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Dans la forêt de Verdun dorment depuis 1916 les rues d’un village où aucune maison n’a jamais été relevée

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Sur le papier, Fleury-devant-Douaumont est une commune comme les autres : elle a un code postal (55100), un maire, un budget. Sur le terrain, c’est une forêt de la Meuse, à une huitaine de kilomètres au nord-est de Verdun, où aucune maison n’a été relevée depuis 1916. Les 422 habitants de 1913 n’y sont jamais retournés.

Pourtant, le tracé des rues se suit encore.

À retenir

  • Fleury-devant-Douaumont comptait 422 habitants en 1913.
  • Le village a été évacué le 21 février 1916 puis réduit en ruines.
  • Il a changé de mains 16 fois entre Français et Allemands.
  • Reconquis le 18 août 1916, il n’a jamais été reconstruit.

Sommaire

  1. Un village ordinaire, jusqu’au 21 février 1916
  2. « Mort pour la France », mais toujours commune
  3. Marcher dans les rues d’un village disparu

Un village ordinaire, jusqu’au 21 février 1916

En 1913, Fleury comptait 422 habitants, installés sur des hauteurs boisées. La construction des forts voisins avait apporté une population ouvrière, puis militaire, ce qui permettait à de petits commerces, des auberges et des artisans de travailler à côté du monde agricole traditionnel. Le village avait aussi souvent échappé aux invasions qui ont suivi la Révolution, celles de 1792, de 1814 et de 1870.

La guerre de 1914 ne l’a pas touché tout de suite. En août, ses quelque 400 habitants ont vu défiler les régiments de Verdun partis en couverture dans la plaine de la Woëvre, et en 1915 le village, toujours intact, débordait de troupes.

Le 21 février 1916, le bombardement qui prépare l’assaut allemand réveille Fleury sous la neige. L’ordre d’évacuer tombe. Les habitants s’entassent dans des charrettes, emmènent le bétail et descendent vers Bras-sur-Meuse et Verdun, en croisant les renforts qui montent vers la ligne de front.

Trois jours plus tard, le 24 février, le fort de Douaumont tombe et l’artillerie lourde allemande commence à détruire le village peu à peu. La chute du fort de Vaux, le 7 juin, change l’échelle : Fleury se retrouve en première ligne et les bombardements deviennent incessants.

Fleury change de mains 16 fois entre Français et Allemands.

Le 18 août 1916, des troupes coloniales venues du Maroc le reprennent pour de bon. Il ne reste qu’un champ de ruines, mais sa position en fait un tremplin pour les offensives françaises qui conduiront à la reprise des forts de Douaumont et de Vaux.

« Mort pour la France », mais toujours commune

En 1918, Fleury reçoit la mention « Mort pour la France ». Comme huit autres villages détruits du front de Verdun, il garde sa personnalité juridique, accordée par la Nation reconnaissante. Sur le plan légal, il n’a donc jamais cessé d’exister.

Fleury n’est pas seul dans ce cas. Neuf villages meusiens ont été pulvérisés en 1916 : Beaumont-en-Verdunois, Bezonvaux, Cumières-le-Mort-Homme, Douaumont, Fleury-devant-Douaumont, Haumont-près-Samogneux, Louvemont-Côte-du-Poivre, Ornes et Vaux-devant-Damloup. Un seul a retrouvé des habitants, Vaux-devant-Damloup, tombé le 31 mars et reconquis le 3 novembre 1916. Les huit autres n’ont toujours pas de résidents permanents plus d’un siècle plus tard.

La raison tient au sol. Gorgé d’obus et de gaz, il a été déclaré impropre à la reconstruction, et le village a été classé en « zone rouge », ce périmètre rendu inhabitable après la guerre. L’État a racheté les terrains et les a confiés en grande partie à la forêt.

Le maire de Fleury est nommé par le préfet.

Il s’appuie sur une équipe de trois membres, qui veille à l’entretien du site et entretient le devoir de mémoire. Sa mission n’a rien de celle d’un maire ordinaire : il ne gère ni écoles ni routes fréquentées, il préserve le souvenir d’une communauté disparue. La commune couvre environ 10,27 km² et compte 0 habitant.

Marcher dans les rues d’un village disparu

Aujourd’hui, une forêt paisible pousse sur les décombres, et le visiteur peut y suivre le tracé des anciennes rues. L’Association nationale du Souvenir de la Bataille de Verdun et l’Office national des forêts ont dégagé l’emplacement des maisons et des chemins, puis l’ont matérialisé. Des bornes de béton et des panneaux indiquent l’endroit où se dressaient une habitation, un commerce ou une école.

Les bornes sont semées parmi les cratères d’obus. Certaines signalent l’emplacement du maréchal-ferrant, d’autres celui de l’école, de la mairie ou de l’église, et des tranchées restent visibles entre les arbres.

À quelques pas, la chapelle Notre-Dame de l’Europe a été bâtie en 1934 à l’emplacement de l’ancienne église, avec des vitraux de Grüber dédiés aux soldats qui ont combattu ici. Le Mémorial de Verdun, inauguré le 17 septembre 1967, se dresse sur l’emplacement de l’ancienne gare de Fleury, à l’initiative de Maurice Genevoix, son président fondateur. Il retrace la bataille et complète une visite du village qui se fait en parcours libre. Beaucoup de visiteurs l’enchaînent avec l’ossuaire de Douaumont et l’un des deux forts.

L’annuaire de la Meuse de 1913 garde la trace de ceux qui vivaient là : trois aubergistes (Body, Hubert et Simon), un boulanger-pâtissier nommé Hubert, un cordonnier, M. Legay. Le même annuaire recense aussi des couturières-repasseuses, un charpentier-charron-menuisier et des épiciers-merciers.

Sources : le-bouillon-larochelle.fr | journee-mondiale.com

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