fait partie du jeu, c'est important pour nous, et on a adressé ce sujet-là, c'est sûr.

Au-delà de la simple charpente, l’instinct de compétition et la volonté de réussir ont continué d’être l’étoile du Nord qui a guidé Lapointe et son collègue Nick Bobrov dans leur quête d’une pépite dénichée plus tard dans le repêchage.

Et qui de mieux que Gleb Pugachyov pour représenter leur démarche en fin de semaine?

L’ailier russe est gros, rapide et il frappe comme un train. Il place constamment ses adversaires sur les talons. Mais au fil des mois, Bobrov et Lapointe ont aussi vu en lui une énergie qui le rendait impossible à ignorer.

Ce qui démarque Pugachyov réside autant dans ce qu’il fait que dans ce que les autres ne font pas.

Tous ceux qui ont des enfants qui jouent dans le hockey mineur savent ce qui se passe, a expliqué Bobrov. Le sport est obnubilé par les camps de perfectionnement des habiletés, par le fait de pouvoir réussir des buts de type Michigan. Les jeunes font toutes sortes de trucs à 10 ou 11 ans, mais plus personne ne veut faire le travail ingrat. De la façon dont va le hockey, ce genre de joueur est de plus en plus rare, et pas seulement en Amérique du Nord. C’est partout.

Quand un joueur vous montre quelque chose qui est différent de 99 % de ce qu’on voit dans le monde du hockey, à n’importe quel niveau, ça nous emballe. Ça n’arrive plus souvent.

Le Canadien s’est avancé de deux rangs, passant du 28e au 26e rang, afin de s’assurer de repêcher Pugachyov. Mais ce n’est pas nécessairement parce que l’équipe voyait en lui un attaquant de premier trio assuré; c’est plutôt que l’ailier de 6’3 et 200 livres offrait de la rareté.

Aux dernières nouvelles, les licornes n’existaient pas, mais le Canadien en rencontre au fil de son recrutement. Juraj Slafkovsky était une licorne, Florian Xhekaj était une licorne, maintenant Pugachyov… Les trois ne sont assurément pas de petites pouliches. Ils mettent leur gros gabarit au service d’atouts qui leur sont propres et qui, chacun à leur rang de sélection, ont convaincu le Canadien de miser sur eux.

Dans les trois cas, l’organisation a misé sur l’effet de rareté.

La robustesse de Pugachyov saute immédiatement aux yeux. Mais s’il a bel et bien ce rarissime alliage qui en fait un espoir de premier rang, qu’est-ce qui a convaincu le Canadien plus qu’une autre équipe?

 Tellement hockey

Au moment de faire le bilan de leur récolte, samedi après-midi, Bobrov et Lapointe se sont davantage attardés sur la maturité défensive de Pugachyov que sur ses atouts offensifs. Plus jeune, ce dernier jouait à la ligne bleue, et il a gardé en lui des instincts défensifs qui mettent en valeur des détails que des jeunes de son âge prennent des années à assimiler. Or, les tirs bloqués, les replis intenses, la pression en échec avant, tout cela relève de sa volonté de faire ce qui est nécessaire.

Sa volonté de faire le travail ingrat.

C’est contagieux, a décrit Bobrov. De nos jours, il n’y a plus beaucoup de jeunes dont l’attitude est aussi contagieuse et qui ont une identité si évidente. Pas besoin de deviner avec lui. On le voit, ça se ressent dans l’aréna, ça se ressent dans le vestiaire.

« Les tirs, les passes, les habiletés, tout ça, en termes de performance, ils se situent tous à plus ou moins 5 ou 10 %. Mais c’est le oumpf que le joueur apporte. C’est son oumpf qu’on aime. »

C'est qui ce gars-là?

Pugachyov adore l’idée de se joindre un jour à Ivan Demidov et Alexander Zharovsky, cet espoir pour lequel le Canadien s’est avancé au deuxième tour du repêchage de l’an dernier.

Il connaît les deux garçons depuis longtemps, a expliqué Sam Shor, qui servait d’interprète à Pugachyov.

Ils ont joué ensemble en Russie, mais dans des catégories d’âge différentes. Mais ils le connaissent, ils sont restés en contact, et il est très heureux de faire partie à Montréal des "Russian Three", pour ainsi dire.

Il y a bel et bien une petite filière russe qui se développe chez le Canadien. Et ce n’est pas un hasard.

Depuis quelques années, la guerre en Ukraine et l’isolement géopolitique de la Russie a compliqué l’évaluation des espoirs issus de ce pays. Certains joueurs ne sont pas recrutés d’aussi près et sont plus susceptibles de glisser au repêchage.

Or, le problème ne se pose pas pour le Canadien.

Bobrov est le seul directeur du recrutement amateur de la LNH à détenir la nationalité russe. Cela lui permet d’avoir un avantage compétitif sur les autres.

On croit deviner aussi que le dépisteur Vincent Riendeau – qui était posté en Russie avant la guerre et qui, en tant que gardien de but, a jadis été le premier joueur canadien et ancien de la LNH à évoluer dans la Superligue, l’ancêtre de la KHL – a lui aussi ses entrées en Russie.

Or, c’est en voyant Pugachyov en personne, dans un tournoi à Saint-Pétersbourg, que les deux hommes ont été conquis.

En novembre, Vincent Riendeau et moi sommes allés assister aux tournois des moins de 18 ans et des moins de 20 ans (de Russie), a raconté Bobrov. On l’a vu jouer en direct. On était les deux seuls là-bas et c’était un vrai privilège d’être là.

Dès sa première présence sur la glace, Vincent a dit : "c’est notre homme". Il a donné le ton. Il s’est rué sur un adversaire et a failli l’envoyer dans la dixième rangée. Il a répété ça encore et encore. C’était dur de ne pas le remarquer.

Le Canadien avait Pugachyov à l’œil depuis la saison précédente, mais à partir de ce coup de foudre, les recruteurs ne l’ont pas lâché d’une semelle.

Lapointe aussi a été soufflé par l’énergie et la puissance qui se dégageaient du jeu de Pugachyov la première fois qu’il l’a vu sur vidéo.

Je me souviens de l'avoir appelé, il était très émotif et il a dit "c'est qui ce gars-là?", a dit Bobrov. On l'a dépisté toute l'année. On a vu chacune des minutes de sa saison.

Malgré ses entrées en Russie, Bobrov sait très bien que le contexte actuel nécessite du doigté, et il ne s’est pas aventuré à parler à Pugachyov en Russie. Il a attendu que le jeune espoir participe au camp estival qu’organise en Floride l’agent Dan Milstein pour ses clients, il y a quelques semaines, pour s’asseoir avec lui.

Ses réponses ont validé ce que le Canadien avait vu dans son jeu.

L’équipe avait besoin de son oumpf.

Le grand attaquant fonce vers le filet défendu par Samuel Montembeault.

Kirill Marchenko, des Blue Jackets de Columbus, a déjà marqué un but vainqueur contre le Canadien. (photo d'archives)

Photo : AP / Paul Vernon

Le Canadien n’attendra pas deux ans

Il reste deux ans au contrat de Pugachyov avec le Torpedo de Nizhny-Novgorod. À moins que Milstein ne parvienne à l’en soustraire, le CH devra prendre son mal en patience avant de pouvoir compter sur lui.

D’ici là, le jeune homme espère que tout soit en règle pour qu’il puisse entrer au Canada et participer au camp d’orientation de l’équipe, la semaine prochaine. La perspective de créer le "Russian Three" pour la première fois sur la patinoire de Brossard emballe celui qui, en tant qu’attaquant de puissance, dit s’inspirer entre autres de Slafkovsky, de Brady Tkachuk et de Valeri Nichushkin.

Mais le Canadien n’attendra pas son arrivée avant d’ajouter du coffre à sa formation.

Les rumeurs de Matthew Knies à la date limite des échanges, et celles toutes récentes concernant Kirill Marchenko, traduisent bien la volonté du CH de trouver un joueur plus costaud à ajouter à son top 6.

Il n’y est pas parvenu à l’occasion du repêchage, mais le DG Kent Hughes s’attend à ce que les échanges continuent à travers la ligue tout au long de l’été. Le fait que peu d’équipes soient en reconstruction, de même que la faiblesse du marché des joueurs autonomes, risquent d’inciter les équipes à s’y prendre autrement pour améliorer leur formation.

Le Canadien sait ce dont il a besoin et, même après la sélection de Pugachyov, il demeure prêt à mettre le prix.

On ne se contente pas de regarder ce qui est théoriquement disponible sur le marché, a expliqué Hughes vendredi soir. Si on pense qu’un joueur d’une équipe X correspondrait parfaitement à nos besoins, on décroche le téléphone et on demande : « Seriez-vous prêts à l’échanger ? Même si vous n’envisagiez pas de le faire, est-ce qu’on peut vous faire une offre qui vous inciterait à y réfléchir ?

On a toujours essayé de procéder comme ça, et ça fait certainement partie de notre manière de faire cet été, probablement plus qu’avant parce qu’on recherche des profils bien précis.

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