Le 4 juin 1783, sur une place d’Annonay, en Ardèche, Joseph et Étienne de Montgolfier font brûler un feu sous un grand sac de toile doublé de papier. L’enveloppe se gonfle, s’arrache du sol, et la montgolfière existe, bien avant que le mot ne s’impose. Les sources parlent du premier vol public d’un aérostat, monté par deux papetiers de province avec des moyens qu’un artisan d’aujourd’hui jugerait dérisoires.
De la toile, du papier, du feu : rien de plus.
À retenir
- Le premier vol d’un aérostat a lieu le 4 juin 1783 à Annonay, dirigé par les frères Montgolfier.
- L’enveloppe est en toile renforcée de papier, assemblée par 1 800 boutonnières, pour un volume de 800 m³.
- Les frères croyaient à tort que la fumée faisait monter le sac, ignorant que c’était l’air chaud qui créait la portance.
Sommaire
Un sac de toile, de papier et de 1 800 boutonnières
Au XVIIIe siècle, on parle d’aérostat ou de globe, pas encore de ballon à air chaud. Quant au nom de montgolfière, il rend hommage à la famille qui a lancé l’idée, installée depuis quatre siècles dans la région ardéchoise.
Rien ne destinait Joseph et Étienne à l’aérostation. Fils d’un fabricant de papier de Vidalon-lès-Annonay, dont la manufacture familiale jouissait d’une réputation européenne, ils connaissaient les fibres, les toiles et leur comportement face à la chaleur mieux que bien des physiciens de salon. Cette culture de la matière explique le choix des matériaux : de la toile et du papier, c’est-à-dire leur quotidien.
Selon la Fondation La main à la pâte, qui s’appuie sur les archives, l’aérostat est en toile renforcée de papier, en triple épaisseur. L’enveloppe n’est pas d’un seul tenant : des fuseaux sont tenus ensemble par 1 800 boutonnières, comme un vêtement géant aux attaches innombrables. Le British Balloon Museum & Library décrit de son côté un taffetas doublé de papier, fermé par des boutons, ce qui montre que le tissu varie selon les récits sans que le principe change. Une fois gonflé, le globe atteint 800 m3.
Dix-huit cents boutonnières, c’est un chantier. À raison de 10 secondes par boutonnière (une simple hypothèse de calcul), il faudrait déjà 5 heures pour toutes les fermer.
800 m3, cela équivaut à environ cinq grandes salles de classe cousues en un seul sac. Sur une place de ville, face à des spectateurs qui n’avaient jamais rien vu de tel, l’effet devait être saisissant. Les frères ne présentent pas un modèle réduit : l’essai public se fait à pleine échelle. Selon plusieurs sources, un ballon miniature, né d’une observation de fumée dans une cheminée, avait précédé cette démonstration.
Quatre mâts, un réchaud et dix minutes
Quatre mâts. Les frères les dressent ce 4 juin sur la place devant le couvent des Cordeliers, et on devine leur rôle : soutenir l’immense sac pendant qu’on le remplit d’air chaud. Dans l’assistance, des représentants des états du Vivarais, venus constater l’expérience.
Le gonflage repose sur un petit réchaud où brûlent de la paille et de la laine, de quoi emplir 800 m3. Les récits évoquent parfois un simple feu de paille, alors que la laine y brûlait aussi : le combustible était double.
Selon la plupart des sources, le vol dure une dizaine de minutes.
Pour le reste, les chiffres divergent. L’altitude atteinte et la distance parcourue changent d’une source à l’autre, ce qui interdit d’afficher une précision que les récits ne garantissent pas. Les témoignages concordent en revanche sur l’essentiel : la date, la place d’Annonay, les deux frères et l’envol.
Un procès-verbal avant les applaudissements
Le lendemain du vol, le 5 juin, un procès-verbal est dressé au nom des états du Vivarais. L’Académie des sciences l’enregistre le 18 juin 1783, treize jours plus tard. Cette formalité pèse presque autant que l’envol : elle transforme un spectacle de place publique en fait attesté, que Paris peut examiner. Selon une notice ardéchoise, la démonstration a eu un grand retentissement et Louis XVI a demandé à voir un ballon s’élever.
Ce réflexe administratif n’a rien d’anodin. Au XVIIIe siècle, d’après des synthèses historiques, les académies royales valorisent les démonstrations pratiques, et un vol sans témoins officiels serait resté une anecdote locale.
La suite s’enchaîne à une vitesse qui étonne. D’après le magazine Earth, Charles construit bientôt Le Globe, lancé depuis le Champ-de-Mars, tandis que les Montgolfier préparent à Versailles une nouvelle expérience pour le roi et la reine. Le 19 septembre 1783, un mouton, un canard et un coq y montent dans un panier fixé au ballon.
Le 21 novembre 1783, Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes réalisent le premier vol humain, dans un ballon à air chaud de la même famille. Ils décollent de l’ouest de Paris, du côté du bois de Boulogne.
Cinq mois et demi à peine après la place d’Annonay.
Une machine que ses inventeurs comprenaient de travers
Les frères, eux, n’avaient pas saisi ce qui faisait monter leur sac. Selon plusieurs récits, ils croyaient que la fumée, et non l’air chaud, soulevait l’enveloppe, et alimentaient donc le feu avec de la paille et de la laine. Le principe ne leur sera expliqué que plus tard, par d’autres.
Ce principe n’a pas bougé : l’air chauffé dans l’enveloppe est plus léger que l’air froid qui l’entoure. Seule la source de chaleur a changé, le brûleur au propane ayant remplacé le réchaud à paille et à laine.
Annonay n’a pas oublié l’épisode. D’après une notice consacrée aux frères, la ville fête chaque année au printemps ses enfants prodigues. Et près de la ville, le musée des papeteries Canson et Montgolfier retrace à la fois l’histoire des ballons et celle du papier.
Sources : montgolfiere-sensation.com | air-journal.fr | leblogcashpistache.fr


6 day_ago
37



























.jpg)






French (CA)