Il y a 80 ans, le 23 août 1946, Winston Churchill débarquait à Cointrin. Son ancien professeur de peinture, Charles Montag, un Suisse de Winterthour, qui avait vécu à Paris où il avait rencontré le futur premier ministre en 1919, l’avait invité à venir se reposer en Suisse dès la fin de la guerre. Churchill avait accepté. Des industriels (Sulzer, Volker, Georg Fisher, Bally, Zurich Re, des chimiques également) financèrent ce voyage à raison de 60 000 francs, ce qui représente environ 1 million de francs actuels. Les uns cherchaient à honorer le vainqueur de la guerre, les autres à faire oublier qu’ils avaient signé la Pétition des 200 qui prônait en 1940 l’alignement sur le nouvel ordre nazi.
Churchill veut avant tout passer des vacances. Il n’a qu’un engagement, la conférence qu’il doit tenir à l’Université de Zurich le 19 septembre. Il ne veut pas de contacts avec la presse et ne recevra que quelques invités triés sur le volet. Il veut peindre, nager dans le lac et travailler à ses Mémoires. Il s’installe donc dans la villa Choisi à Bursinel, mise à sa disposition par le banquier Alfred Kern de Genève. Il ne sort de son lit qu’à 13h, ayant consacré la matinée à dicter – non pas le texte de ses Mémoires, qui lui vaudront le Prix Nobel de littérature, mais des lettres adressées aux nombreux correspondants qu’il entretient dans le monde entier, des discours qu’il prononcera à la Chambre des communes et au Congrès du parti conservateur dans quelques semaines et bien sûr ce fichu discours de Zurich. Un soir au dîner – le grand homme d’Etat se plaint. «Je dois parler à Zurich d’une comparaison entre les systèmes juridiques suisse et britannique et je trouve ce thème assommant», dit-il. Son gendre, Duncan Sandys, député, ancien ministre des Fortifications dans son gouvernement, lui répond: Pourquoi ne leur infligeriez-vous pas le même discours que vous nous tenez ici même, soir après soir, sur l’organisation de l’Europe?


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