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Avec la réforme du chômage et la limitation des allocations à un maximum de deux ans, des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur droit aux allocations de chômage depuis le début de cette année. D'ici juillet 2027, ce sont près de 180 000 personnes qui sont potentiellement concernées par cette réforme du gouvernement De Wever.
Mais que deviennent les exclus du chômage ? L'Arizona tablait sur une répartition en trois parts plus ou moins égales. Un tiers des exclus retrouverait un emploi, un autre tiers se tournerait vers le CPAS et un dernier tiers ni l'un ni l'autre.
Près de 4 sur 10 au CPAS
Qu'en est-il dans les faits ? Selon les chiffres du SPP Intégration sociale, qui portent sur les mois de janvier à juillet 2026, près de 119 000 personnes ont été exclues des allocations de chômage à l'échelle de la Belgique : 53 500 en Wallonie, 33 000 en Flandre, 32 000 à Bruxelles et 500 en Communauté germanophone. Sur ces 119 000, un peu moins de 47 000 ont obtenu un revenu d'intégration au CPAS, soit 39,3 %.
La proportion de personnes percevant effectivement un revenu d'intégration sociale (RIS) dépasse sensiblement l'hypothèse d'un bénéficiaire sur trois avancée par le gouvernement. Ce taux pourrait cependant diminuer avec les exclus des vagues suivantes, qui sont au chômage depuis moins longtemps et donc moins éloignés de l'emploi.
En outre, les écarts entre les régions du pays sont marqués. En Flandre, 29,1 % des personnes concernées ont obtenu un RIS auprès de leur CPAS, contre 40,8 % à Bruxelles et 44,6 % en Wallonie (hors Communauté germanophone, où le taux de report vers le CPAS est de 47,9 %).
La situation économique joue… un peu
Comment se fait-il que le recours au CPAS soit si nettement supérieur en Wallonie et à Bruxelles par rapport à la Flandre ? Les meilleures performances de l'économie flamande (et les plus grandes possibilités de retrouver un emploi) expliquent-elles à elles seules le moindre recours au CPAS au nord du pays ?
Interrogé à ce sujet, le SPP Intégration sociale explique que le retour à l'emploi est certes "légèrement plus important en Flandre" (au premier trimestre : 10,5 % en Flandre, contre 9,0 % en Wallonie et 7,5 % à Bruxelles), "mais il n'explique qu'une faible partie de l'écart". "Le principal élément mis en évidence par le monitoring de l'Onem est un passage beaucoup plus fréquent vers l'assurance maladie-invalidité en Flandre : près de 20 % des fins de droit, contre environ 7 % en Wallonie et à Bruxelles."
Réforme du chômage : pourquoi y a-t-il autant de chômeurs âgés dans la 4e vague d'exclusions ? "On ne sait pas"Privés de leur droit aux allocations de chômage, une part des demandeurs d'emploi passent en incapacité de travail, ce qui leur permet de percevoir des indemnités de leur mutuelle. Ils passent dans une autre branche de la sécurité sociale et ne doivent dès lors pas se tourner vers l'assistance du CPAS.
Pourquoi en Flandre ?
Mais pourquoi ce phénomène est-il plus développé en Flandre qu'en Wallonie ou à Bruxelles ? L'Onem fournit une explication.
Selon l'Office national de l'emploi, "le taux d'emploi vacant est historiquement plus élevé en Flandre que dans les autres régions. Cette situation y a offert davantage de possibilités d'emploi aux chômeurs. On peut donc supposer qu'une proportion plus importante de personnes relativement proches du marché du travail y a déjà retrouvé un emploi. Parmi les chômeurs restants, la Flandre compterait dès lors proportionnellement davantage de personnes plus éloignées physiquement ou mentalement du marché du travail, notamment en raison d'une affection sous-jacente qui n'a pas encore été reconnue."
Des Flamands "non mobilisables"
L'Onem ajoute que le VDAB (le pendant flamand du Forem en Wallonie et d'Actiris à Bruxelles) "attribue proportionnellement plus souvent que les autres services régionaux de l'emploi le statut de 'non mobilisable' aux personnes arrivant en fin de droit. Ce statut signifie que le VDAB ne les considère pas comme activables sur le marché du travail. Il paraît donc logique que ces personnes introduisent une reconnaissance de leur incapacité de travail auprès de leur mutuelle."
"Cette situation apparaît, au moins partiellement, dans les différences de profil entre les régions, complète l'Onem. La Wallonie compte une part nettement plus faible de personnes de plus de 50 ans, ce qui réduit la probabilité de troubles musculo-squelettiques, qui figurent parmi les diagnostics les plus fréquents lors du passage du chômage à l'incapacité de travail. Bruxelles compte davantage de demandeurs d'emploi peu qualifiés, tandis que la Wallonie présente une plus grande proportion d'allocataires d'insertion qui ne sont pas ou peu qualifiés".
Le chômage indemnisé diminue de 42,8% en juillet, grâce à la réforme du chômage"Ces deux éléments peuvent indiquer, de manière différente, une inadéquation plus importante avec l'offre d'emploi régionale. Bruxelles et la Wallonie comptent aussi davantage de chômeurs ayant travaillé sous le régime de l'article 60, par l'intermédiaire d'un CPAS. Ce parcours renvoie à une situation antérieure de précarité, combinée à une capacité et à une volonté de travailler dans un cadre adapté, ainsi qu'à une plus grande familiarité avec les CPAS, éléments qui s'inscrivent logiquement dans le cadre d'une demande d'aide adressée au CPAS."
Bref, conclut l'Onem, "les différences historiques entre les marchés du travail et les profils des demandeurs d'emploi sont étroitement liées à deux autres facteurs : en Flandre, un accès plus direct à l'assurance maladie-invalidité par l'intermédiaire du statut de 'non mobilisable' ; à Bruxelles et en Wallonie, un recours plus accessible aux CPAS en raison d'une plus grande familiarité avec ceux-ci. Ensemble, ces éléments peuvent contribuer à expliquer la tendance observée."
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