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Tribune
Hélène Miard-Delacroix
Historienne
Outre-Rhin, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne fait la course en tête en vue des élections des 6 et 20 septembre dans trois Länder. Son arrivée au pouvoir dans l’une de ces régions pourrait faire basculer le pays dans une crise sécuritaire et économique majeure, note, dans une tribune au « Monde », l’historienne Hélène Miard-Delacroix.
Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 4 min.
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Les dimanches 6 et 20 septembre, deux Länder de l’Est et la ville de Berlin voteront lors de scrutins régionaux visant à renouveler leur Parlement respectif. Les citoyens convoqués aux urnes ne représentent pas plus de 9 % de l’ensemble des électeurs allemands.
A première vue, c’est anecdotique, sans conséquences au niveau national. Pourtant, la classe politique et l’opinion tremblent face aux 35 % à 40 % d’intentions de vote pour le parti de l’extrême droite, Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne, AfD), en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Ces scrutins risquent d’ébranler plusieurs certitudes et équilibres dans le pays le plus peuplé de l’Union européenne. Du local au national, les enjeux sont nombreux : ils sont politiques, culturels, sécuritaires, et touchent à l’image de l’Allemagne.
La percée attendue de l’AfD confirme l’érosion des partis qui ont façonné quatre-vingts ans de vie politique allemande. Elle met aussi à l’épreuve leur cohésion interne. La CDU (Union chrétienne-démocrate, droite) du chancelier Friedrich Merz est même menacée d’éclatement si des élus locaux rompent le cordon sanitaire imposé à l’infréquentable AfD. A gauche aussi, les repères se brouillent. Le jeune parti nationaliste BSW (Alliance Sahra Wagenknecht) est tenté d’être faiseur de roi en portant la star régionale de l’AfD, le dynamique trentenaire Ulrich Siegmund, à la tête du gouvernement de Saxe-Anhalt. Plus qu’une sensation régionale, ce serait une rupture dans l’histoire du pays, où la droite extrême n’a plus gouverné depuis 1945.
Un Land gouverné par l’AfD en ferait un laboratoire pour les projets du parti le plus radical des droites européennes. Cœur du système fédéral, les Länder ont plus de compétences que les régions françaises : ils légifèrent librement sur des domaines réservés, mais leur administration est aussi chargée d’exécuter les lois fédérales. Or, le programme de l’AfD pour ce scrutin ne cache pas le projet de politiser la justice, la police et l’administration en y nommant proches et affidés.
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