Un feu de poubelle allumé pour faire propre avant Memorial Day. Voilà l’origine, presque banale, du désastre qui a rayé Centralia de la carte. Le 27 mai 1962, dans cette petite ville minière de Pennsylvanie, des pompiers volontaires mettent le feu à la décharge municipale. Ils ne savent pas encore qu’ils viennent d’allumer une mèche qui brûle toujours, plus de soixante ans plus tard, sous les rues désertes de leur ancienne commune.
À retenir
- Un feu volontaire allumé pour nettoyer une décharge s’infiltre dans les mines de charbon abandonnées sous la ville
- Pendant 20 ans, les habitants s’adaptent à la chaleur du sol avant qu’un drame ne révèle le danger mortel
- De 1 500 résidents en 1962 à seulement 4 en 2025 : une ville littéralement effacée par l’administration
Sommaire
- Un feu de nettoyage qui dérape en catastrophe souterraine
- Des chantiers d’extinction qui échouent les uns après les autres
- De 1 500 habitants à une poignée d’irréductibles
- Une ville rasée, une route enterrée, un feu qui continue
Un feu de nettoyage qui dérape en catastrophe souterraine
L’idée paraissait raisonnable sur le papier. Le conseil municipal de Centralia avait programmé le nettoyage de la décharge locale, installée dans une ancienne mine à ciel ouvert, pour que la ville soit présentable au moment des festivités de Memorial Day. Le conseil de Centralia a organisé le nettoyage de la décharge de la mine à ciel ouvert, mais les comptes-rendus ne décrivent pas la procédure envisagée, probablement parce que la loi de l’État interdisait les feux de décharge, et cinq membres de la brigade de pompiers volontaires ont été recrutés pour nettoyer la décharge. Brûler des ordures était illégal, mais tout le monde a fait comme si de rien n’était.
Le feu a été allumé pour nettoyer la décharge le 27 mai 1962, et de l’eau a été utilisée pour éteindre les flammes visibles ce soir-là. Problème : deux jours plus tard, le 29 mai, des flammes réapparaissent. Une semaine plus tard, le 4 juin, nouveau départ de feu. À chaque fois, la brigade de Centralia tente de doucher l’incendie avec des tuyaux raccordés à Locust Avenue, sans jamais comprendre d’où vient réellement le foyer. La réponse était sous leurs pieds : les flammes s’étaient infiltrées par une ouverture non scellée dans la paroi de la fosse, directement dans le réseau de galeries minières abandonnées qui quadrille le sous-sol de la ville. L’anthracite, ce charbon dur et riche en carbone typique de la région, s’est enflammé à son tour. Depuis, personne n’a jamais réussi à l’éteindre.
Des chantiers d’extinction qui échouent les uns après les autres
Excaver, injecter de l’eau, creuser des tranchées pare-feu : les pouvoirs publics ont tout essayé. De multiples tentatives ont été menées pour excaver et éteindre le feu, mais elles ont toutes échoué. Un chantier a même tenté de colmater le réseau de galeries avec un mélange incombustible, mais l’entreprise chargée des travaux a préféré ne remplir les tunnels qu’à moitié, laissant volontairement de la place pour que les flammes puissent circuler. Le projet a fini par dépasser son budget de près de 20 000 dollars, et pendant ce temps, le feu avait déjà progressé de 700 pieds, soit plus de 200 mètres.
Pendant près de vingt ans, les habitants s’en accommodent presque. Certains n’ont plus besoin de pelleter la neige devant chez eux ; d’autres font pousser des tomates en plein hiver grâce à la chaleur du sol. L’ambiance change radicalement en 1981. Un adolescent de douze ans, Todd Domboski, s’effondre dans un trou de plusieurs mètres qui s’ouvre soudainement dans le jardin de sa grand-mère, dégageant une fumée si dense qu’il ne voit plus rien autour de lui. Il s’agrippe à des racines pour ne pas tomber plus bas, le temps que son cousin le tire vers la surface. L’incident fait basculer la perception du danger : ce n’était plus une nuisance, mais une menace mortelle tapie sous les maisons.
De 1 500 habitants à une poignée d’irréductibles
Il y avait 1 500 habitants au moment où le feu est censé avoir démarré. En 1983, le Congrès américain débloque une enveloppe de plus de 42 millions de dollars pour financer un programme de relogement volontaire. La décision fracture la communauté : une majorité accepte le rachat de sa maison et part reconstruire sa vie ailleurs, tandis qu’une minorité refuse, convaincue que l’État exagère le danger pour récupérer les droits miniers du sous-sol. Dans les années 1980, l’autorité de réaménagement du comté démolit les habitations vidées, quartier après quartier, laissant derrière elle une grille de rues goudronnées qui ne mènent plus à rien.
En 1992, la population est tombée à environ cinquante personnes. Le gouverneur de Pennsylvanie autorise alors la mise sous tutelle formelle de la totalité du territoire par expropriation. Dix ans plus tard, en 2002, le code postal de la ville est officiellement supprimé par les services postaux fédéraux : administrativement, Centralia n’existe plus vraiment. Une poignée d’habitants s’accroche pourtant, jusqu’à obtenir en 2013 un accord avec l’État : les résidents restants sont autorisés à rester dans leurs logements pour le reste de leur vie, moyennant un versement compensatoire de 349 500 dollars. Ils étaient sept ou huit à l’époque. En 2025, le recensement américain n’en comptait plus que quatre.
Une ville rasée, une route enterrée, un feu qui continue
La fameuse « Graffiti Highway », ce tronçon abandonné de la Route 61 recouvert de peintures et devenu attraction touristique malgré lui, a fini enterrée sous des tonnes de terre en 2020 pour dissuader les visiteurs. Les experts estiment que le feu pourrait continuer de brûler pendant 250 ans ou plus, tant les réserves de charbon sous la région suffisent à l’alimenter pendant des siècles. La zone touchée par l’incendie s’étend aujourd’hui sur environ 400 acres, soit près de 160 hectares, l’équivalent de plus de 220 terrains de football.
Centralia reste ainsi un cas presque unique aux États-Unis : une ville qui n’a pas été abandonnée par accident, mais littéralement effacée par décision administrative, maison par maison, jusqu’au dernier code postal. Le sol continue de fumer sous les rares fondations encore visibles. Et sous ces vestiges silencieux, l’anthracite brûle encore, patiemment, comme il le fait depuis que des pompiers volontaires ont craqué une allumette un dimanche de mai 1962.
Sources : pabook.libraries.psu.edu | en.wikipedia.org


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