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Seize écrivains - huit Français dont Muriel Barbery et Hervé Le Tellier ainsi que huit Japonais - ont embarqué ce jeudi 22 octobre à Kyoto, à bord du Mizukaze pour composer un ouvrage collectif de 200 pages. Ils devront remettre leur copie vendredi matin à Matsue.
L'exercice n'aurait pas déplu à Georges Perec : huit écrivains francophones, dont Muriel Barbery et Hervé Le Tellier, et autant d'auteurs japonais ont embarqué jeudi 22 octobre à Kyoto à bord d'un train de luxe, un Orient-Express nippon où ils écriront collectivement un roman en moins de 24 heures.
Ce train de style Art déco à l'imposant gabarit vert bouteille, le Mizukaze, les conduira vendredi 23 octobre jusqu'à Matsue (ouest), sur la côte de la mer du Japon: un jour et une nuit sur les rails pour achever un roman collaboratif d'environ 200 pages. « C'est un projet complètement fou qui consiste à réunir (ces écrivains) dans un train mythique, et dont les seize voix doivent former un tout cohérent et pertinent », reconnaît Muriel Barbery, après un bref arrêt à Osaka.
Un « fil rouge » et une trame générale ont été discutés avant le départ mais l'intrigue, dont le cadre est le Mizukaze lui-même, se construira dans le train, chaque écrivain s'emparant d'un personnage distinct. « On nous a communiqué la biographie d'un personnage, que tous les autres personnages auront connu et qui est la raison pour laquelle ils sont montés dans le même train », explique l'auteure de L'Élégance du Hérisson, qui a imaginé d'intégrer un chat à l'histoire.
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Vastes cabines, boiseries sombres, épaisses moquettes, appliques d'imitation Lalique... le décor évoque le faste de l'Orient-Express, tandis que défile à l'extérieur la campagne japonaise, ses rizières et architectures caractéristiques. Ces paysages « vont s'inviter forcément » dans l'écriture, confie Christophe Ono-dit-Biot, devant un dessert au matcha. « C'est rare de pouvoir écrire, non pas à plusieurs, mais individuellement dans une sorte de polyphonie (...) On ne prétend pas écrire un roman unifié: ce qui va être intéressant, ce sont les réverbérations entre chacun des textes », estime-t-il. Pour lui, « la contrainte donne une excitation supplémentaire. Le chemin dans le chas de l'aiguille est déjà proposé: il faut juste se faufiler ».
« Natation synchronisée »
C'est la deuxième fois que l'association française « L'écriture en mouvement » met sur les rails un tel projet: une première édition avait réuni en 2015 au Canada écrivains locaux et français. « Il n'est pas question qu'on fasse des nouvelles séparées. On fait un roman, j'essaye de trouver des ponts entre les uns et les autres », et certains auteurs français et japonais ont déjà commencé à s'entendre, « arrivant à un consensus » après avoir échangé des idées et fait des dessins, s'enthousiasme sa présidente Anne Forrest-Wilson. Des interprètes présents à bord doivent fluidifier les échanges.
Un exercice dans la droite ligne de l'Oulipo (Ouvroir de Littérature potentielle) : ce mouvement initié dans les années 1960 invite ses membres, dont Perec fut l'illustre représentant, à écrire des textes soumis à des contraintes strictes et ludiques. Sans surprise, plusieurs membres de l'Oulipo se sont ralliés au projet, dont son président Hervé Le Tellier, prix Goncourt 2020 pour L'Anomalie, Paul Fournel, Frédéric Forte et l'Argentin Eduardo Berti. Claire Berest et Richard Collasse complètent le groupe d'auteurs francophones. « Ce n'est pas pareil de pratiquer la gymnastique de manière individuelle et collectivement. Là on fait un peu de la natation synchronisée », chaque partie étant complémentaire des autres, confiait Hervé Le Tellier à l'AFP avant le départ. Si l'Oulipo paraît éloigné du Japon, Anne Forrest-Wilson bâtit des parallèles : pour elle, les Notes de chevet de la poétesse japonaise Sei Shônagon (11e siècle) ou les haïkus relèvent déjà du registre oulipien.
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« La deadline est la gare d’arrivée »
Tous ne se confinent pas studieusement: Toh EnJoe, maître de la science-fiction japonaise, déguste un verre de vin au wagon-bar en continuant d'écrire. « Ce serait bien si tout finissait par former un ensemble cohérent. Comme chacun dessine sa propre partie de son côté, tout repose sur la manière dont nous allons nous coordonner... ou non », reconnaît-il. Son personnage « est un peu particulier: il a raté le train », s'amuse-t-il.
Les Japonais participants, qui ont décroché le prestigieux prix Akutagawa (équivalent nippon du Goncourt), affichent des profils variés: la romancière au style radical Hitomi Kanehara, de bons connaisseurs de la littérature française (Anna Ogino), une poétesse (Machi Tawara)... Au-delà des sensibilités littéraires et culturelles, les 16 auteurs devront remettre leur copie à l'arrivée matinale vendredi à Matsue, pour une publication dans les deux langues, attendue courant 2027. Comme le résume Christophe Ono-dit-Biot, « la deadline, ça sera la gare d'arrivée ».


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