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On pensait cette forêt ukrainienne partie en fumée : ce qui a tué ses pins en quelques jours n’était ni le feu ni la sécheresse

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Ce n’est ni un incendie ni une sécheresse qui a rasé cette forêt de pins ukrainienne en l’espace de quelques jours. La cause est tombée du ciel, invisible, et elle portait un nom : radioactivité. On l’appelle aujourd’hui la forêt rousse, du nom de cette bande de pins autour de la centrale de Tchernobyl dont les aiguilles ont viré au brun après avoir absorbé des niveaux extrêmes de rayonnement, à la suite de la catastrophe du 26 avril 1986.

Cette zone, large d’une dizaine de kilomètres carrés près du réacteur, a subi les dommages les plus lourds de toute la catastrophe sur la flore et la faune.

À retenir

  • Les pins ukrainiens sont morts en quelques jours après avoir absorbé entre 8 000 et 10 000 rad de rayonnement lors de la catastrophe de Tchernobyl du 26 avril 1986.
  • La forêt rousse a été rasée au bulldozer et ses troncs enterrés dans des cimetières de déchets, avant le retour progressif de nouvelles essences plus résistantes.
  • La zone d’exclusion est devenue le plus grand laboratoire naturel jamais étudié sur les effets des radiations, avec des résultats contrastés sur la biodiversité.

Sommaire

  1. Une mort foudroyante sous le panache radioactif
  2. Rasée, enterrée, mais jamais oubliée
  3. Le laboratoire à ciel ouvert le plus surveillé au monde
  4. Le feu et la guerre, menaces persistantes

Une mort foudroyante sous le panache radioactif

Près du réacteur, les doses ont atteint des niveaux vertigineux. Dans la zone la plus proche de la centrale, l’exposition a atteint entre 8 000 et 10 000 rad, soit 80 à 100 Gray, en 1986. Les pins, eux, sont morts presque instantanément, leurs aiguilles passant du vert au roux en l’espace de quelques jours. Le nom de forêt rousse vient de là.

Les scientifiques ont ensuite divisé la zone en quatre secteurs, selon l’intensité des dégâts causés par les radiations. Plus on s’approchait du cœur de la centrale, plus les arbres étaient marqués.

Aucune flamme n’a été nécessaire pour provoquer un tel désastre.

Rasée, enterrée, mais jamais oubliée

Après la catastrophe, les autorités ont rasé la forêt morte au bulldozer et enterré les troncs dans des fosses appelées « cimetières de déchets ». De nouvelles plantations ont été installées quelques années plus tard, une fois les arbres calcinés déblayés. Il a fallu attendre 1994 au plus tôt avant que des pins ne repoussent naturellement sur le site.

Les pins d’origine ont cédé la place à des bouleaux, jugés plus résistants aux radiations. Le secteur reste pourtant l’un des lieux les plus contaminés de la planète. Plus de trois décennies après l’accident, le rayonnement gamma et bêta y demeure supérieur à la normale, même s’il a chuté d’un facteur 300 pour le gamma et 100 pour le bêta par rapport aux premières années. La radioactivité n’a pas disparu. Elle s’est simplement diluée.

Le laboratoire à ciel ouvert le plus surveillé au monde

L’accident a involontairement lancé la plus grande expérience jamais menée sur les effets des rayonnements ionisants sur des écosystèmes naturels. Les programmes de recherche menés dans la zone d’exclusion en ont fait l’un des terrains d’étude les plus suivis au monde.

Les résultats, eux, ne racontent pas une histoire simple.

Certaines études montrent que la biodiversité a augmenté en l’absence d’activité humaine, plusieurs espèces menacées étant revenues s’installer dans la zone. Les chevaux de Przewalski, réintroduits en 1998, comptent aujourd’hui plus de 150 individus dans le secteur ukrainien. Le lynx eurasien et le bison d’Europe, disparus depuis longtemps de la région, y ont eux aussi refait leur apparition.

D’autres travaux racontent une histoire plus inquiétante. Chez les oiseaux, la richesse en espèces recule à mesure que le niveau de rayonnement augmente, une tendance particulièrement marquée en 2007. Les grenouilles vivant dans la zone d’exclusion présentent une coloration plus foncée que leurs congénères, un changement qui pourrait les protéger des radiations. D’autres espèces, comme les papillons, ont vu leurs populations reculer nettement, quand celle des araignées, à l’inverse, a progressé.

Le feu et la guerre, menaces persistantes

La forêt rousse reste vulnérable, cette fois à cause du feu. Des incendies s’y sont déjà déclarés, dispersant dans l’air des particules radioactives restées piégées dans le sol et la végétation depuis 1986.

En 2022, la guerre a rouvert une autre plaie.

Pendant la bataille de Tchernobyl, l’armée russe a creusé des tranchées dans le secteur, ce qui aurait fait grimper la radioactivité d’un facteur 20 par endroits. Le sol contaminé, resté immobile depuis près de quatre décennies, est ainsi remonté à la surface. Les chercheurs qui étudient ce site depuis quarante ans savent une chose : ici, rien ne reste jamais totalement enterré.

Sources : slate.fr | lactualite.com

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