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En creusant à la main des centaines de kilomètres de galeries sous des rizières, les combattants vietnamiens ont littéralement installé une ville sous les pieds des soldats américains

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En creusant à mains nues plus de 250 kilomètres de galeries sous les rizières de Cu Chi, à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Saïgon, les combattants vietnamiens ont bâti l’un des réseaux souterrains les plus vertigineux de l’histoire militaire moderne. Entièrement creusé à la main, ce réseau souterrain de 250 km comprend des galeries desservant des salles aux multiples fonctions comme des salles de réunion, cuisines, infirmeries, chambres et fabriques d’armes. Sous les pieds des soldats américains stationnés dans la région, une véritable ville s’était installée, invisible, respirante, vivante.

L’histoire commence bien avant l’arrivée des GI’s. Le réseau de tunnels souterrains de Cu Chi a été initialement creusé pendant la guerre contre l’occupation française au Vietnam entre 1946 et 1954, alors qu’il ne faisait qu’une vingtaine de kilomètres, avant de prendre une ampleur plus importante et d’être développé lors de la guerre contre les Américains. Chaque hameau creusait ses propres boyaux pour cacher des armes et des documents, avant que la nécessité de coordination entre villages ne pousse à relier ces cavités isolées en un système continu. Le choix du terrain n’a rien d’un hasard : les galeries sont construites sur une zone d’argile latéritique résistante à l’érosion et au passage des tanks et aux bombardements, une zone qui se trouve au-dessus du niveau du fleuve, ce qui évite les risques d’inondation. La terre extraite, elle, ne pouvait pas s’accumuler à la surface sous peine de trahir l’opération : elle était généralement dispersée dans le fleuve pendant la nuit.

À retenir

  • Combien de temps a-t-il fallu pour creuser une ville entière sous terre ?
  • Comment 250 km de tunnels sont-ils restés invisibles aux technologies américaines ?
  • Quel prix ont payé les combattants pour cette victoire souterraine ?

Sommaire

  1. Trois niveaux, une ville complète
  2. Une invisibilité qui a tenu en échec l’armée américaine

Trois niveaux, une ville complète

Le résultat dépasse largement l’image du simple abri de fortune. Le réseau se compose de plusieurs étages répartis sur trois profondeurs différentes : la couche supérieure se situe à environ 3 mètres du sol, la couche intermédiaire à environ 6 mètres, et la couche inférieure atteint plus de 10 mètres de profondeur à certains endroits. Trois mètres, six mètres, dix mètres. Autant de strates qui organisent la vie souterraine comme les étages d’un immeuble, chacun avec sa fonction propre.

Le niveau supérieur servait aux activités quotidiennes comme la cuisine, le stockage et les réunions, tandis que le niveau intermédiaire accueillait les activités militaires, les opérations de combat et les soins médicaux. On y trouvait de tout : des hôpitaux, des dortoirs, des salles de réunion, des cuisines, des magasins, des salles de travail, des salles à manger et des écoles. Il y avait même, dans les secteurs les plus développés, des salles de théâtre pour distraire des combattants épuisés par des mois de clandestinité. Les tranchées elles-mêmes restaient étroites : de 60 à 70 cm de large pour une hauteur de 80 à 90 cm, tout juste assez pour avancer dos courbé. Pas de quoi se redresser, encore moins de quoi respirer facilement, mais assez pour tenir.

La question de l’air occupait une place centrale dans cette ingénierie de fortune. Le labyrinthe souterrain comprenait un système de ventilation dont les sorties aériennes étaient déguisées en termitières, en plus de puits qui alimentaient les tunnels en eau potable. Le vrai casse-tête, c’était la cuisine. Un feu allumé sous terre produit une fumée qui, remontant à l’air libre, aurait signalé la position exacte d’un village entier aux avions de reconnaissance. La réponse est venue d’un cuisinier militaire nommé Hoàng Cầm, dont le nom est resté attaché à son invention : un système ingénieux de dissipation des fumées utilisant de nombreux conduits, la fumée qui arrivait à la surface étant bloquée au sol par une couverture de feuillage humide. Un fourneau devenu invisible, littéralement absorbé par la terre.

Une invisibilité qui a tenu en échec l’armée américaine

Repérer ces entrées relevait presque de l’impossible. Les trappes d’entrée, minuscules et parfaitement camouflées par le feuillage, ressemblaient davantage à des terriers d’animaux qu’à une entrée de tunnel, et elles étaient parfois dissimulées dans les porcheries ou dans la maison des paysans eux-mêmes. Un GI pouvait patrouiller à quelques mètres d’une salle de réunion souterraine sans jamais s’en douter.

Quand une entrée finissait par être découverte, les Américains ne s’y aventuraient pas sans risque. Elles étaient souvent piégées avec des pièges rudimentaires mais terriblement efficaces, comme des planches à clou. L’armée américaine a bien tenté de contourner le problème en misant sur le flair plutôt que sur la vue : même les troupes américaines, qui disposaient de plus de 3 000 chiens renifleurs bien entraînés, ne parvenaient pas à s’orienter dans ces parcours. Une parade tout aussi rusée que le reste du dispositif attendait ces animaux : les Vietnamiens utilisaient du savon américain, du poivre et des aérosols froids pour dissuader les chiens. Retourner contre l’occupant ses propres produits pour brouiller les pistes olfactives, il fallait y penser.

La vie là-dessous n’avait rien d’un exploit sans contrepartie. Pour les Vietnamiens réfugiés qui se cachaient parfois plusieurs mois d’affilée dans ces tunnels, l’air, la nourriture et l’eau y étaient rares, et les galeries étaient très souvent envahies d’« invités indésirables » : fourmis, cafards, araignées, rats et serpents. La maladie était omniprésente, en particulier le paludisme qui, après les blessures de guerre, était la deuxième cause de décès des réfugiés. Côté alimentation, pas de festin : les rizières et cultures fruitières étant détruites par les bombardements, le régime alimentaire pouvait se limiter, en attendant l’approvisionnement, à du tapioca, des feuilles, des racines et des insectes.

Aujourd’hui, une partie de ce dédale continue d’exister sous la terre rouge de Cu Chi. Environ 120 kilomètres de tunnels sont actuellement préservés et se visitent, élargis pour laisser passer les touristes occidentaux, bien plus larges d’épaules que les combattants qui les ont creusés à la pioche et à la main, une pelletée après l’autre, pendant près de trois décennies.

Sources : vietnamevasion.com | laroutedesvoyages.com

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