Un parachute qui se détache en plein vol, et c’est tout un programme spatial européen qui vacille un instant. L’Agence spatiale européenne vient de perdre son prototype grandeur nature de Space Rider, futur véhicule réutilisable, lors d’un essai de largage au-dessus de la Sardaigne. Résultat : un crash au sol, sous haute surveillance.
À retenir
- Lors d'un essai au-dessus de la Sardaigne, le parafoil principal du prototype Space Rider s'est détaché en plein vol, provoquant sa chute incontrôlée au sol.
- Une enquête indépendante a été ouverte pour déterminer l'origine de cette anomalie, qui fait suite à un précédent échec en mai dû à un capteur défectueux.
- Selon l'ESA, cet incident ne devrait pas affecter le calendrier global du programme, les essais de qualification restants n'étant pas sur le chemin critique du développement.
Un parachute sur deux qui lâche en plein vol : le détail qui a tout fait basculer
Ce n’était pas exactement ce que les ingénieurs avaient en tête lorsqu’ils ont réalisé le test de chute de Space Rider. Sur le papier, la procédure semblait rodée : un premier parachute, dit stabilisateur ou drogue, devait freiner la descente et orienter correctement l’engin. Ce petit parachute a bien fait son travail, se déployant sans accroc.
C’est l’étape suivante qui a posé problème. Le parafoil principal, cette grande voile pilotable censée ralentir réellement la chute et guider l’engin vers un atterrissage de précision, s’est détaché au moment de son déploiement. Sans lui, impossible de freiner la descente : le prototype a poursuivi sa trajectoire jusqu’au sol, sans aucun contrôle.
Pourquoi ce décrochage s’est-il produit ? Pour l’instant, personne ne le sait précisément. Un porte-parole de l’ESA a confirmé qu’une enquête indépendante avait été ouverte pour déterminer l’origine exacte de cette anomalie. Tant que les conclusions ne sont pas rendues, impossible de savoir s’il s’agit d’un défaut mécanique, d’un problème de conception ou d’un simple aléa de fabrication.
La Sardaigne, théâtre d’un crash hautement surveillé par l’ESA
L’essai s’est déroulé sur un terrain militaire en Sardaigne, un site italien choisi pour sa capacité à accueillir ce genre de test sensible. Le prototype, largué depuis un hélicoptère à environ 3 kilomètres d’altitude, devait reproduire uniquement la phase finale d’un retour sur Terre après un séjour en orbite.
Il ne s’agissait pas d’un simple bloc inerte. Cette maquette grandeur nature, de la taille d’un minivan, embarquait une avionique complète permettant une navigation autonome. L’objectif était bien de valider la capacité de l’engin à se piloter lui-même jusqu’à un atterrissage de précision, à la manière d’un avion rejoignant une piste plutôt que d’une capsule tombant sous un simple parachute.
Malgré le crash, tous les composants de l’engin ont pu être récupérés par les équipes de l’ESA au sol, de quoi alimenter l’enquête en cours.
Interrogée lors d’un point presse du Conseil de l’ESA, Géraldine Naja, directrice du transport spatial de l’agence, s’est voulue rassurante. Selon elle, cet échec ne devrait pas affecter le calendrier global du programme, les essais de qualification restants n’étant pas sur le chemin critique du développement de Space Rider.
Un deuxième revers en cinq mois : la série noire des essais de Space Rider
Ce crash d’octobre n’est pas un coup du sort isolé. Il s’agit en réalité du premier essai de largage tenté depuis un précédent échec survenu en mai. Cette fois-là, un capteur défectueux avait contraint les équipes à annuler le test avant même que le véhicule ne soit largué depuis l’hélicoptère.
Deux tentatives, deux échecs, à cinq mois d’intervalle. Géraldine Naja a d’ailleurs qualifié cet incident de malheureux mais important, une formule qui résume bien la situation. Un revers, certes, mais aussi une occasion d’identifier une faiblesse avant qu’elle ne se reproduise sur un vol orbital réel.
Il faut dire que l’enjeu dépasse largement ce simple test de parachute. Space Rider est pensé comme le premier véhicule orbital réutilisable et sans équipage d’Europe. Sa mission : transporter des expériences scientifiques jusqu’à deux mois en orbite, avant de les ramener intactes sur Terre. Un rôle qui suppose justement une maîtrise parfaite de la phase d’atterrissage, celle-là même qui vient de faire défaut en Sardaigne.
La conception sans ailes de l’engin, de type corps portant, repose entièrement sur ce parafoil pilotable pour assurer un atterrissage de précision. L’ESA assure toutefois garder le cap sur ses objectifs de développement du programme.


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