En laissant les feuilles mortes au pied de leurs marronniers, de nombreux Français ont littéralement hébergé tout l’hiver la prochaine génération d’un ravageur minuscule, Cameraria ohridella. Une partie de ses chrysalides reste intacte dans ces feuilles jusqu’au printemps, moment où les adultes en émergent. Leurs chenilles creuseront alors des galeries qui, lors d’une forte attaque, couvrent toute la feuille et font virer le houppier au brun en plein été.
Laisser les feuilles au sol est souvent présenté comme le réflexe du jardinier avisé : sous bien des arbres, ce tapis nourrit la terre et abrite une petite faune. Sous un marronnier d’Inde, le calcul change, puisque la mineuse y passe la saison froide.
À retenir
- La mineuse du marronnier passe l’hiver dans les feuilles tombées au sol.
- Le ramassage doit être effectué de la chute des feuilles jusqu’à fin février.
- Un tas de compost ne détruit les chrysalides qu’à 40 °C pendant plus d’une semaine.
Sommaire
Un papillon de 3 mm, inconnu de la science avant 1984
Jusqu’en 1984, personne ne connaissait cet insecte.
Cette année-là, il est observé pour la première fois sur un marronnier d’Inde, en Macédoine, près du lac d’Ohrid, puis décrit comme une espèce nouvelle. Son origine reste inconnue, souligne l’INRA. Pour la France, les dates varient selon les sources. La FREDON et le ministère de l’Agriculture situent l’arrivée vers 2000, avec une première apparition en Alsace, puis le Nord-Pas-de-Calais et l’Île-de-France en 2001, alors qu’un article de l’INRA signale l’insecte dès 1998.
En 2003, la mineuse est présente dans presque tous les départements, à l’exception d’une partie du sud-ouest du Massif central et de la Bretagne occidentale. Futura Sciences parle d’un territoire entier colonisé en quatre ans. L’étude de dispersion du ministère de l’Agriculture relie cette progression aux densités de population humaine, sans désigner de mécanisme précis.
Ce qui se joue dans la feuille tombée
Une fois éclose, la chenille creuse une galerie entre les deux épidermes de la feuille, d’où le nom de mineuse. Elle y tisse ensuite un cocon pour se métamorphoser. À l’automne, une partie des chrysalides reste intacte dans les feuilles tombées au sol, et les adultes n’émergent qu’au printemps. Le papillon, lui, mesure environ 3 mm, avec des ailes antérieures brunes rayées de blanc.
Selon Futura Sciences, les papillons sortent presque tous ensemble des cocons, synchronisés avec la floraison des magnolias. La femelle pond entre 20 et 1 000 œufs, puis meurt rapidement. Les chenilles d’un demi-millimètre entrent dans la feuille juste après l’éclosion.
L’espèce enchaîne jusqu’à 3 générations dans l’année. Un site suisse consacré à la lutte biologique indique qu’une forte génération estivale peut miner 100 % des feuilles. Là-bas, la chute des feuilles débute dès août et l’arbre est nu fin septembre. Côté français, une forte attaque se traduit par des mines couvrant toute la feuille, un houppier brun et une défoliation prématurée, en plein été.
Toutes les espèces ne souffrent pas de la même façon. Le marronnier d’Inde blanc, Aesculus hippocastanum, est le plus touché, alors que le marronnier rouge, Aesculus × carnea, résiste mieux.
Les dégâts ne sont pas que visuels. D’après le site suisse, la surface qui capte la lumière se réduit fortement, et l’arbre régule moins bien le climat urbain et fixe moins la poussière. La chute précoce des feuilles alourdit aussi les coûts de nettoyage des villes.
Ramasser avant fin février, et pas en solitaire
La FREDON fixe la fenêtre d’action : de la chute des feuilles à fin février.
Pour la FREDON Nord-Pas-de-Calais, le ramassage systématique puis la destruction des feuilles tombées sont la première mesure de lutte. Il faut l’engager le plus tôt possible, avant que le vent ne les disperse.
Le geste doit être collectif, à l’échelle de la commune, sur les terrains publics ET privés. À défaut, les sites non nettoyés recontaminent les autres l’année suivante. Un jardinier scrupuleux dont le voisin laisse son tapis de feuilles en place peut donc retrouver les papillons au printemps. Futura Sciences précise qu’un nettoyage soigné est très efficace, mais qu’il ne concerne que les espaces urbains, pas les grands parcs ni les forêts comme le bois de Boulogne.
Concrètement, cela donne un calendrier simple : un râteau dès que le feuillage tombe, des sacs solides, un trajet vers la déchetterie, puis un dernier passage avant fin février pour les feuilles restées coincées derrière un muret ou sous une haie. Un message aux voisins ou à la mairie permet de coordonner l’opération par rue ou par quartier.
Reste à savoir où mettre les feuilles. Selon la FREDON, le compostage n’est admis que si le tas est couvert de façon étanche et monte à au moins 40 °C pendant plus d’une semaine, ou à 65 °C pendant une journée. Un tas ordinaire, ouvert à la pluie, aurait peu de chances d’y parvenir.
Le brûlage des déchets verts est interdit aux particuliers.
Les feuilles de marronnier prennent donc le chemin de la déchetterie ou de la collecte de déchets verts, quand la commune en organise une. Un renseignement en mairie permet de connaître les dates et les consignes locales.
Ce que le ramassage promet, et ce qu’il laisse ouvert
Aucune des sources consultées ne chiffre la baisse obtenue grâce au ramassage, ni le nombre de chrysalides cachées dans les feuilles d’un arbre. Futura Sciences le range pourtant parmi les techniques les plus efficaces. Selon le site suisse, il réduit la pression d’infestation de la première génération, celle du printemps.
Dernier point, rassurant : d’après ce même site suisse, la mineuse ne tue pas l’arbre. Une forte infestation répétée année après année l’affaiblit toutefois, avec des fruits et des graines plus petits.
Sources : biocontrol.ch | planete-agrobio.com


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