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En posant quelques nids sur une côte sicilienne, une fourmi de trois millimètres a littéralement ouvert au continent européen la porte d’une des invasions les plus redoutées de la planète

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Elle mesure à peine trois millimètres, mais elle vient d’ouvrir une brèche que les scientifiques redoutaient depuis des décennies. Une étude publiée le 11 septembre 2023 dans la revue Current Biology a confirmé l’établissement de Solenopsis invicta en Europe pour la première fois, documentant une population mature en Sicile. Il ne s’agissait pas d’un individu isolé égaré dans une cargaison : les chercheurs ont documenté 88 nids s’étendant sur environ 4,7 hectares durant l’hiver 2022/2023 en Sicile, près de la ville de Syracuse.

À retenir

  • Solenopsis invicta s’est établie naturellement en Sicile avec au moins 88 nids détectés en 2022-2023
  • La fourmi de feu pique comme une guêpe et provoque des réactions allergiques graves pouvant inclure un choc anaphylactique
  • L’espèce n’a jamais pu être éradiquée aux États-Unis depuis les années 1930, coûtant des milliards de dollars annuels
  • Selon les modèles climatiques, 50 % des villes européennes sont vulnérables à une invasion

Sommaire

  1. Une colonie découverte presque par hasard
  2. Une piqûre qui ne pardonne pas
  3. Le précédent américain, ou l’impossible éradication
  4. Ce que répondent les autorités sanitaires européennes

Une colonie découverte presque par hasard

Alors que l’espèce avait déjà été retrouvée occasionnellement dans des produits importés en Europe, il s’agissait cette fois de la première installation dans la nature. La découverte doit beaucoup au hasard et à la curiosité de riverains agacés par des piqûres à répétition. Mattia Menchetti, entomologiste à l’institut de biologie évolutive de Barcelone et auteur principal de l’étude, raconte que « on les a trouvées presque par hasard. Des habitants nous ont envoyé des photos de ces fourmis, dont la morsure est particulièrement douloureuse ». Des analyses génétiques ont ensuite permis de remonter la piste de cette invasion : les fourmis retrouvées en Sicile proviennent des États-Unis, de Chine et de Taïwan, d’après les tests ADN effectués.

Un port de fret se trouve à quelques kilomètres à peine des premiers nids repérés.

Ce détail n’a rien d’anodin. Les échanges commerciaux mondiaux, combinés aux courants de vent étudiés par les chercheurs, dessinent une voie de propagation redoutablement efficace vers le reste du continent.

Une piqûre qui ne pardonne pas

La fourmi de feu ne mord pas comme les espèces locales : elle s’agrippe avec ses mandibules puis pique avec un dard, à la manière d’une guêpe. Ces insectes peuvent être agressifs lorsqu’ils sont dérangés et leur piqûre douloureuse irrite la peau, pouvant provoquer des réactions allergiques. Chez certaines personnes, la réaction va bien au-delà d’une simple rougeur.

Le choc anaphylactique reste le risque le plus redouté.

L’impact pourrait s’avérer dévastateur et coûteux pour la biodiversité, les récoltes et la santé humaine, les fourmis devenant généralement l’espèce dominante là où elles s’introduisent. Elles ne se contentent pas d’affaiblir les populations d’insectes locales : leur venin s’attaque aussi à la petite faune, grenouilles et lézards compris. Aux États-Unis, la situation est suffisamment sérieuse pour que les autorités sanitaires recensent chaque année des cas graves liés aux piqûres. Une région entière peut ainsi devenir difficile à fréquenter pour les promeneurs comme pour les agriculteurs.

Le précédent américain, ou l’impossible éradication

L’histoire de cette fourmi commence dans les années 1930, sur les quais d’un port du sud des États-Unis. Un cargo venu d’Amérique du Sud a accosté à Mobile, en Alabama, avec à son bord des passagers clandestins particulièrement doués pour envahir de nouveaux territoires.

Depuis, aucun programme n’est parvenu à l’en déloger.

Selon Charles Brown, responsable du programme de quarantaine américain contre la fourmi de feu importée, ces fourmis ne seront jamais éradiquées : de petites infestations peuvent être stoppées dans de nouvelles zones, mais une éradication totale aux États-Unis n’arrivera pas. Le constat s’appuie sur des décennies d’échecs : dans les années 1950 déjà, l’éradication semblait à portée de main, avant que les traitements ne se révèlent inefficaces face à la capacité de réinvasion de l’espèce. La facture, elle, ne cesse de grimper : selon les données citées par les services agricoles américains, les dégâts et les efforts de lutte représentent plusieurs milliards de dollars chaque année, entre pertes agricoles, traitements médicaux et réparations d’infrastructures endommagées par les nids.

Ce que répondent les autorités sanitaires européennes

Face à ce précédent, l’Union européenne n’a pas attendu l’arrivée physique de l’insecte pour agir sur le papier. Lors de la mise à jour de 2022 de la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union, Solenopsis invicta a été ajoutée à la réglementation après soumission d’une analyse de risque incluant une description de ses impacts. Concrètement, son importation, son transport et sa mise en culture sont désormais interdits sur le territoire européen. Mais un classement réglementaire n’a jamais tué une fourmi : c’est sur le terrain que tout se joue désormais.

Les projections des chercheurs, elles, ne rassurent guère. Selon leur modèle, 7 % du continent européen est déjà propice à l’installation de Solenopsis invicta dans les conditions environnementales actuelles, et 50 % des villes européennes sont vulnérables à une invasion. Le réchauffement climatique ne fera qu’élargir cette zone favorable dans les décennies à venir.

Un détail glaçant complète ce tableau : cette population sicilienne, documentée pour la première fois en 2022-2023, était en réalité installée depuis plusieurs années, possiblement plus de huit, puisque des habitants rapportaient déjà des piqûres fréquentes dans plusieurs localités dès 2017. la fourmi de feu avait déjà colonisé la côte sicilienne bien avant que quiconque ne s’en aperçoive officiellement.

Sources : especes-exotiques-envahissantes.fr | insectes-sociaux.org

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