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Léa Salamé explique comment elle s’impose un effacement total au 20 heures, malgré l’inquiétude vécue pour son père lors des bombardements au Liban.

LUDOVIC MARIN / AFP
Une heure d’angoisse sans nouvelles de son père au Liban pousse Léa Salamé à renforcer une règle déjà stricte : ne rien laisser paraître au 20 Heures.
Comment continuer à incarner le principal journal télévisé du service public quand l’actualité touche directement sa propre famille ? La question s’impose à Léa Salamé depuis la reprise des violences au Liban, pays où vit une partie de ses proches.
Dans un entretien accordé à « 15 minutes média », la journaliste décrit un principe qu’elle s’impose désormais comme une règle de travail : ne rien laisser filtrer. Ni hésitation, ni émotion, ni inflexion personnelle, et ce, même lorsque la situation devient intime.
Car ces dernières semaines, l’actualité a brutalement pris une dimension personnelle. Lors des frappes qui ont touché Beyrouth début avril, son père, Ghassan Salamé, se trouvait à proximité. Pendant un long moment, impossible de savoir s’il était en sécurité. « J’ai mis une heure à pouvoir le joindre et ça, ça m’appartenait », explique-t-elle. Un épisode qu’elle choisit de tenir à distance du journal.
Un cloisonnement qui est au cœur de sa conception du rôle. Présenter le 20 heures ne relève pas, selon elle, d’une prise de parole incarnée, mais d’une fonction presque institutionnelle. « C’est un exercice, une mécanique où je me sors du truc et je redeviens une journaliste française [...] et je présente le “20 heures” », détaille-t-elle.
Léa Salamé dit redoubler de vigilance lorsqu’il s’agit du Liban, précisément parce que le lien personnel existe. « Je ne suis qu’une journaliste française [...] qui doit être le plus neutre possible. Je dirais que quand je lance un sujet sur le Liban, je fais encore plus attention à chaque mot choisi », insiste-t-elle. « Je ne veux pas qu’il y ait une once d’éditorialisation sur ce sujet-là parce que c’est le “20 heures”, ce n’est pas une chronique », affirme-t-elle.
Dans cette logique, même les perceptions du public sont mises à distance. Certains téléspectateurs croient déceler des émotions, une tristesse ou une tension. Elle balaie ces lectures. « Ce n’est pas à moi de le montrer », tranche-t-elle.
À rebours d’une époque où les journalistes sont de plus en plus identifiés, commentés et parfois sommés de se positionner, Léa Salamé fait donc un choix inverse : celui de disparaître derrière le cadre du JT. Y compris lorsque, en coulisses, l’information la concerne directement.


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