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En Californie, reconstruire pour survivre au cycle infernal des feux

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En Californie, les incendies de forêt font désormais partie du cycle des saisons. Mais comment rebâtir sa vie et sa maison lorsque l'on sait que le feu reviendra un jour? Dans la région de Los Angeles, un an après des feux d'une ampleur inédite, architectes et résidents tentent de réinventer l'habitation californienne pour la rendre plus résiliente.

Dorian Bernard connaît bien la réalité des feux. L’architecte français, installé dans la région de Los Angeles depuis 2018, est également pompier volontaire.

En janvier dernier, lorsque les vents violents de Santa Ana ont poussé les flammes le long de la côte, l’architecte a rapidement enfilé son équipement de pompier.

J'ai reçu la notification assez tôt le matin, dès que l'incendie a pris de l'ampleur, raconte-t-il. Déployé dans le secteur de Pacific Palisades, il a vu de ses propres yeux l'intensité de ce feu hors norme.

Deux jours plus tard, symbole de la résilience des Angelinos, alors que le brasier n’était pas encore éteint, l’architecte commençait déjà à recevoir des appels : des résidents le contactaient pour connaître les étapes de la reconstruction.

C'est un attachement total par rapport au quartier, par rapport à la ville, explique-t-il.

Mais cet attachement se heurte à une réalité bien réelle : les propriétaires sinistrés doivent se préparer en vue d’un éventuel feu.

Le défi du style californien

Installé à Malibu, le long de la Pacific Coast Highway, Dorian Bernard a travaillé sur une soixantaine de projets de reconstruction post-feux.

Un homme assis devant un ordinateur montre une carte avec des secteurs rouges, orange et jaunes.

L'architecte Dorian Bernard montre une modélisation de l'avancement des feux survenus en janvier dernier en Californie.

Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

J'ai des clients dont la maison a été détruite par un incendie en 1992, qui ont reconstruit à l’identique et qui ont malheureusement perdu leur maison de nouveau en janvier, raconte-t-il.

S'il apprécie le style californien moderne, avec son architecture ouverte sur la nature, il remarque que les ossatures en bois et les immenses baies vitrées qui font son charme rendent ces résidences vulnérables aux incendies.

Ce que je dis à mes clients, c'est que le plus important est de protéger l'enveloppe du bâtiment, explique l’architecte. En ajoutant un panneau de ciment entre le revêtement extérieur et la structure, par exemple.

L’architecte recommande aussi l’installation de verre trempé à double épaisseur pour résister à la chaleur et tente d’intégrer à ses projets des réservoirs d’eau sous la maison pour pouvoir la protéger.

Le béton et la technologie à la rescousse

À Altadena, une enclave de la classe moyenne où environ 40 % des bâtiments ont été détruits, l'argent est le nerf de la guerre.

Si le bois domine traditionnellement en Californie, c'est en partie à cause des normes sismiques rigoureuses qui rendent la construction en béton plus coûteuse.

Un homme assis dans sa voiture avec les plans d'une maison et un autre debout avec des lunettes de soleil devant un terrain vacant.

Ridgely Currey (à gauche) et son voisin, Greg Ramsey, discutent de la meilleure méthode de reconstruction devant ce qui reste de leur maison.

Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

Face à la menace, certains résidents comme Ridgely Currey ont toutefois décidé de faire le saut vers le béton, aidés par une technologie émergente : l'impression 3D.

C'est très futuriste, admet-il en montrant ses plans où le béton semble brodé, en raison de la superposition des couches lors de l'impression.

L'argument financier pèse lourd dans la balance : grâce à cette technologie, il espère reconstruire pour moins de 300 $ US le pied carré, alors qu'il estime le coût d’une maison traditionnelle en bois à 500 $ le pied carré dans le marché actuel.

Un homme avec des habits de construction à côté d'un mur en béton imprimé et devant une affiche avec une maison modèle dans un quartier sinistré.

L'entrepreneur Mark Ma a déménagé à Altadena pour offrir ses services. Spécialisé dans l'impression 3D, il affirme pouvoir construire des maisons résistantes aux incendies à moindre coût dans des délais d'un mois.

Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

Juste en face de chez lui, l'entrepreneur chinois Mark Ma prépare le terrain pour une maison modèle. Spécialiste de l'impression 3D, l’homme d’affaires promet des maisons montées en un mois, capables de résister aux feux, aux tremblements de terre, aux ouragans et même aux termites.

Au-delà du coût immédiat de la construction, c'est la facture à long terme qui incite des propriétaires comme Ridgely Currey à abandonner le bois.

Les compagnies d'assurance ne le disent pas, souligne Ridgely Currey, mais une fois construites, les maisons traditionnelles en bois deviendront hors de prix à assurer.

Une rue tranquille avec des palmiers de chaque côté et des bâtiments détruits.

Les palmiers, longtemps associés au paysage californien, ont contribué à la propagation des feux en janvier dernier.

Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

Le palmier : un symbole devenu menace

Mais si l'architecture doit changer, le paysage californien doit lui aussi s'adapter, estime Dorian Bernard. Au-delà de l'enfouissement des lignes électriques pour éviter le démarrage de feux lors de grands vents, un coupable surprenant est pointé du doigt : le palmier.

Associé à la Californie, le palmier – souvent non natif – pose un problème majeur. Ils sont très durs à éteindre quand ils prennent feu, explique-t-il. Leur couronne de feuilles mortes s'enflamme et, sous l'effet du vent, projette des débris sur les toits des maisons environnantes.

Les autorités semblent avoir pris la mesure du danger. Dans le comté de Los Angeles, on a commencé à élaguer massivement les palmiers pour réduire la quantité de combustible. La Ville de Los Angeles, elle, y va de son côté avec une initiative visant à remplacer les palmiers morts par des espèces indigènes, plus résistantes aux flammes.

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