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En laissant céder en octobre 2010 la digue d’un bassin de résidus d’alumine, les Hongrois ont littéralement envoyé une vague brûlante sur plusieurs villages

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En laissant céder la digue du bassin n°10, le 4 octobre 2010, l’usine d’alumine MAL a précipité sur l’ouest de la Hongrie l’équivalent de 400 piscines olympiques de boues toxiques. Environ un million de mètres cubes de boues rouges toxiques s’échappent d’une brèche dans le réservoir numéro 10 de l’usine d’aluminium MAL AG à Ajka, dans l’ouest de la Hongrie. Le bilan est immédiatement lourd : le 4 octobre 2010, près d’un million de mètres cubes de boue rouge fortement alcaline inondent des localités, tuent dix personnes et en blessent près de 150 dans l’ouest de la Hongrie. Un chiffre qui, à lui seul, résume l’ampleur de ce que les experts qualifient encore aujourd’hui de pire catastrophe environnementale de l’histoire du pays.

À retenir

  • Une digue cède et libère une vague de boue chimique capable de brûler la peau en secondes
  • Les autorités livrent une bataille chimique spectaculaire pour empêcher la contamination du Danube
  • Seize ans après, les sols gardent encore les traces de cette catastrophe oubliée

Sommaire

  1. Une vague de deux mètres qui ne pardonne pas
  2. La course contre l’alcalinité avant le Danube
  3. Des sols encore sous surveillance

Une vague de deux mètres qui ne pardonne pas

À Kolontár et à Devecser, les habitants n’ont eu que quelques minutes pour réagir. Plusieurs villes voisines sont inondées, dont Kolontar et Devecser, où la boue atteint par endroits 2 mètres de profondeur. Une hauteur suffisante pour emporter des voitures, effondrer des clôtures et piéger des habitants dans leurs propres maisons. Le liquide n’a rien d’une simple coulée de boue : c’est un cocktail chimique. Les mesures ont enregistré une alcalinité du pH de 13 ou plus sur une échelle de 0 à 14, le point neutre étant 7. une substance capable de dissoudre la peau en quelques secondes. Les secouristes qui pataugent dans cette mixture pour évacuer les riverains en ressortent avec des brûlures chimiques sévères, et le bilan humain s’alourdit de jour en jour : six villages sont inondés par la boue rouge toxique, neuf personnes meurent, plus de 150 sont hospitalisées avec des brûlures dues à cette substance hautement alcaline, et des centaines de personnes se retrouvent sans abri.

La zone dévastée ne se limite pas aux rues englouties. Une superficie de 40 kilomètres carrés est rendue stérile et toute vie dans la rivière Marcal est anéantie. Un responsable hongrois de la gestion des catastrophes le confirmera quelques jours plus tard : toute vie dans la rivière Markal avait disparu. Ce n’est pas une image, c’est un constat écologique brutal : plus un poisson, plus une plante, sur des kilomètres de cours d’eau.

La course contre l’alcalinité avant le Danube

Le vrai suspense commence quand la vague quitte les villages pour s’engager dans le réseau hydrographique. La coulée atteint le Danube le 7 octobre 2010, après avoir traversé le ruisseau Torna, puis les rivières Marcal et Rába. Entre-temps, les autorités hongroises engagent une bataille chimique à ciel ouvert. La gestion de l’eau se concentre d’abord sur la neutralisation du pH par dosage d’acide (acétique, chlorhydrique, nitrique) et de gypse tout au long du ruisseau Torna et des rivières Marcal et Rába, avant le déversement du système Rába dans le Danube. Des jets d’eau sont même utilisés pour mélanger le gypse aux eaux à pH élevé, une technique qui s’avère efficace.

Les volumes engagés donnent la mesure de l’urgence : 22 000 tonnes de gypse et l’approvisionnement en acide acétique nécessaire sont déployés, tandis que des ingénieurs construisent en urgence des digues sous-marines pour ralentir le courant et laisser les particules en suspension se déposer. Le résultat se mesure en quelques jours : les mesures d’atténuation prises par les autorités hongroises permettent de neutraliser les hydroxydes, si bien que le pH initial de 12 dans le ruisseau Torna retombe à 8-8,3 dès le 15 octobre. Un retour à la normale spectaculairement rapide, quand on sait que l’échelle du pH est logarithmique : chaque point d’écart représente un facteur dix d’acidité ou d’alcalinité en moins.

Grâce à cette dilution massive et à la taille colossale du fleuve, le pire est évité en aval. Une fois le front de la coulée arrivé dans le Danube, elle est tellement diluée que le pH reste acceptable pour la vie aquatique, même s’il n’est pas parfaitement normal. Un chercheur britannique impliqué dans les analyses post-catastrophe résumera la situation sans détour : « il y avait beaucoup de boue rouge, mais compte tenu de la taille et du débit du système du Danube, cela ne semble pas avoir eu beaucoup d’impact ». Le grand fleuve européen, qui traverse dix pays, a en quelque sorte absorbé le choc que six villages hongrois n’avaient pas pu encaisser.

Des sols encore sous surveillance

Sur la terre ferme, le nettoyage a pris une tout autre dimension. Plutôt que d’extraire systématiquement chaque trace de sédiment, les équipes ont parfois choisi une méthode plus pragmatique : le retrait de la boue rouge des zones résidentielles, et dans certains cas le labourage des dépôts superficiels fins dans les sols sous-jacents pour limiter les risques liés à la poussière. Une solution économique, mais qui a laissé filer une partie des métaux dans la structure même des terres agricoles environnantes.

Le facteur qui inquiète le plus les scientifiques aujourd’hui n’est pas le sodium, largement neutralisé, mais un métal beaucoup plus discret. Le vanadium a été mal éliminé de la solution lors de la neutralisation vers un pH neutre, avec moins de 16 % retiré, ce qui en fait un point de vigilance prioritaire pour la gestion à long terme de ce type de site. Le coût total de l’opération donne une idée de l’effort consenti : le gouvernement hongrois a dépensé environ 127 millions d’euros pour draguer la boue des rivières et la retirer de la plaine inondable, en plus du dosage d’acide et de gypse. Seize ans après la rupture de la digue de Kolontár, les sols du bassin de la Marcal portent encore, à l’état de trace, la mémoire chimique de cette après-midi d’octobre où une usine d’alumine a failli emporter un morceau de la Hongrie avec elle.

Sources : danube.panda.org | europarl.europa.eu | science.nasa.gov

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