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Le vote faussement annulé dans une municipalité, l’élection d’un maire avant même la fermeture des bureaux de scrutin ou des articles de loi erronés ou inexistants : une variété d’informations erronées générées par l’intelligence artificielle (IA) a été repérée par Élections Québec lors des élections municipales de novembre dernier. Un nouveau défi considérable auquel l’institution doit s’adapter en vue du scrutin provincial d’octobre prochain.
Élections Québec est particulièrement préoccupée par l’utilisation « malhonnête » des systèmes d’IA « en contexte électoral, par exemple, pour manipuler l’information consultée par les électeurs », précise sa porte-parole, Julie St-Arnaud Drolet. La confiance face aux processus électoraux pourrait alors être compromise et certains groupes d’électeurs risqueraient d’être empêchés de voter, explique-t-elle.
L’institution nomme aussi le microciblage comme étant « un risque démocratique lié aux inégalités informationnelles ». Le microciblage est une stratégie en marketing politique pour des partis qui ciblent les intérêts précis d’un électeur en exploitant ses données personnelles pour lui transmettre des informations avec une orientation spécifique.
Cette personnalisation de l’information entraîne un « morcellement de l’espace public » qui peut nuire « à la libre circulation des idées et au débat démocratique, » selon Élections Québec, en plus de complexifier la possibilité de faire un choix éclairé.
Les frontières de l’intelligence artificielle
Si l’institution se dit favorable à une réglementation robuste concernant les systèmes d’IA, elle souligne toutefois que la rapidité de leur développement ajoute une grande complexité. D’autant plus que « les propriétaires ou les exploitants des plateformes numériques se trouvent souvent en dehors de nos frontières, ce qui pose des défis pour l’application des règles », ajoute Élections Québec.
Le manque de concertation entre les pays démocratiques est d’ailleurs un des facteurs qui permet aux propriétaires de plateformes numériques étrangères d’ignorer les risques associés aux systèmes d’IA, croit Valérie-Anne Mahéo, professeure en science politique à l’Université Laval. Lors d’une conférence organisée par la Commission de l’éthique en science et en technologie (CEST) et l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique à la fin mai, elle a réitéré la nécessité d’ententes à l’échelle internationale.
La professeure de l’Université Laval insiste sur l’importance du développement de la pensée critique, en nommant les institutions scolaires et publiques comme étant des espaces clés pour cette mission. Elle estime également que les organismes de la société civile « sont très bien placés » dans le développement d’ « outils de sensibilisation » pour vulgariser divers sujets, tels que la protection de données et la légitimité des informations partagées par les systèmes d’IA.
De son côté, Élections Québec dit s’adapter à cette réalité en centrant la sensibilisation de l’électorat au cœur de son mandat. Assurer le développement de la pensée critique des électeurs québécois est devenu « incontournable pour faire face à la désinformation », précise l’institution. Cette dernière a donc mis en place plusieurs initiatives pour y parvenir : des outils de communication, des formations gratuites en matière d’éducation à la démocratie et une campagne Web pour sensibiliser la population aux élections de cet automne.
Par ailleurs, le mois dernier, Élections Québec a fait l’objet de recommandations précises de la CEST dans le cadre d’un avis qui portait sur les risques éthiques des systèmes d’IA pour l’intégrité électorale et les débats publics. La Commission suggérait notamment à l’institution de mettre en place un comité sur l’intégrité électorale afin de gérer les menaces visant les élections, de guider la rédaction d’un code de conduite volontaire — engageant les partis politiques à ne pas faire usage de certaines pratiques facilitées par les systèmes d’intelligence artificielle — et d’analyser les pratiques jugées trompeuses en matière de communication politique.
Interrogée à ce sujet par Le Devoir, Élections Québec s’est montrée réceptive, déclarant que ces recommandations « alimenteront assurément [leur] réflexion, » compte tenu des prochaines élections provinciales de 2026.


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