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En greffant dès 1920 des testicules de singe à 500 hommes fortunés pour les rajeunir, un chirurgien a littéralement ouvert l’ère des hormones

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Imaginez une clinique huppée où des hommes fortunés, désespérés de retrouver leur vigueur d’antan, acceptent de se faire greffer des tissus testiculaires de babouin. Ce n’est pas une anecdote tirée d’un roman fantastique, mais une réalité médicale qui a bel et bien existé dans les années 1920. Son instigateur, un chirurgien français d’origine russe nommé Serge Voronoff, a convaincu plus de 500 patients de tenter l’expérience, convaincu de l’efficacité de sa méthode. Son échec scientifique, aussi spectaculaire que ses promesses, allait pourtant ouvrir une voie inattendue vers l’endocrinologie moderne.

À retenir

  • Entre 1917 et 1926, Serge Voronoff a réalisé environ 500 greffes de tissus testiculaires de babouin sur des patients fortunés en quête de rajeunissement.
  • Sa théorie, inspirée de l'observation d'eunuques égyptiens et de ses travaux avec Brown-Séquard et Alexis Carrel, affirmait que les testicules régissaient bien plus que la fonction sexuelle.
  • Ses greffes se sont révélées inefficaces à cause du rejet immunitaire, alors inconnu, mais ses recherches ont contribué à poser les bases de l'endocrinologie moderne.

Des patients fortunés prêts à tout pour retrouver leur jeunesse

Des patients fortunés prêts à tout pour retrouver leur jeunesse Serge Voronoff et son assistant opèrent un vieux chien dans un laboratoire du Collège de France.
Crédit : © « Le Petit Journal », 22 octobre 1922.

En 1923, lors du Congrès international des chirurgiens de Londres, Serge Voronoff présente ses travaux devant plus de 700 spécialistes médusés. Sur grand écran, il projette des films montrant des hommes de 65 à 77 ans retrouvant une forme physique surprenante, capables de monter à cheval ou de pratiquer l’aviron entre quatre et vingt mois après son intervention.

Voronoff affirme avoir traité plus de 40 hommes de plus de 60 ans, souvent issus de milieux aisés et occupant des professions respectables. Sa promesse d’un rajeunissement chirurgical séduit une clientèle fortunée en quête de jeunesse retrouvée.

Entre 1917 et 1926, ce ne sont pas moins de 500 greffes testiculaires qui sont réalisées dans ses cliniques. Dès 1920, des tissus testiculaires de babouin sont prélevés puis implantés sur des patients persuadés de bénéficier d’un traitement de pointe, alors même que la science de l’époque ne comprend pas encore les mécanismes du rejet immunitaire.

Une théorie née dans un harem d’eunuques égyptiens

Pour comprendre comment un chirurgien en vient à greffer des tissus de singe sur des hommes, il faut remonter à sa formation. Voronoff étudie à Paris auprès d’Alexis Carrel, chirurgien récompensé par le prix Nobel de médecine, qui lui enseigne les techniques de transplantation alors balbutiantes.

Dès 1889, il collabore avec Charles-Édouard Brown-Séquard, pionnier controversé qui s’injecte lui-même des extraits testiculaires de chien et de cochon d’Inde dans l’espoir de retrouver sa vigueur. Les résultats ne sont guère convaincants, mais l’idée germe dans l’esprit de Voronoff : et si les tissus entiers, plutôt que de simples extraits liquides, produisaient un effet plus durable ?

C’est en Égypte, où il séjourne pendant quatorze ans entre 1896 et 1910, que sa théorie prend forme. Voronoff y observe des eunuques et note chez eux une obésité marquée, un bassin large, des muscles flasques et une léthargie persistante. Pour lui, la conclusion s’impose : les testicules ne régissent pas seulement la fonction sexuelle, mais influenceraient aussi le développement osseux, musculaire, nerveux et même psychologique.

De retour en France en 1910, il poursuit ses expérimentations, d’abord sur des animaux, puis sur l’humain. En 1913, il réalise sa première greffe humaine en implantant une glande thyroïde de chimpanzé chez un jeune garçon français présenté comme déficient mental. Il affirme alors observer une amélioration rapide de son état physique et mental, un résultat qui renforce sa conviction et l’encourage à poursuivre dans cette voie.

L’échec qui a malgré tout nourri la science des hormones

Pendant la Première Guerre mondiale, Voronoff réalise des greffes osseuses sur des soldats amputés, parmi lesquelles une greffe d’os de chimpanzé. Cette expérience lui donne l’idée de transposer la méthode aux testicules, convaincu qu’une greffe de singe à homme pourrait restaurer la vitalité perdue avec l’âge.

Dès 1920, ce chirurgien greffe donc des tissus testiculaires de babouins sur plus de 500 patients fortunés. La procédure s’avère pourtant inefficace, pour une raison que la médecine de l’époque ignore encore totalement : le rejet immunitaire. Le rejet immunitaire finit par neutraliser les effets du traitement.

Pourtant, derrière cet échec se cache une contribution scientifique bien réelle. En cherchant à comprendre pourquoi les glandes influencent tant le corps et l’esprit, Voronoff et ses contemporains posent les bases expérimentales de l’endocrinologie moderne, cette discipline qui étudie les hormones et leur rôle dans notre organisme. Ses travaux, aussi hasardeux soient-ils, auront contribué à orienter la recherche vers des traitements hormonaux bien plus rigoureux que ceux qu’il pratiquait.

L’histoire de Serge Voronoff illustre à quel point la frontière entre charlatanisme et avancée scientifique peut parfois sembler ténue. Ses greffes de tissus de babouin, aujourd’hui considérées comme une impasse médicale, n’en demeurent pas moins un jalon dans la longue quête de l’humanité pour comprendre les mécanismes intimes qui régissent notre vieillissement et notre vitalité.

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Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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