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En reprenant les commandes à la main au-dessus du Pacifique en mars 1966, deux astronautes ont littéralement arrêté une capsule qui faisait déjà un tour par seconde

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Le 16 mars 1966, à 800 kilomètres à l’ouest d’Okinawa, un destroyer de l’US Navy repêche une capsule Gemini flottant dans le Pacifique. Quelques heures plus tôt, cette même capsule tournait sur elle-même à raison d’un tour complet par seconde, avec deux hommes à bord au bord de l’évanouissement. Selon les rapports de mission de la NASA, la cause tient à un propulseur de quelques centimètres, resté bloqué en position ouverte après un court-circuit.

Ce jour-là, Neil Armstrong et David Scott viennent pourtant de réussir un exploit inédit. Six heures et trente-trois minutes après le décollage de Gemini 8, leur vaisseau s’arrime à la cible Agena placée en orbite quelques instants plus tôt. C’est le tout premier amarrage entre deux engins spatiaux de l’histoire, une manœuvre jugée indispensable pour préparer les futures missions Apollo vers la Lune.

À retenir

  • Gemini 8 effectue le premier amarrage spatial de l’histoire avec la cible Agena le 16 mars 1966
  • Un propulseur défaillant du système OAMS provoque une rotation incontrôlée de la capsule à un tour par seconde
  • Armstrong et Scott basculen sur le système de rentrée RCS et consomment 75% de son carburant pour stabiliser le vaisseau
  • Les règles de sécurité imposent un retour immédiat au sol, réduisant la mission de plusieurs jours à quelques heures

Sommaire

  1. Un premier tournant historique, suivi d’un cauchemar
  2. Un propulseur de 25 livres à l’origine de tout
  3. Reprendre les commandes à la main, au-dessus du Pacifique
  4. Un règlement de sécurité qui ne laisse aucune marge

Un premier tournant historique, suivi d’un cauchemar

La fierté est de courte durée. Environ 27 minutes après l’amarrage, l’ensemble formé par Gemini 8 et l’Agena se met à rouler de façon incontrôlée. Les rapports de mission de la NASA établissent que la cause exacte est alors inconnue de l’équipage : Armstrong parvient à corriger temporairement le mouvement en actionnant les propulseurs, mais la rotation reprend systématiquement dès qu’il relâche les commandes.

Convaincus que la panne vient de l’Agena, les deux astronautes procèdent à la séparation. Mauvais calcul.

Débarrassé de la masse de la cible Agena, Gemini 8 se met à tourner encore plus vite. D’après les rapports de mission de la NASA, la vitesse de rotation atteint alors un tour complet par seconde, un régime que rien n’avait permis d’anticiper en simulation. Les deux hommes peinent à lire les cadrans du tableau de bord, leur vision se brouille sous l’effet de la force centrifuge.

Un propulseur de 25 livres à l’origine de tout

L’enquête post-vol identifiera le coupable : le propulseur numéro 8 du système OAMS (Orbit Attitude and Maneuvering System), un moteur de 25 livres de poussée. Un court-circuit l’avait fait rester ouvert en continu, libérant du carburant sous pression et imprimant une rotation permanente à l’ensemble du vaisseau. Le problème, invisible depuis le poste de pilotage, avait été masqué tant que la masse de l’Agena freinait encore le mouvement.

Une fois seul, Gemini 8 n’avait plus rien pour ralentir sa toupie.

Reprendre les commandes à la main, au-dessus du Pacifique

Face à un vaisseau qui menace de les faire perdre connaissance, Armstrong et Scott n’ont plus qu’une carte à jouer : couper entièrement le système OAMS défaillant et basculer sur le système de contrôle de rentrée, le RCS, normalement réservé à la phase finale du vol au-dessus de l’atmosphère. Seize propulseurs de ce circuit d’urgence sont alors sollicités pour ramener la rotation à zéro. La manœuvre fonctionne.

Elle a un coût. Les rapports de mission de la NASA indiquent que cette stabilisation a consommé 75 % du carburant du système de rentrée, une ressource vitale pour le retour sur Terre. Utiliser ce circuit avant l’heure n’était pas une option parmi d’autres : c’était la dernière.

Un règlement de sécurité qui ne laisse aucune marge

La suite est mécanique, presque administrative face au danger qui vient d’être écarté. Une fois le système de rentrée engagé de façon prématurée, les règles de sécurité du programme Gemini imposent un retour immédiat au sol, quelles que soient les envies de l’équipage de poursuivre le vol. Armstrong et Scott, qui espéraient encore réaliser la sortie extravéhiculaire prévue, voient leur mission de plusieurs jours réduite à quelques heures.

La rentrée s’effectue dès la septième révolution orbitale. Amerrissage dans l’ouest du Pacifique, à environ 800 kilomètres d’Okinawa, un peu plus de dix heures après le décollage. L’équipage passera la nuit dans sa capsule, ballotté par les vagues, avant l’arrivée du destroyer chargé de le récupérer.

Le programme Gemini en tirera une leçon durable. Cet incident poussera à modifier le système OAMS pour permettre l’isolement individuel de chaque propulseur défaillant, une précaution qui manquait cruellement ce jour de mars 1966. Trois ans plus tard, l’un des deux hommes qui avaient repris les commandes à la main au-dessus du Pacifique deviendrait le premier être humain à marcher sur la Lune.

Sources : en.wikipedia.org | americaspace.com

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