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À 14 ans, Xiaomei, élève brillante d'une province côtière de Chine, a fait une overdose de médicaments contre la toux. Tout a commencé avec des comprimés achetés en ligne, sans ordonnance. Au départ, elle s'est aperçue qu'ils lui donnaient légèrement le vertige. Mais cette sensation d'engourdissement lui procurait un répit face à la pression scolaire.
Petit à petit, elle a essayé d'autres médicaments recommandés sur des forums de discussion. D'abord une pilule, puis deux, puis cinq, et parfois plus d'une dizaine pour ressentir leurs effets.
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Pendant deux ans, elle a consommé d'importantes quantités de différents médicaments normalement prescrits sur ordonnance. Sur Internet, s'en procurer sans prescription médicale semble être un jeu d'enfant. «Quand je me sentais trop stressée par mes études, que je n'avais pas de bons résultats aux examens, ou même lorsque je me disputais avec mes parents, je prenais ces médicaments, a-t-elle confié à la BBC. Je fuyais la réalité.»
L'histoire de Xiaomei n'est pas un cas isolé. En Chine, le recours de nombreux adolescents aux médicaments pour supporter la pression inquiète les autorités. En 2024, une campagne contre l'antitussif utilisé par la jeune fille a été lancée, rendant l'achat en ligne plus difficile. En avril 2026, c'est contre un autre comprimé plébiscité par les jeunes que Pékin a durci les contrôles.
La jeunesse a plus d'un tour dans son sac
Toutefois, les adolescents trouvent rapidement des alternatives et se tournent vers d'autres molécules. Dans l'Empire du Milieu, premier producteur mondial de nombreux ingrédients pharmaceutiques, une cinquantaine de comprimés coûtent souvent moins d'un dollar. Des prix risibles qui correspondent aux finances menues de la génération Alpha (c'est-à-dire les personnes nées à partir de 2010).
Le phénomène dépasse largement les frontières chinoises: dans le monde entier, la santé mentale des jeunes est mise à rude épreuve, et ces derniers prennent souvent des médicaments pour lutter contre le stress et l'anxiété, rapporte le média britannique. En Chine, la pression scolaire se double d'une forte pression familiale. Les parents considèrent leur enfant comme leur seul espoir pour l'avenir, explique Xiang Biao, sociologue chinois de renom et directeur de l'Institut Max Planck d'anthropologie sociale, en Allemagne.
Conséquence de la politique de l'enfant unique, appliquée pendant plusieurs décennies avant de prendre fin en 2016: de nombreuses familles n'ont qu'un seul enfant, qui porte sur ses épaules toutes les attentes. De surcroît, les jeunes Chinois semblent particulièrement isolés socialement. «Ils passent au moins neuf ou dix heures à l'école. Ils ont très peu d'occasions de nouer des relations sociales ou de découvrir à quoi ressemble vraiment la vie», relate le sociologue.
Pression maximale pour les classes d'élite
Xiaomei fait partie d'une classe «d'élite» de chimie. «C'est tellement difficile de réussir les examens et de rester dans les classes d'élite, narre la jeune fille. Dans notre école, les classes d'élite fonctionnent selon un système d'élimination: si tes notes baissent, tu es exclu de la classe. Quand on échoue, on se sent comme des ratés, on a l'impression de n'avoir aucune chance dans la vie.»
Selon les experts, Pékin devrait plutôt se concentrer sur la mise en place de mesures durables pour protéger la santé mentale de la génération Alpha. En 2023, une étude a révélé que près de 95 millions de Chinois souffraient de dépression. Plus de 30% d'entre eux avaient moins de 18 ans.
Des plans ont toutefois été initiés par les autorités: mise en place de salles de consultation dans les écoles, services psychiatriques dans au moins un hôpital par district et augmentation du nombre de professionnels de la santé mentale. D'ici 2030, un système national de soutien psychologique devrait également voir le jour.
Pour Xiaomei, tout a changé après son séjour à l'hôpital à la suite de son overdose médicamenteuse. Ses parents ont commencé à l'écouter et à lui parler davantage. «Savoir qu'il y avait quelqu'un à mes côtés m'a fait beaucoup de bien», confie-t-elle.
D'autres trouvent du réconfort sur les réseaux sociaux. Lu Jingchan a passé des années à lutter contre la dépression. Aujourd'hui, ce jeune homme de 22 ans passe une grande partie de son temps à faire de la prévention en ligne, fustigeant «les médicaments qui poussent au bord de la folie». Face à la pression, chacun essaie d'avancer comme il peut.





























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