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En descendant à 12 262 mètres sous la péninsule de Kola en 1989, les foreurs soviétiques ont littéralement touché une roche à 180 °C là où les géologues en attendaient 100

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À 12 262 mètres sous la péninsule de Kola, les instruments du puits SG-3 ont relevé 180 °C. Les modèles géophysiques de l’époque en annonçaient une centaine à cette profondeur. L’écart de 80 °C est apparu en 1989, au terme de 19 ans de travaux.

Des roches censées durcir en profondeur se comportaient comme du plastique mou.

Le SG-3 n’avait rien d’un forage ordinaire. En 1970, l’URSS lance le chantier sur la péninsule de Kola pour explorer la croûte continentale, en pleine rivalité scientifique avec les États-Unis. Les équipes visaient 15 000 mètres. Elles se sont arrêtées 2 738 mètres plus tôt.

À retenir

  • Le puits SG-3 a atteint 12 262 mètres en 1989, record vertical jamais égalé.
  • La roche mesurait 180 °C, soit environ 80 °C de plus que la prévision.
  • Le chantier s’est arrêté en 1992, sous l’effet de la crise post-soviétique autant que de la chaleur.

Sommaire

  1. 19 ans de chantier pour gagner 12 kilomètres
  2. 180 °C : ce que la chaleur fait à la roche et aux machines
  3. Ce qui a vraiment arrêté les machines

19 ans de chantier pour gagner 12 kilomètres

La logique du projet tient en une phrase : la croûte continentale se connaissait surtout par ce qu’on voyait en surface et par les modèles sismiques, et forer revenait à aller vérifier sur place. À mes yeux, le SG-3 est le pendant souterrain de la course à l’espace, avec le même mélange d’ambition scientifique et de prestige entre deux blocs. Mais, cette fois, la cible se trouvait sous les pieds des ingénieurs.

Le puits atteint 9 583 mètres en 1979 et dépasse alors un record américain détenu par un puits pétrolier de l’Oklahoma. Dix ans plus tard, il touche 12 262 mètres, une profondeur verticale qui n’a jamais été égalée depuis.

Entre les deux records, le puits gagne 2 679 mètres en une décennie, soit environ 268 mètres par an. Le chantier a connu des forages interrompus, des tiges cassées et des équipements à remplacer. Le trou final mesure environ 23 centimètres de diamètre, trop étroit pour qu’un humain s’y glisse, contrairement aux images spectaculaires qui circulent en ligne.

La croûte terrestre mesure environ 35 kilomètres d’épaisseur.

Le SG-3 en a donc traversé environ 35 %. Le centre de la Terre se trouve à plus de 6 300 kilomètres, soit plus de 500 fois la profondeur record. Douze kilomètres, c’est à peu près l’altitude de croisière d’un avion de ligne, mais retournée vers le bas. Le manteau, que le puits était pensé pour atteindre selon Sciencepost, restait hors de portée.

180 °C : ce que la chaleur fait à la roche et aux machines

Un four réglé sur thermostat 6 chauffe à 180 °C. Au fond du SG-3, cette température s’accompagne d’une pression colossale : d’après une synthèse de vulgarisation géologique, elle avoisinait déjà 2,7 tonnes par centimètre carré vers 10 000 mètres. Dans ces conditions, la roche est devenue ductile et visqueuse.

La prévision de 100 °C correspondait à environ 8 °C de plus par kilomètre, alors que le puits en a mesuré près de 15 (calcul grossier, qui néglige la température de surface). La roche était donc environ 1,8 fois plus chaude que prévu.

Selon Sciencepost, les trépans se déformaient, les tiges se voilaient et la roche coupée refluait dans le puits. Les instruments électroniques perdaient en fiabilité. Les boues de forage changeaient de comportement, et le métal lui-même finissait par perdre sa fiabilité. Chaque mètre gagné devenait très coûteux.

Le puits n’a pas livré que de la chaleur. Il a révélé des roches fracturées, de l’eau à plusieurs kilomètres de profondeur, des microfossiles et des couches géologiques qui ne correspondaient pas aux modèles sismiques. Chacun de ces constats s’écartait des prévisions de départ.

Une légende voudrait que des cris d’enfer aient été enregistrés au fond du trou. Aucun enregistrement de ce type n’a été produit à Kola, il s’agit d’un canular médiatique. Le puits ne mesurait que 23 centimètres de large. Avant de partager une image de gouffre sans fond attribuée à Kola, ce détail suffit à la remettre en question.

Ce qui a vraiment arrêté les machines

Le chantier s’est réellement arrêté vers 1992.

L’URSS avait disparu fin 1991, et le projet s’est retrouvé pris dans la crise post-soviétique. D’après plusieurs synthèses publiées en français, ce qui a condamné le SG-3 se jouait autant à Moscou qu’au fond du puits. Le site a été officiellement fermé en 1995.

L’histoire souvent répétée d’une machine brutalement vaincue par les entrailles de la Terre ne raconte pas tout. Elle gomme le contexte politique, pourtant déterminant dans la fin du chantier.

La chaleur n’a donc pas fait seule le travail. À 180 °C, les instruments étaient moins fiables et chaque mètre coûtait cher. Pour atteindre les 15 000 mètres visés, il restait 2 738 mètres à forer, soit davantage que les 2 679 gagnés entre 1979 et 1989. Poursuivre aurait pu rester envisageable avec des moyens supplémentaires, que la crise de l’époque ne permettait sans doute pas.

Un bâtiment gris, rongé par le froid, se dresse encore à quelques kilomètres de la frontière norvégienne, au nord-ouest de la Russie. Sa superstructure a été photographiée en 2007. Le record de 12 262 mètres, lui, tient toujours pour un forage vertical.

Sources : le-bouillon-larochelle.fr | keops-ingenierie.fr

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