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En alignant des milliards d’arbres sur des milliers de kilomètres depuis 1978, les Chinois ont littéralement asséché les nappes que cette forêt devait protéger

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Soixante-six milliards d’arbres plantés en ligne depuis 1978, sur un front qui doit atteindre 4 500 kilomètres d’ici 2050 : la Chine a bâti la plus vaste opération de reboisement jamais tentée pour repousser le désert de Gobi. Le résultat est là, mais il n’est pas celui espéré. Dans plusieurs districts du nord du pays, les nappes phréatiques se sont effondrées sous l’effet même des plantations censées les préserver, et Pékin a dû revoir sa méthode en cours de route.

À retenir

  • Un programme géant de reboisement qui s’est retourné contre ses propres objectifs
  • Les arbres consomment tellement d’eau qu’ils ont asséché les ressources qu’ils devaient protéger
  • Malgré les ajustements, le résultat mesurable reste dérisoire après des décennies d’effort

Sommaire

  1. Une urgence née des tempêtes de sable des années 1970
  2. Des peupliers qui boivent plus qu’ils ne protègent
  3. Pékin change de cap, sans renoncer au projet

Une urgence née des tempêtes de sable des années 1970

Tout commence à la fin des années 1970, quand les autorités chinoises constatent l’ampleur du désastre. En Chine, environ 20% de la superficie du pays sont déjà touchés par l’avancée du désert de Gobi, dans le nord. Les tempêtes de sable qui balaient Pékin et remontent jusqu’en Corée deviennent le symptôme visible d’un problème bien plus large : l’agriculture intensive, le surpâturage et l’exploitation minière ont fragilisé des sols déjà arides. La réponse tient en un nom qui deviendra célèbre : le Three-North Shelter Forest Program, la « Grande Muraille verte ».

L’ambition dépasse tout ce qui a été tenté ailleurs. Lancé en 1978 pour ralentir l’avancée des déserts de Gobi et du Taklamakan sur le nord de la Chine, le programme visait à faire passer la couverture forestière des trois régions nordiques d’environ 5 % à 15 %. Le point de départ était quasi nul : le taux de couverture forestière dans la région des Trois-Nords devrait passer de 5,05 % en 1977 à environ 15 % d’ici l’échéance fixée à 2050. Pour donner une idée de l’échelle du chantier, les régions des « Trois-Nords », qui désignent le nord, le nord-ouest et le nord-est de la Chine, représentent 45 % du territoire total chinois tout en concentrant 84 % des terres désertifiées du pays. Et le rythme ne faiblit pas : environ 66 milliards d’arbres ont déjà été plantés, et les autorités chinoises prévoient d’en ajouter 34 milliards supplémentaires au cours des 25 prochaines années, pour un total visé d’environ 100 milliards d’arbres.

Des peupliers qui boivent plus qu’ils ne protègent

Le problème, c’est que planter un arbre dans un désert revient souvent à lui imposer une soif qu’il ne peut satisfaire qu’en puisant sous terre. En plantant des milliards d’arbres dans des régions où l’eau est déjà une ressource rare, la Grande Muraille verte exerce une pression énorme sur les nappes phréatiques. Certaines espèces d’arbres, notamment les peupliers initialement favorisés, sont de grandes consommatrices d’eau. Le choix de cette essence à croissance rapide, privilégié pour ses résultats visibles rapidement, s’est retourné contre l’objectif initial.

Le cas du district de Minqin illustre le phénomène de façon presque caricaturale. Le niveau des nappes phréatiques aurait baissé de 6 mètres dans le district de Minqin suite aux plantations massives, une monoculture de résineux qui nuirait par ailleurs à la biodiversité. Six mètres, c’est la hauteur d’un immeuble de deux étages qui aurait disparu sous les pieds des habitants, en quelques décennies seulement. Un expert de l’Académie chinoise des sciences avait déjà tiré la sonnette d’alarme dès 2017, expliquant que les gens se sont pressés sur les dunes naturelles et dans le Gobi pour planter des arbres, ce qui a provoqué une baisse rapide de l’humidité du sol et de la nappe phréatique, ajoutant que cela pourrait même provoquer une désertification accrue dans certaines régions.

Le paradoxe ne s’arrête pas à l’eau. Une bonne partie des arbres plantés dans ces conditions extrêmes ne survit tout simplement pas. Une analyse publiée dans la revue Earth Science Reviews par des chercheurs de l’université forestière de Pékin a montré que sur le terrain, jusqu’à 85 % des plantations finissent par échouer au fil du temps. Autant d’eau puisée, de travail investi et de budget public dépensé pour des forêts qui, in fine, ne tiennent pas.

Pékin change de cap, sans renoncer au projet

Face à ces constats, les autorités chinoises n’ont pas abandonné la Grande Muraille verte, mais elles en ont sensiblement modifié la doctrine. La Banque mondiale a d’ailleurs contribué financièrement à cette réorientation, avec un don de 80 millions de dollars en 2012 destiné à encourager la plantation d’espèces indigènes plus économes en eau, en lieu et place des peupliers et pins en monoculture des débuts. Les nouvelles phases du programme misent davantage sur des arbustes locaux résistants à la sécheresse, une approche jugée plus durable que la seule multiplication des troncs.

Reste que le bilan global interroge sur l’efficacité réelle de cette débauche de moyens. As of 2024, China’s desert cover had only reduced to 26.8% from 27.2% a decade ago. Un recul de quatre dixièmes de point en dix ans, pour l’un des plus grands projets écologiques jamais lancés : le rapport entre l’effort colossal et le résultat mesuré laisse songeur. Les restrictions imposées aux éleveurs, notamment l’interdiction du libre pâturage dans certaines zones, ont par ailleurs provoqué des tensions locales, jusqu’à des manifestations dans certaines provinces du nord.

La Chine continue pourtant d’avancer, avec 34 milliards d’arbres supplémentaires programmés d’ici 2050 pour boucler la ceinture de 4 500 kilomètres. La vraie question n’est plus de savoir si les arbres tiendront le sable à distance, mais si les nappes phréatiques du nord chinois tiendront, elles, jusqu’à la fin du chantier.

Sources : elite-ecologie.fr | rse-magazine.com

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