Un fruit de bardane, un microscope, et une question que presque personne ne se pose en rentrant d’une sortie en pleine nature : pourquoi ça tient aussi bien ? En 1941, l’ingénieur suisse George de Mestral a creusé la sienne. Elle a débouché sur la bande auto-agrippante, que l’on referme aujourd’hui sur des chaussures comme sur des brassards de tensiomètre.
Tout est parti d’un pantalon couvert de graines.
À retenir
- George de Mestral a observé au microscope des graines de bardane restées collées à ses vêtements en 1941.
- Il a découvert que les fruits possédaient des centaines de minuscules crochets s’accrochant aux boucles des tissus et des poils.
- Dix ans de développement ont permis de créer une version en nylon du Velcro, brevetée en 1952 et publiée en 1955.
Sommaire
Un fruit de bardane sous la lentille
Le décor de l’anecdote change selon les récits. Wikipedia parle d’un retour de chasse dans les Alpes avec son chien, tandis que d’autres versions évoquent une simple promenade, et aucune source primaire ne tranche. Ce qui revient partout, c’est qu’un jour de 1941, des fruits de bardane restent collés à ses vêtements et au pelage de l’animal. Au lieu de les jeter, de Mestral en glisse un sous un microscope.
Il y découvre des centaines de minuscules crochets, capables de s’accrocher à tout ce qui forme une boucle : fil de tissu ou poil de chien. La plante a fait de ce mécanisme son moyen de transport, puisque l’animal qui passe emporte ses graines.
Le personnage n’avait rien du bricoleur du dimanche. Né en 1907 près de Lausanne, il a déposé son premier brevet, pour un avion jouet, à l’âge de 12 ans, puis décroché en 1930 un diplôme d’ingénieur électricien à l’École polytechnique fédérale de Lausanne. Sa démarche porte aujourd’hui un nom, le biomimétisme : résoudre un problème humain en copiant une solution déjà éprouvée par le vivant.
Dix ans pour copier un fruit
Le développement a duré environ 10 ans, selon Wikipedia.
La page que l’encyclopédie consacre à la marque avance de son côté 8 ans pour mécaniser la production. De Mestral se tourne vers Lyon, alors centre du tissage, où il fabrique un prototype en coton. Le coton s’use trop vite, et l’inventeur cherche une fibre plus solide. Le nylon fait l’affaire : chauffé, il forme des crochets qui résistent.
Sur le papier, le principe tient en peu de mots. Le brevet décrit un tissu de type velours dont une partie des fils de la touffe se terminent par des crochets, prévu pour adhérer à un tissu similaire. Son titre officiel est d’une sobriété remarquable : « Velvet type fabric and method of producing same », soit « tissu de type velours et son procédé de fabrication ».
Un brevet daté, un système perfectionné
Le brevet américain US2717437 porte une priorité au 22 octobre 1951 et un dépôt au 15 octobre 1952. Il a été publié le 13 septembre 1955. D’après les données de Google Patents, l’inventeur est George de Mestral, alors domicilié à Prangins, dans le canton de Vaud, et la société Velcro S.A., basée à Fribourg, y figure comme cessionnaire.
Le nom commercial fusionne deux mots français : velours et crochet.
Le premier tissu à crochets n’était pas parfait. Un brevet de 1963 au nom de de Mestral lui-même (US3083737) constate qu’une couche dotée de 120 crochets par centimètre carré laisse une grande part de sa surface sans crochet, de sorte qu’environ 30 % seulement des crochets s’engagent quand on presse deux couches l’une contre l’autre. Ce document décrit un appareil de fabrication de fermetures séparables, preuve que l’invention a continué d’être retravaillée après 1955.
En 1999, George de Mestral est entré au National Inventors Hall of Fame pour l’invention de la fermeture à crochets et à boucles. Quant au brevet US2717437, Google Patents le classe aujourd’hui comme expiré, tout en précisant que ce statut ne constitue pas une analyse juridique.
Sources : patents.google.com | freepatentsonline.com


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