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Un jugement de la Cour supérieure ordonnant à Élections Québec d’envoyer ses cartes de rappel en français ainsi qu’en anglais n’est pas suffisant pour réduire les barrières linguistiques auxquelles sont confrontés les Inuit du Nunavik, affirme le président de l’institut culturel Avataq, William Tagoona.
Le projet de loi 96, adopté en 2022, exige généralement que les organismes gouvernementaux communiquent en français, sauf pour quelques exceptions.
Selon La Presse canadienne, Élections Québec avait déjà demandé au gouvernement d'être exempté de certaines dispositions de cette loi afin de pouvoir partager l'information électorale en français et en anglais, mais cette requête avait été refusée.
Geoffrey Chambers, ancien président d'un groupe de défense des droits des anglophones, a contesté cette décision.
Le 16 septembre dernier, un juge de la Cour supérieure du Québec a tranché, et a ordonné à Élections Québec de communiquer en français et en anglais. Ce dernier a précisé que le statut du français n’est pas restreint par la permission d’informer les électeurs anglophones dans leur langue.
Ça va rester un enjeu
L’institut culturel Avataq a pour mission de protéger et de promouvoir la langue et la culture inuit dans la province. William Tagoona a suivi le dossier de près. Selon lui, le jugement arrive trop tard et ne résout pas les problèmes d’accessibilité de longue date des Inuit au Québec.
Ça va rester un enjeu, affirme-t-il. Tant que le Québec n’inclura pas sérieusement les Inuit, les premiers peuples de ce pays, dans son processus électoral, nous aurons toujours le problème du vote à l’aveugle.
Au Québec, la majorité des Inuit habitent au Nunavik, dans le nord de la province. La population du Nunavik est d'environ 14 000 habitants répartis dans 14 communautés, dont la plupart ne sont accessibles que par avion depuis le sud du Québec. La majorité parle l'inuktitut, puis l’anglais, alors que relativement peu d’habitants s’expriment en français.

La loi 96 au Québec stipule que les bulletins de vote pour les élections provinciales doivent être uniquement en français, ce qui peut représenter un défi pour les personnes unilingues inuktitut, explique le président d'Avataq, William Tagoona.
Photo : Fournie par Élections Québec
Un manque d’engagement politique plus généralisé au Nunavik
Lors de la dernière campagne électorale provinciale de 2022, le taux de participation de la province était de 66 %. Cependant, dans la circonscription d’Ungava, qui englobe le Nunavik, il s’élevait à seulement 30,3 %.
William Tagoona explique que les différends linguistiques reflètent un manque d’engagement politique plus généralisé au Nunavik, alors que peu de pancartes électorales sont installées et que les candidats et candidates ne visitent la région que très rarement.

William Tagoona est président de l’institut culturel Avataq.
Photo : Radio-Canada / Félix Lebel
Je suis revenu de Montréal la semaine dernière et à chaque avenue, chaque coin de rue et chaque autoroute, on peut voir les affiches des gens qui font campagne, et ce que leur parti défend, illustre-t-il. Pourtant, vous ne verrez pas une seule pancarte ici [au Nunavik] indiquant qu'il y a même des élections dans la province.
Quand on ne voit aucun candidat et qu’aucune information n’est partagée dans la langue de la région, on a l’impression que notre vote ne compte pas, déplore M. Tagoona.
Le Secrétariat aux relations avec les Premières Nations et les Inuit n’a pas répondu à notre demande de commentaires.
Des mesures additionnelles pour les électeurs autochtones
Vendredi dernier, la porte-parole d’Élections Québec, Julie St-Arnaud-Drolet, a répondu par courriel à des questions et a affirmé que des mesures additionnelles allaient être mises en place pour rejoindre les électeurs autochtones dans leurs propres langues.
Pour la toute première fois cette année, nous avons mis en place un document d’information supplémentaire pour les électeurs des communautés inuites, cries et naskapies : ils recevront un autre document d’information dans leur langue, ainsi qu’en français et en anglais, a-t-elle écrit.
Ce document additionnel sera envoyé aux cases postales des électeurs, une importante distinction dans le Nord, alors que l’adresse des résidents enregistrée auprès d’Élections Québec diffère souvent de leur adresse postale.
Cette initiative vise à passer outre les barrières de la langue, ainsi que les difficultés qu’éprouve Élections Québec à livrer des documents d’information, souligne Julie St-Arnaud-Drolet.
De l’information en inuktitut et en d’autres langues autochtones est également disponible sur le site d’Élections Québec.
Avec les informations d'Eilís Quinn (nouvelle fenêtre).


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