«C’est injuste», «ras-le-bol des bas salaires»: plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté mardi un peu partout en France, à l’appel d’une large intersyndicale, pour protester contre le recul du pouvoir d’achat dans la fonction publique et demander davantage de moyens, avec des pompiers en nombre à Paris.
Plus de 300 000 personnes ont manifesté dans toute la France, selon la CGT, dont 70 000 à Paris. Selon le ministère de l’Intérieur, 206 000 personnes ont manifesté en France, dont 30 000 dans la capitale – parmi lesquelles 8000 pompiers selon la préfecture de police.
A Lille, dans le nord de la France. — © Jean-Francois Badias / AP Photo/Jean-Francois Badias
«Augmentez les salaires!», «Blocage des prix», «Des hôpitaux aux assos, mêmes attaques, mêmes combats!», pouvait-on lire sur des pancartes dans la manifestation parisienne, partie vers 14H00 de la place de la République aux cris de «Des moyens, des moyens, sinon ça sert à rien» ou «Le travail c’est la santé, mais mon dos il est cassé».
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Christelle El-Anraoui, aide-soignante à l’hôpital de Chartres, est venue pour demander «plus de moyens du gouvernement». «Nos conditions de travail, depuis très longtemps, se sont dégradées», dit-elle. «Je manifeste parce que la société que je défends, c’est une société des services publics, qui redistribue les richesses», a expliqué Nine Martin, 26 ans, attachée de production à la MC93, salle de spectacle de Bobigny (Seine-Saint-Denis), et syndiquée à la CGT Spectacle.
Sur la place de la Bastille, à Paris. — © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
Joëlle, 57 ans, qui n’a pas voulu donner son nom de famille, a manifesté pour la première fois de sa vie. «Aujourd’hui le pouvoir d’achat, c’est plus possible», estime cette cadre dans un laboratoire en Seine-Saint-Denis, chasuble de la CFDT santé-sociaux sur le dos. «Il faut que tout le monde se soulève et dise stop».
«Qui était au front cet été pour sauver des vies?»
Remontés contre la décision du gouvernement de geler à nouveau le point d’indice des fonctionnaires dans son projet de budget 2027, la CGT, FO, la CFDT, l’UNSA, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et la FA-FP ont appelé à la grève et organisé plus de 170 manifestations à travers le pays. Mots d’ordre: réclamer une revalorisation des salaires des fonctionnaires et des «moyens budgétaires à la hauteur» des missions des services publics.
A Paris, ce mardi. — © IMAGO/Prezat Denis/ABACA / IMAGO/ABACAPRESS
Près de 10% des agents de la fonction publique d’Etat ont participé à la grève (9,96%), 7,25% de ceux de la fonction publique territoriale et 4,10% de ceux de la fonction publique hospitalière, selon des chiffres définitifs du ministère de l’Action et des Comptes publics. Chez les enseignants, un peu plus d’un sur dix (13,71%) faisaient grève, selon le ministère de l’Éducation nationale à la mi-journée.
«Qui était au front cet été pour sauver des vies? Les pompiers, les soignants, les fonctionnaires. Aujourd’hui nous attendons un geste clair», a déclaré la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. Elle a lancé un «avertissement» au gouvernement, deux jours avant la présentation du budget: «Pas question qu’ils fassent encore une fois les poches aux travailleurs, aux retraités». «On joue la survie des services publics», a renchéri Marylise Léon, numéro un de la CFDT.
Les syndicats dénoncent l’érosion du niveau de vie des fonctionnaires, grignoté par l’inflation et l’absence de revalorisation depuis 2023 du point d’indice, qui sert à calculer le traitement brut des fonctionnaires.
L’intersyndicale des pompiers reçue par le ministre de l’Intérieur
A Paris, les pompiers, mis à rude épreuve cet été lors d’incendies historiques, ont défilé depuis la place d’Italie au milieu des pétards, sirènes et fumigènes pour demander «Des moyens, pas des miracles», selon leur banderole intersyndicale. Ils se sont ensuite mêlés aux autres manifestants.
Des pompiers se sont rassemblés et ont défilé dans les rues de Paris. — © IMAGO/Julien Mattia / Le Pictorium / IMAGO/Le Pictorium
Reçus en milieu d’après-midi par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, les représentants de l’intersyndicale des pompiers ont reconnu à la sortie des «signaux positifs» envoyés par le ministre. «On est venu dénoncer l’état catastrophique de la sécurité civile», a expliqué leur porte-parole, Xavier Boy.
«Clairement, on est fatigués», a témoigné Julien Dubois, pompier en Seine-et-Marne, «ça fait plusieurs années qu’on le signale, qu’on demande beaucoup de moyens».
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Ailleurs en France, près de 6000 personnes se sont mobilisées à Lyon en fin de matinée, selon les autorités. Ils étaient 30 000 à Marseille selon la CGT, 3800 selon la préfecture. A Toulouse, 11 000 personnes ont défilé selon la CGT, 6800 selon la préfecture. «On est maintenus dans une précarité institutionnelle, on frôle l’indécence au niveau des salaires», a déploré Yamna, accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH) dans des établissements scolaires.
A Paris, ce mardi. — © IMAGO/Prezat Denis/ABACA / IMAGO/ABACAPRESS
A Bordeaux, Frédéric Chauve, professeur d’histoire-géographie au lycée à Gradignan (Gironde), a défilé dans un cortège où étaient également présents de nombreux lycéens.
«Je vois d’année en année des conditions dégradées, mes conditions d’enseignement, mais surtout les conditions dans lesquelles les élèves apprennent. Le désespoir me mène aujourd’hui dans la rue», a-t-il témoigné.
La journée de mardi a aussi été marquée par la poursuite de blocages de lycées, mouvement lancé en banlieue parisienne. Le ministère de l’Education a recensé 338 établissements concernés.
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