Chaque été, de mai à septembre, des équipes municipales raclent de nuit les plages cannoises du boulevard Gazagnaire. Elles en retirent environ 4 000 m³ de feuilles mortes de posidonie, soit à peu près une piscine olympique et demie. Ces tas bruns, que beaucoup trouvent sales, amortissent la houle d’environ 20 %.
À retenir
- Une banquette de posidonie amortit la houle d’environ 20 %
- Cannes retire près de 4 000 m³ de feuilles chaque été, de mai à septembre
- Chaque mètre cube évacué peut emporter entre 78 et 93 kg de sable
Sommaire
Ces tas bruns que l’on prend pour des déchets
Octobre marque le début de la saison. La posidonie, plante marine endémique de la Méditerranée qui ressemble à une algue sans en être une, renouvelle ses feuilles à l’automne. Elles brunissent, se détachent, puis les courants et la houle les déposent sur le rivage.
Mélangées à du sable et à des fragments de rhizomes, elles forment ce que les spécialistes appellent des banquettes. À Cannes, celles-ci peuvent atteindre 1 à 2 m d’épaisseur et 20 m de large.
Un matelas de 20 m de large, posé sur le sable.
Son efficacité tient à l’enchevêtrement serré des feuilles, dont l’élasticité réduit la force des vagues et protège le sable piégé dessous. Les documents techniques consacrés au littoral azuréen chiffrent cet effet à environ 20 % d’amortissement de la houle. Sous l’eau, les herbiers vivants font mieux encore : ils peuvent réduire la puissance de la houle et des courants jusqu’à 50 %.
La posidonie est protégée en France depuis 1988, et la protection s’étend aux feuilles mortes échouées. Une banquette n’est donc pas un déchet que l’on évacue à la décharge sans formalité. Elle abrite aussi une faune de bas de plage et enrichit l’arrière-plage en nutriments, quand le vent y disperse les feuilles sèches.
La nuit, les engins, puis la barge
La logique cannoise suit un calendrier précis. L’hiver, les banquettes restent en place aussi longtemps que possible pour freiner l’érosion, période où les tempêtes frappent le plus fort. De mai à septembre, les agents les retirent la nuit, avec des engins motorisés, pour que le sable soit libre au lever des premiers baigneurs.
La ville ne les jette pas : elle les rend à la mer. Cette technique, appelée « clapage », consiste à charger les feuilles sur une barge remorquée depuis le Port Canto, puis à les larguer au-dessus d’une fosse sous-marine située à 4 milles nautiques au sud de l’île Saint-Honorat. L’opération a lieu en février. Lors d’une de ces campagnes, étalée sur 10 jours, près de 4 000 m³ ont été rejetés en mer pour un coût de 208 740 € TTC.
Le choix est défendable. Un tas de feuilles qui finit en décharge disparaît du cycle naturel, alors que des feuilles remises à l’eau y restent.
La mairie présente d’ailleurs la méthode comme conforme aux préconisations de l’État. Elle reconnaît aussi, dans sa propre communication, que la posidonie protège le trait de côte et limite, dans certains secteurs, les opérations de réensablement.
Ce que la plage perd avec chaque pelletée
Une banquette contient aussi du sable, et c’est là que le bilan se complique. À Marseille, on estime que 1 m³ de banquette fixe entre 10 et 100 kg de sédiments. En Sardaigne, une étude publiée dans le Journal of Coastal Research a mesuré entre 78 et 93 kg de sable emportés par mètre cube de feuilles évacuées. Le retrait y était pratiqué sur 44 plages sur 116, pour un volume total de 106 180 m³ en 2004.
Appliqué à Cannes, ce ratio donnerait plus de 300 tonnes de sable par été pour 4 000 m³ retirés. Ce calcul reste une hypothèse : la teneur en sable varie d’une plage à l’autre, et aucune mesure cannoise n’a été publiée à ce sujet.
Les chercheurs sardes concluent que ce retrait répété peut creuser un déficit dans le budget sédimentaire de la plage.
Cet effet cumulatif peut n’apparaître qu’après plusieurs années. Une plage dépourvue de sa banquette se retrouve davantage exposée à la houle quand une tempête survient, avant que les feuilles ne reviennent à l’automne. Le matelas disparaît l’été et réapparaît quand la mer devient plus dure.
Le titre de cet article est donc volontairement tranché. Cannes n’enlève pas la protection toute l’année, puisqu’elle laisse les banquettes l’hiver. Mais chaque été, elle prive la plage d’un amortisseur de 20 % de la houle et d’un stock de sable, tout en payant par ailleurs des campagnes de clapage à six chiffres.
Voir autrement le tas brun de novembre
En promenade hivernale, la banquette n’est pas le signe d’une plage mal tenue. À Marseille, la ville répète qu’une plage vivante n’est pas sale. La Région Sud a lancé une charte intitulée « Pour des plages de caractère en Méditerranée », qui encourage les communes à conserver leurs banquettes jusqu’au printemps.
D’autres communes vont plus loin. Au Lavandou, dans le Var, les banquettes sont conservées toute l’année, avec un nettoyage manuel qui limite la pollution perçue par les visiteurs. À Marseille, la posidonie autrefois évacuée sert à une expérimentation dite du « mille-feuille », qui alterne des couches de sable et de feuilles pour former une barrière contre l’érosion.
Reste à savoir si le calendrier cannois tiendra face à la hausse du niveau de la mer. La commune dispose de 13 km de littoral à protéger, et la posidonie qui s’échoue ces jours-ci fait partie du dispositif.
Sources : rse-magazine.com | petitesaffiches.fr


11 hour_ago
75



























.jpg)






French (CA)