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En draguant jusqu’à 1 600 t de galets par jour devant un village du Devon, la Marine britannique a littéralement arraché ce qui retenait la mer loin de ses maisons

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À retenir

  • Entre 1897 et 1902, 1 600 tonnes de galets étaient extraites quotidiennement du banc face à Hallsands pour les chantiers navals de Plymouth.
  • Ce dragage a réduit la plage de 2 à 4 mètres de hauteur, éliminant la protection naturelle contre les tempêtes.
  • Le 26 janvier 1917, une tempête a détruit le village vidé de ses défenses, ne laissant qu’une maison intacte après 15 ans de déclin.

Sommaire

  1. Un arsenal avait besoin de gravier
  2. Licence révoquée, village condamné
  3. La nuit où la mer a repris sa place
  4. Sept ans de procédure pour 6 000 livres

Un arsenal avait besoin de gravier

Jusqu’à 1 600 tonnes de matériaux étaient retirées chaque jour, à la fin des années 1890, du banc de galets qui s’étend au large de Hallsands. Ce village de pêcheurs du sud du Devon donne sur Start Bay. Le chantier naval de Plymouth y trouvait son sable et son gravier, et le village perdait son rempart.

Vingt ans plus tard, il ne restait qu’une maison habitable.

Tout commence avec l’extension de l’arsenal de Keyham, à Plymouth, dans le secteur de Devonport. Le chantier dévore du granulat. Un entrepreneur obtient du Board of Trade une licence pour draguer le banc de galets face à Hallsands, et les sources locales associent l’opération à Sir John Jackson, qui pilotait les travaux de la Royal Navy.

Pour mesurer ce que représentent 1 600 tonnes quotidiennes, il suffit de penser à des semi-remorques de 25 tonnes. Cela fait une soixantaine de chargements par jour, sept jours sur sept si la drague tournait sans relâche. Les villageois protestent, car ce banc amortissait la houle avant qu’elle n’atteigne leurs murs. Une enquête est ouverte, mais elle laisse le dragage continuer.

En 1900, la plage a déjà perdu entre 2,1 et 3,7 mètres de hauteur (7 à 12 pieds). Pour des pêcheurs qui halaient leurs bateaux sur ces galets, c’est aussi le quotidien qui bascule.

Licence révoquée, village condamné

Le 8 janvier 1902, la licence est enfin révoquée, mais trop tard.

Les chiffres de population disent le reste. En 1891, Hallsands comptait 37 maisons et 159 habitants. En 1906, il n’en restait que 25 et 93. Près de la moitié des habitants était partie en quinze ans, et ces départs précèdent la grande catastrophe.

Des tempêtes endommagent ou détruisent déjà plusieurs bâtiments en 1903 et 1904. Un mur de protection est construit, une défense provisoire qui ne rend pas au village son banc de galets. Les chercheurs du projet CITiZAN, qui étudie le patrimoine côtier britannique, rappellent d’ailleurs que l’histoire reste complexe. Le dragage aurait coïncidé avec une phase climatique défavorable de l’oscillation nord-atlantique, active de 1900 à 1930, ce qui expliquerait la violence des tempêtes.

La nuit où la mer a repris sa place

Le vendredi 26 janvier 1917, les pêcheurs surveillent le temps et la marée. Ils halent leurs bateaux sur la rue du village, les arriment solidement, et les enfants sont mis à l’abri dans une maison voisine.

Des vents d’est de tempête se combinent à des marées exceptionnellement hautes et percent les défenses. Les témoins racontent que la mer arrive en tourbillons, que les murs s’effondrent et que les vagues passent au-dessus des chevrons. À minuit, quatre maisons ont disparu et aucune n’est intacte. La marée haute du lundi 28 janvier brise les murs de protection, et le village est pratiquement détruit.

Une seule maison reste habitable.

Une tempête n’arrache pas un village protégé par un banc de galets épais. Elle achève un village dont on a retiré la protection naturelle, et c’est exactement ce que les habitants avaient dénoncé quinze ans plus tôt.

Sept ans de procédure pour 6 000 livres

Les habitants se battent pendant sept ans pour obtenir une réparation. Ils obtiennent au bout du compte 6 000 £ d’indemnité. Pour des familles qui avaient perdu maisons, bateaux et lieu de vie, la somme arrive après plus d’une génération de pêche sans plage.

Aujourd’hui, les ruines s’accrochent encore à la falaise, au-dessus de la baie. Le journal local, le Kingsbridge Gazette, avait résumé l’affaire en une phrase restée célèbre : la plage était partie à Devonport, et les maisons à la mer.

Sources : citizan.org.uk | gosouthwestengland.co.uk

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