Dans son projet de budget pour 2027 présenté jeudi, le gouvernement prévoit 5,5 milliards d’économies sur les retraités. Une mesure inédite et impopulaire qui sera forcément débattue au Parlement.

Étienne Ouvrier - Aujourd'hui à 06:30 - Temps de lecture :

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Les retraités sont appelés à participer à l’effort budgétaire. Le ministre de l'Économie Roland Lescure a annoncé jeudi, en dévoilant le budget pour 2027, que les pensions de la majorité des retraités ne suivraient pas l’inflation. Seuls ceux qui touchent moins de 1 260 euros, un tiers des retraités, verraient leur pension être indexées sur la courbe de l’inflation au 1er janvier, a-t-il précisé. Une mesure inédite qui, si elle venait à être votée au Parlement, ferait économiser 4,1 milliards d’euros à l’État, dans un projet qui cherche à réaliser 54 milliards d’économies.

Gel total ou sous-indexation ? Pour les deux tiers touchant une pension supérieure à 1 260 euros, soit près de 11 millions de retraités, le doute persiste tant le gouvernement est resté flou. « La discussion sera ouverte au Parlement et les paramètres ne sont pas figés. Mais toute revalorisation supplémentaire devra être financée », explique l’entourage du ministre des Comptes publics David Amiel. En somme, le gouvernement a choisi de ne pas choisir.

Le ministre de l’Économie Roland Lescure (à gauche) et le ministre des Comptes publics David Amiel, ce jeudi, lors de la présentation du budget 2027. Photo Sipa/Romuald Meigneux

Le ministre de l’Économie Roland Lescure (à gauche) et le ministre des Comptes publics David Amiel, ce jeudi, lors de la présentation du budget 2027. Photo Sipa/Romuald Meigneux

« Préserver l’équilibre des retraites »

Sachant cette mesure controversée, puisqu’elle revient mathématiquement à dégrader le pouvoir d’achat de nombreux retraités, le ministère de l’Économie a tenu à la justifier. « En tenant compte du vieillissement de la population et de la courbe de l’inflation, sans mesure nouvelle, les dépenses totales de pensions atteindraient 436 milliards d’euros en 2027, et 14 % du PIB. En augmentation de près de 14 milliards sur un an. La maîtrise de leur progression constitue un enjeu majeur pour préserver durablement l’équilibre de notre système de retraite », a fait savoir Bercy. Outre cette désindexation partielle, le gouvernement prévoit l’abaissement du plafond de l’abattement fiscal dont bénéficient les retraités. Il serait ainsi plafonné à 3 000 euros contre 4 439 euros actuellement. Ce qui devrait faire économiser, selon Bercy, 1,4 milliard d’euros aux deniers publics.

« Cet appel à contribution des retraités est doublement inédit », analyse Bruno Palier, directeur de recherche du CNRS à Sciences Po. « Déjà parce que pendant longtemps, l’évolution des retraites était décorrélée de l’évolution du reste de la société et suivait donc l’inflation. Mais également parce que, au lieu de les considérer d’un seul bloc comme il le fait habituellement, le gouvernement distingue ici deux catégories de retraités, en fonction du montant de leur pension », souligne le chercheur. « On n’a pas d’acharnement contre les retraités », a tenu à préciser jeudi le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou. « Il serait presque curieux qu’ils ne participent pas », a renchéri le ministre, rappelant que les retraités représentent près d’un quart de la population française.

Coût politique

Rares sont les gouvernements qui se sont risqués à demander d’importants efforts budgétaires aux retraités, de peur de se les mettre à dos. « Taper sur les retraités, c’est très impopulaire. C’est d’autant plus coûteux politiquement qu’ils sont 17 millions et votent, proportionnellement, beaucoup plus que les autres catégories de population », explique Bruno Palier.

À sept mois de l’élection présidentielle, le vote des retraités est une denrée forcément convoitée. Plusieurs réactions de responsables politiques, ce jeudi, laissent déjà présager d’âpres combats au Parlement où chaque formation politique aura à cœur de prouver qu’elle défend mieux que les autres le porte-monnaie de nos aïeux.

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