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En greffant 46 moteurs sur une capsule de ravitaillement, SpaceX a littéralement fabriqué l’engin qui fera chuter 420 tonnes de station

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Un contrat unique en son genre, signé en juin 2024 : la NASA a confié à SpaceX la construction d’un engin dont la seule mission, une fois accomplie, consistera à couler avec sa cargaison. Baptisé US Deorbit Vehicle (USDV), ce véhicule dérivé de la capsule cargo Dragon devra s’arrimer à l’ISS vers 2030, puis freiner méthodiquement les 420 tonnes de la station jusqu’à provoquer sa chute contrôlée dans le Pacifique sud, quelque part autour du point Nemo, l’endroit le plus isolé de tous les océans du globe.

À retenir

  • SpaceX crée un mastodonte orbital équipé de 46 moteurs pour une mission sans retour
  • L’ISS sera intentionnellement détruite en 2030, 30 ans après le premier module assemblé
  • Des fragments de la station survivront à la rentrée atmosphérique et s’échoueront en silence au point Nemo

Sommaire

  1. Un Dragon methodiquement transformé en remorqueur unique
  2. Pourquoi démonter l’ISS en orbite a été écarté
  3. Point Nemo, destination sans témoin

Un Dragon methodiquement transformé en remorqueur unique

Rien à voir avec les capsules qui ravitaillent l’ISS depuis 2012. SpaceX prévoit d’améliorer un Cargo Dragon en l’équipant d’un nouveau tronc à haute puissance et de 46 moteurs Draco, soit 30 de plus que le modèle standard. Concrètement, le vaisseau disposera de 46 propulseurs Draco, 16 pour le contrôle d’attitude et 30 pour effectuer les manœuvres nécessaires afin d’abaisser l’orbite de la station en fin de vie, selon les mots de Sarah Walker, directrice de la gestion des missions Dragon chez SpaceX.

Le gabarit change d’échelle en conséquence. Ce « véhicule de désorbitation » sera environ deux fois plus long qu’un Dragon classique, avec six fois plus de carburant, ce qui lui permettra de générer quatre fois plus de puissance. SpaceX n’a pas bricolé une capsule existante : l’entreprise a conçu, sur la base d’un châssis éprouvé, un engin taillé pour une seule tâche titanesque, celle de pousser un objet de la taille d’un terrain de football hors de son orbite.

Le détail contractuel mérite qu’on s’y arrête. Dans un arrangement inhabituel, SpaceX construira et livrera le vaisseau, mais la NASA en sera propriétaire et l’exploitera pendant toute la mission, plutôt que d’acheter la désorbitation comme un service commercial, à la différence des vols cargo et équipage habituels. L’agence garde ainsi la main sur la manœuvre la plus délicate et la plus irréversible de toute l’histoire de la station.

Pourquoi démonter l’ISS en orbite a été écarté

La question s’est posée : pourquoi ne pas simplement désassembler la station pièce par pièce, plutôt que de la précipiter vers l’océan ? La NASA a tranché en faveur de la destruction contrôlée, jugeant le démontage en orbite trop coûteux et trop complexe à mettre en œuvre à l’échelle d’une structure aussi vaste. L’ISS mesure 220 mètres de large avec ses panneaux solaires déployés, un empilement de modules assemblés sur plus de vingt ans par cinq agences spatiales différentes. La récupérer morceau par morceau aurait exigé des dizaines de vols supplémentaires, sans garantie de succès technique.

À environ 430 tonnes, l’ISS est trop volumineuse pour qu’on la laisse retomber là où la traînée atmosphérique la mènerait naturellement. Les opérateurs devront donc orienter sa trajectoire de débris vers une partie inhabitée du Pacifique sud. Le choix n’a rien d’arbitraire : cette même zone a déjà accueilli la station russe Mir en 2001, ce qui en fait un cimetière spatial rodé, loin de toute route maritime et de toute terre habitée.

Le processus lui-même s’étalera sur plusieurs mois. La NASA prévoit de lancer le véhicule de désorbitation en 2030, où il restera arrimé, dormant, pendant environ un an tandis que l’orbite de la station se dégradera naturellement jusqu’à 220 kilomètres. Le vaisseau devra alors effectuer une ou plusieurs manœuvres d’orientation pour abaisser le périgée à 150 kilomètres, suivies d’une combustion finale de désorbitation pour précipiter la station. Six mois avant le geste final, le dernier équipage quittera les lieux, laissant l’ISS inhabitée pour la première fois depuis novembre 2000.

Point Nemo, destination sans témoin

Le corridor visé s’étend sur environ 2 000 kilomètres, à proximité immédiate du point le plus reculé de la planète. NOAA situe le point Nemo à 48 degrés 52,6 minutes sud, 123 degrés 23,6 minutes ouest, à environ 2 688 kilomètres des terres les plus proches dans trois directions : l’île Ducie, Motu Nui et l’île Maher en Antarctique. Un choix guidé par une logique simple : minimiser tout risque pour les zones peuplées lors de la rentrée atmosphérique.

Reste que la rentrée ne fera pas disparaître totalement la station. Dana Weigel, responsable du programme ISS à la NASA, s’attend à ce que des pièces de la station, allant de la taille d’un four à micro-ondes à celle d’une berline, survivent à la rentrée atmosphérique et s’écrasent dans ce couloir. Ces fragments deviendront, d’une certaine manière, les derniers vestiges physiques d’un laboratoire qui aura accueilli des centaines d’astronautes venus de dizaines de pays.

Le coût de l’opération dépasse largement le prix affiché du véhicule. Les 843 millions de dollars constituent le plafond du contrat, pas le coût total de la mission. L’opération complète de désorbitation, incluant les services de lancement, le soutien au sol et la coordination avec Roscosmos, dépassera la valeur du contrat. Le lanceur qui propulsera ce mastodonte n’a d’ailleurs pas encore été choisi, tant la charge à envoyer en orbite dépasse les standards habituels de SpaceX pour ce type de mission.

Ce qui frappe, finalement, c’est la disproportion entre la discrétion de l’objet et l’ampleur de sa tâche. Un vaisseau qui ne volera qu’une fois, conçu pour couler avec ce qu’il aura détruit, chargé d’effacer trois décennies de présence humaine continue en orbite basse. Reste une question que peu d’articles soulèvent : que deviendront les données scientifiques et les échantillons encore stockés à bord au moment du dernier vol, ceux qu’aucune capsule de retour n’aura eu le temps de rapatrier avant la chute finale ?

Sources : cbsnews.com | spaceflightnow.com

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