Les chiffres de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) attestent d’un déséquilibre: l’écart de rente entre les sexes implique qu’une fois à la retraite, les femmes disposent en moyenne de 37% de revenus de rente de moins que les hommes. Conseillère financière chez PostFinance à Thoune, Sarah Bitz rencontre régulièrement celles que l’on trouve derrière ces statistiques dans le cadre d’entretiens de conseil. L’experte sait que ces lacunes apparaissent souvent insidieusement.
Bettina* en est l’exemple type: âgée de 39 ans, cette mère de famille qui travaille à 60% essaie d’épargner. Toutefois, sans stratégie claire, elle se dirige tout droit vers une impasse. Depuis près de dix ans, Sarah Bitz aide les femmes à sortir du flou et à comprendre les enjeux pour reprendre le contrôle de leur avenir financier.
Mais pourquoi les femmes affichent-elles une lacune de prévoyance aussi marquée? Selon la conseillère, on ne peut l’expliquer par une seule raison. Les femmes assumant plus souvent des tâches de soin non rémunérées, elles travaillent plus fréquemment à temps partiel, et de manière disproportionnée dans des branches moins bien rémunérées. A cela s’ajoute le gender pay gap, c’est-à-dire l’inégalité salariale entre hommes et femmes, qui ne s’explique pas entièrement, notamment pour des postes et des qualifications comparables.
Sarah Bitz remarque un autre facteur dans son contact direct avec la clientèle: les femmes ont tendance à moins s’intéresser aux questions financières, avec la persistance de schémas sociaux dans lesquels on a longtemps considéré l’argent comme l’apanage des hommes. Le manque de revenus et de connaissances va généralement de pair. Une meilleure information amènerait de nombreuses femmes à mieux réagir et à anticiper. Selon la conseillère financière, le facteur le plus important réside toutefois clairement dans le travail à temps partiel combiné aux obligations parentales. Les personnes qui travaillent et gagnent moins cotisent moins dans le deuxième pilier, et sous-estiment souvent les conséquences concrètes à long terme.
L’électrochoc du certificat de CP
Beaucoup de femmes ne remarquent cette lacune que lorsqu’il est presque trop tard, parce qu’elles repoussent trop longtemps une étude attentive du certificat annuel de la caisse de pension (CP). La spécialiste en prévoyance explique à l’aide d’un exemple concret: quand on travaille encore à temps plein à 30 ans, les chiffres qu’on y lit pour sa retraite sont imposants. Mais si l’on réduit par la suite son taux d’occupation à 60%, qu’on fait deux enfants et qu’on consulte ce même certificat des années plus tard, on tombe de haut: les chiffres n’ont plus rien à voir, et il est souvent difficile de comprendre comment on en est arrivé à cette énorme différence.
«Je lutte contre la peur par la connaissance», explique l’experte. Cela signifie concrètement que, lors d’un entretien de conseil, elle explique pas à pas comment la lacune est apparue et quels leviers vont permettre de la combler dans la mesure du possible. Ce n’est que lorsque les clientes comprennent ce qui s’est passé qu’elles passent à l’action.
Détail particulièrement préoccupant: certaines femmes ne viennent demander des conseils qu’à 59 ou 60 ans, souvent après un divorce. Dans ce cas de figure, la situation est parfois si tendue que le niveau de vie est fortement réduit, ou que la femme se retrouve à devoir travailler au-delà de l’âge de la retraite. «C’est une situation où l’on se retrouve impuissante», explique la conseillère financière.
Pour elle, la première étape est toujours la même: constater la lacune. La spécialiste effectue avec ses clientes une analyse de prévoyance qui ne se contente pas d’éclairer la situation au moment de la retraite, mais se penche aussi sur l’éventualité d’une incapacité de gain pour cause de maladie ou d’accident. Celle-ci est en effet souvent insuffisamment couverte.
Avant de discuter de mesures concrètes, Sarah Bitz fait un état des lieux approfondi: quel est le taux d’épargne de la cliente? Quels sont ses objectifs et ses désirs? S’il n’y a pas de potentiel d’épargne, elles analysent ensemble pourquoi.
L’experte ne propose pas de conseil budgétaire classique mais, après dix ans d’expérience, elle sait où il vaut la peine de regarder à deux fois. Dans son analyse, elle montre quels leviers ont le plus d’effet, car elle ne veut laisser personne affronter seule le problème.
Pour combler les lacunes des deux premiers piliers, il faut inévitablement passer par la prévoyance privée. On sous-estime souvent la différence de perspectives de rendement entre un compte épargne 3a classique et un produit de placement correspondant.
La spécialiste en prévoyance reprend l’exemple de Bettina: en versant 300 francs par mois pendant vingt-six ans sur un compte épargne 3a avec un taux d’intérêt de 0,05%, on obtient environ 94 100 francs, dont seulement 612 francs d’intérêts. En investissant le même montant dans un produit de placement 3a avec un rendement moyen de 5%, dans le meilleur des cas, on peut presque doubler ce chiffre – à condition que la cliente accepte d’assumer les risques de fluctuation de valeur associés.
«C’est dommage de se lever tous les matins pour gagner de l’argent et de s’exposer ensuite à une perte de pouvoir d’achat liée au renchérissement», affirme Sarah Bitz. Renoncer aux perspectives de rendement, c’est potentiellement perdre en pouvoir d’achat au fil des décennies. Selon le profil de risque et l’horizon de placement individuels, il peut être judicieux d’examiner d’autres solutions, comme l’investissement dans des titres dans le cadre du pilier 3a.
Agir plutôt qu’espérer
Dans la pratique, Sarah Bitz constate un piège récurrent: il s’agit de femmes travaillant pour deux employeurs, par exemple dans l’aide et les soins à domicile. Ces collaboratrices peuvent gagner chez chacun des employeurs un salaire inférieur au seuil d’entrée, ce qui les empêche d’être affiliées à une caisse de pension alors que leur revenu global serait suffisamment élevé. «Il faut bien faire attention à cela», dit-elle.
Près d’une femme sur deux que Sarah Bitz rencontre en entretien répond la même chose: «Mon partenaire me couvre.» La conseillère financière demande alors systématiquement ce que cela signifie concrètement et si le partenaire a vraiment réfléchi aux deux côtés. Car que se passerait-il en cas de séparation, de décès ou de longue maladie? Souvent, les couples ne sont pas conscients des différences qui les séparent en matière de prévoyance, raison pour laquelle la professionnelle invite souvent le partenaire à un entretien commun.
Déterminer de manière générale si le mariage est plus avantageux du point de vue de la prévoyance n’est pas possible. Si le couple a des enfants et si l’un des parents consacre plus de temps à s’en occuper, le mariage permet généralement de mieux assurer ce dernier en cas de décès ou de divorce. Toutefois, si l’on considère globalement la situation d’une cliente, il peut aussi y avoir des raisons pour lesquelles un mariage s’avère désavantageux. Sarah Bitz résume les choses ainsi: les deux statuts sont traités différemment, en particulier dans le premier pilier, mais aussi dans le deuxième pilier en cas de coup du sort. Seule une analyse individuelle de la situation permet d’évaluer ce qui est le plus judicieux pour un couple.
La conseillère financière diplômée trouve illusoire l’idée de pouvoir combler les lacunes de prévoyance plus tard, une fois que les enfants seront plus grands ou que le taux d’occupation pourra de nouveau être augmenté. Quand on a travaillé longtemps à temps partiel, il est difficile de retrouver les mêmes responsabilités par la suite. «Après vingt ans, il n’est souvent pas possible de reprendre là où l’on s’était arrêté», explique-t-elle.
L’expérience comme moteur
Agée de 26 ans, Sarah Bitz a grandi à Uetendorf, près de Thoune, et travaille depuis déjà dix ans pour PostFinance. Après un apprentissage bancaire, elle a complété ses connaissances en 2020 par un diplôme en conseil financier et passe actuellement le brevet fédéral de conseillère financière. Aujourd’hui, elle se rend principalement à Thoune, mais aussi à Interlaken et Münsingen, avant tout pour la clientèle hypothécaire, tout en continuant de travailler sur les questions de prévoyance et de placements.
Ses motivations ont aussi une dimension personnelle. L’année passée, son état de santé a brusquement changé: une maladie chronique est venue bouleverser sa vie. Elle en parle avec franchise: «C’est incroyablement marquant, car c’est la première fois que l’on réalise à quel point la vie est imprévisible.» Et à quel point on est reconnaissant d’avoir une bonne prévoyance dans un tel moment, que ce soit pour la retraite ou en cas d’incapacité de gain. «Tout le monde pense que ce genre de choses ne lui arrivera pas», dit la jeune femme; d’où son credo: «Mesdames, mieux vaut prévenir que guérir.»
Une remarque pour Bettina et toutes les autres femmes: à 39 ans, il n’est pas trop tard. C’est même le bon moment pour poser les jalons de sa prévoyance vieillesse. S’intéresser à la question de l’incapacité de gain est particulièrement urgent. Lorsqu’on ne peut plus travailler en raison d’une maladie ou d’un accident, le sol se dérobe vite sous nos pieds. Souvent, les prestations de l’assurance accidents et de la caisse de pension ne couvrent pas l’ensemble des besoins. Sarah Bitz est claire à cet égard: attendre qu’un cas d’urgence se produise pour se soucier de sa couverture, c’est attendre trop longtemps. «On ne peut pas tout planifier dans la vie, mais ses finances, si.»
* Exemple fictif représentatif.
Les conseils de Sarah Bitz pour les femmes
• Premièrement, analyser les répercussions concrètes d’une réduction du taux d’occupation sur sa prévoyance. Lire régulièrement et comprendre son certificat de caisse de pension permet de déceler les lacunes de prévoyance à un stade précoce, et pas juste avant son départ à la retraite.
• Deuxièmement, se faire conseiller et examiner les possibilités. Celles qui n’ont pas le temps ou l’envie de se pencher sur le sujet doivent s’adresser à un(e) spécialiste du conseil bancaire ou de la planification financière pour obtenir une analyse de la situation et se faire présenter des solutions.
• Troisièmement, engager un dialogue franc avec son employeur, notamment au sujet de la caisse de pension. Certaines d’entre elles proposent également une affiliation aux personnes employées à temps partiel dont le salaire n’atteint pas le seuil d’entrée normal. Les femmes qui ont la possibilité de cotiser davantage volontairement devraient se pencher sérieusement sur la question.
Sarah Bitz, conseillère financière chez PostFinance. — © JAMILA ROTA/FINNA
Plus d’informations sur les solutions de prévoyance de PostFinance: https://www.postfinance.ch/fr/particuliers/prevoyance.html


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