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En fermant 83 sites militaires d’un seul coup en 2008, l’armée française a laissé derrière elle des casernes que personne ne peut encore toucher aujourd’hui

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Des grilles rouillées, des vitres brisées, de l’herbe qui pousse entre les pavés d’anciennes cours de caserne : voilà le visage qu’offrent encore aujourd’hui des dizaines de sites militaires français, abandonnés depuis près de deux décennies. Comment expliquer un tel immobilisme ?

À retenir

  • La réforme militaire de 2008 a fermé 83 sites malgré une aide promise de 320 millions d’euros à verser d’ici 2015.
  • La dépollution (hydrocarbures ou pyrotechnique) bloque de nombreux projets, avec des délais pouvant atteindre trois ans.
  • Ces friches abandonnées génèrent des coûts de gardiennage et des pertes fiscales, comme les 400 000 euros annuels perdus par Dieuze.

Dix-huit ans après, le décor n’a pas bougé : l’état des lieux qui interpelle

Retour en arrière. En 2008, une vaste restructuration des armées françaises entraîne la suppression de 54 000 emplois et la fermeture de 83 sites militaires sur l’ensemble du territoire. Pour amortir le choc, l’État promet aux territoires concernés une aide de 320 millions d’euros, censée être versée d’ici 2015. Sur le papier, la promesse est claire. Dans les faits, c’est une tout autre histoire qui s’écrit, celle de bâtiments qui attendent, parfois depuis plus de dix ans, une seconde vie qui ne vient pas.

Prenons l’exemple de la caserne de Dieuze, en Moselle. Deux ans après sa fermeture, le maire de la commune se bat encore pour récupérer les bâtiments désertés et y installer des entreprises. Mais un contentieux administratif bloque le processus, et pendant ce temps, la ville encaisse le coup : 400 000 euros de recettes fiscales s’évaporent chaque année, faute d’activité sur le site. Un peu plus loin, sur les hauteurs de Metz, l’armée tente depuis vingt ans de se séparer d’un immense fort. Les communes voisines rêvent d’en faire un site touristique, mais le projet se heurte à un obstacle de taille : un chantier de dépollution aussi long que coûteux.

Pourquoi personne n’a repris la main sur ces emprises abandonnées

Derrière cette immobilité, plusieurs verrous se sont accumulés. Dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques, certaines casernes ont bien été rétrocédées aux collectivités locales, parfois pour l’euro symbolique. Mais posséder un bâtiment ne suffit pas à lui donner un usage. Quatre écoles de gendarmerie fermées en 2008 sont ainsi restées sans aucune reconversion après quatre années d’inactivité complète, générant au passage des frais de gardiennage loin d’être anodins pour des structures censées ne plus rien coûter.

La professionnalisation des armées, qui a accompagné cette vague de fermetures, a aussi laissé sur le carreau des sites aux problématiques très spécifiques, comme l’ETAMAT de Thouars, dont la reconversion se heurte à des contraintes à la fois budgétaires et techniques. Et c’est bien là que le bât blesse le plus souvent : la dépollution. À Dijon, il a fallu excaver 4 000 tonnes de terres polluées aux hydrocarbures avant d’imaginer le moindre projet. Quand la pollution est pyrotechnique, c’est-à-dire liée à d’anciens stocks de munitions, le délai avant le début des travaux peut grimper jusqu’à trois ans. Autant dire une éternité pour des élus locaux qui espéraient une reconversion rapide.

Le vrai coût du silence : ce que ces friches militaires coûtent chaque année aux contribuables

Ce statu quo n’a rien de gratuit. Chaque site qui dort génère des coûts invisibles mais bien réels : gardiennage, entretien minimal, sécurisation contre les intrusions, sans oublier le manque à gagner fiscal pour les communes concernées. En Bretagne, soixante-quatre emprises militaires devenues inutiles font actuellement l’objet de négociations de cession. Mais parmi elles, sept risquent tout simplement de ne jamais trouver preneur, victimes de pollutions pyrotechniques ou par hydrocarbures jugées trop lourdes à traiter.

Un autre détail, presque anecdotique en apparence, révèle l’ampleur du problème administratif : les emprises militaires dont la valeur vénale n’excède pas 13 000 euros ne font même pas l’objet d’un suivi centralisé. Elles échappent purement et simplement aux tableaux officiels de reconversion. Autrement dit, une partie du patrimoine militaire abandonné n’est même plus comptabilisée nulle part, ce qui rend toute évaluation globale du phénomène particulièrement délicate.

Des solutions existent, mais restent lettre morte : ce que révèle ce dossier sur la gestion du patrimoine public

Il serait injuste de dresser un tableau entièrement noir. Certaines reconversions ont parfaitement fonctionné, prouvant que le scénario du gâchis n’est pas une fatalité. À Brest, les anciens ateliers navals sont devenus le quartier des Capucins, un lieu de vie animé. À Metz, d’anciennes casernes accueillent désormais des logements et des locaux universitaires. Ces exemples montrent qu’une friche militaire peut redevenir un moteur pour une ville, à condition d’y consacrer du temps, des moyens et une véritable volonté politique locale.

Mais ces réussites restent minoritaires face à la masse des sites encore à l’abandon. Le constat est sans appel : les emprises militaires fermées entre 2008 et 2015 demeurent, pour une grande partie d’entre elles, inoccupées et non reconverties aujourd’hui encore. Entre contentieux juridiques, dépollutions interminables et absence de suivi pour les petites parcelles, le dossier illustre une difficulté plus large : celle de transformer une promesse de politique publique en résultat concret sur le terrain.

Reste une question qui mérite d’être posée sans détour : combien de temps encore ces bâtiments vont-ils rester figés dans le temps, pendant que les communes continuent de payer, littéralement, le prix de l’attente ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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