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Pour répondre à la crise du recrutement qui touche l’Éducation nationale depuis de nombreuses années, le concours a été avancé à la fin de la licence et les lauréats recrutés sont payés lors de leur formation pendant deux ans. Mais il en faudra beaucoup plus pour redorer l’image du métier, alors que les élèves français retrouvent le chemin de l'école ce mardi.
Delphine Bancaud - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
Y aura-t-il un enseignant devant chaque classe à cette rentrée ? Question rituelle à laquelle le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a répondu avec prudence dans une interview publiée la semaine dernière accordée au groupe EBRA (dont fait partie notre journal) et à huit autres titres de la presse régionale : « C’est très clairement l’objectif, toutes les équipes y travaillent. On ne peut jamais garantir le zéro exception. Cependant, les derniers éléments que j’ai me font dire que nous sommes en passe d’atteindre cet objectif. » Cette question est devenue particulièrement sensible, alors que l’Éducation nationale fait face depuis 15 ans à une crise du recrutement. À la rentrée 2025, 2 600 postes n’avaient pas trouvé preneurs à l’issue des concours de recrutement.
La session 2026 marque toutefois une amélioration notable : 98,5 % des postes sont pourvus dans le premier degré public contre 92,1 % l’an dernier et 96,1 % dans le second degré contre 90,6 %. Un effet dû à la réforme de la formation initiale des enseignants entrée en vigueur cette année, qui vise à élargir le vivier de candidats : le concours est désormais accessible à la fin de la licence, alors qu’il était jusqu’ici réservé aux titulaires d’un master. Les lauréats recrutés à l’issue de leur L3 intègrent en septembre un Master enseignement et éducation (M2E), une formation professionnalisante de deux ans rémunérée : 1 400 euros net en première année, puis 1 800 euros net en deuxième année. Cette année constitue toutefois une période de transition : les nouveaux concours à bac +3 ont coexisté avec les concours à bac +5. Ce double dispositif sera maintenu jusqu’en 2027, avant la disparition définitive du concours à bac +5 en 2028.
Un recrutement en nette amélioration dans le primaire
Dans le premier degré, « le nombre de postes non pourvus s’établit à 545 donc ça marque une baisse significative par rapport aux 1 583 de l’année dernière. La rémunération durant les deux années qui suivent l’obtention du concours participe sans doute à cette attractivité », explique Aurélie Gagnier, secrétaire générale du syndicat SNUipp-FSU. Mais le tableau n’est pas idyllique pour autant : « Il y a toutefois des disparités avec les académies de Créteil, Versailles et la Guyane qui enregistrent toujours des déficits importants de recrutement nécessitant le recours à des personnels contractuels », poursuit-elle.
Au collège et au lycée, « c’est près de 446 postes qui n’ont pas été pourvus au Capes externe. Avec par exemple 240 postes perdus en mathématiques, 65 en français », indique Sophie Vénétitay, secrétaire générale du syndicat Snes-FSU. Et 2026 étant une année de transition pour la réforme, Matthieu Drouhin, secrétaire national du SE-Unsa, se garde d’en tirer des conclusions trop optimistes : « Il est difficile de réaliser un vrai bilan alors qu’il coexistait deux concours. On pourra le réaliser seulement à la session 2028, première année où il n’y aura qu’un concours. »
Encore du boulot pour attirer durablement
Selon les syndicats, la réforme de la formation initiale ne suffira pas à elle seule à enrayer la crise d’attractivité que traverse le métier depuis des années. D’autant que les enseignants sont plus nombreux à changer de métier : « Pour l’année 2023-2024, il y a eu 1 442 départs volontaires de professeurs des écoles (démissions et ruptures conventionnelles), soit un quasi-doublement depuis 2016-2017 (740 départs). Même si la proportion reste faible au regard des effectifs, l’augmentation est significative », souligne Aurélie Gagnier. Une même tendance dans le secondaire, où 924 enseignants ont quitté l’Éducation nationale en 2023-2024, contre 492 en 2016-2017.
Pour redonner durablement envie d’épouser « le plus beau métier du monde », d’autres leviers sont à activer, « tels que l’amélioration du déroulement de carrière et les conditions de travail », insiste Élisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa. Des attentes qui aiguisent déjà les appétits électoraux, les candidats à la présidentielle ayant déjà commencé à faire leurs propositions dans le champ éducatif. Au grand dam des profs : « On a le sentiment d’être une part de marché électoral », soupire Sophie Vénétitay.
Le pessimisme des enseignants au plus haut
Les enseignants portent un regard désabusé sur leur métier. Une nouvelle preuve avec le baromètre du SE-Unsa à laquelle ont répondu 42 849 personnels de l’Éducation nationale dont 31 222 enseignants et qui a été dévoilé la semaine dernière. Selon ce dernier, 0,3 % d’entre eux se disent confiants dans l’avenir du système éducatif. À titre de comparaison, l’an dernier, 9 % des personnels jugeaient le système éducatif capable de lutter contre les inégalités, et 8 % estimaient qu’il permettait aux jeunes de s’insérer dans la société. « Ça dit quelque chose de très important de la défiance qui s’est installée entre les personnels et entre les politiques éducatives qui ont été conduites ces dernières années », a souligné la secrétaire générale du syndicat enseignant, Élisabeth Allain-Moreno.
Des constats également effectués par le Haut-commissariat à la stratégie et au plan (HCSP). Dans un rapport dévoilé lundi, il souligne que les enseignants se sentent très peu valorisés dans la société et qu’ils s’estiment mal préparés à l’exercice de leur métier. L’étude note aussi le caractère solitaire du métier. « La pratique du co-enseignement et celle de l’observation mutuelle (c’est-à-dire visiter la classe d’un collègue pour voir comment il enseigne) sont plus rares en France qu’ailleurs », souligne Pierre-Yves Cusset, chef de projet au sein du HCSP. Par ailleurs, leur accompagnement professionnel est très faible. « On a un inspecteur pour 280 professeurs des écoles et un pour 240 pour les enseignants du second degré », poursuit-il.


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