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Toutes les séries télévisées ne se valent pas. Seulement, on ne peut pas juste les diviser entre les (rares) excellentes, les bonnes, les moins bonnes et les médiocres (en surnombre). Il faut aussi admettre que, parfois, surgit un ovni télévisuel, une création si originale qu’elle défie la catégorisation de qualité elle-même. DTF St. Louis appartient à cette niche, où se trouvent déjà des productions comme Lost ou The Leftovers.
Cela proposé sans dire que la nouvelle création de Steven Conrad (au scénario et à la réalisation) le dispute en qualité aux anciennes productions atypiques. On répète : elle partage avec elles une singularité évidente, une étrangeté assumée et déroutante. Comme elles, cette série « bizarre » introduit un sujet très décalé et change de manière audacieuse la manière de le traiter.
Reprenons. DTF St. Louis se déploie sur sept épisodes pour raconter l’amitié improbable entre Clark Forrest (Jason Bateman), météorologue d’une station télé du Missouri, et Floyd (David Harbour), traducteur en langue des signes. Les deux se rencontrent pendant un reportage au milieu d’un ouragan. Floyd sauve la vie de Clark, et l’aventure saugrenue de leurs liens homoérotiques commence.
Floyd est marié à Carol (Linda Cardellini), qui a un fils peut-être un peu dans le spectre de l’autisme — en tout cas, maladroit socialement. Carol arrondit les fins de mois de la famille gênée financièrement en arbitrant des matchs de baseball de petites ligues locales. La vision de sa femme dans un gros plastron amplifie les problèmes érectiles de Floyd, déjà gêné par son pénis courbé et son embonpoint. Sic et resic.
Au contraire, Clark et Carol se désirent dès leur première rencontre truffée de phrases lourdement codées. La paire s’engage vite dans une relation adultère faite autour de jeux de rôle sexuels. Pour se dédouaner ou par compassion, Clark encourage Floyd à s’inscrire sur le site de rencontre Down to Fuck (« Prêt à baiser ») de sa ville, le DTF St. Louis du titre.
La série prend un nouveau tournant fondamental quand Floyd est retrouvé mort après avoir fixé un rendez-vous salace. Une enquête menée avec beaucoup de perspicacité par deux détectives mal assortis (une jeune policière et un vieux limier) va donc servir d’arc narratif dans ce qui semble un classique whodunit, un récit pour résoudre un crime en découvrant qui l’a fait. Et toutes les apparences seront trompeuses.
Voilà en très gros comment peut se reconstruire cette histoire étrange et emberlificotée.
Sa narration non linéaire se fait en rapprochant certaines scènes éloignées dans le temps et en en revisitant d’autres en boucle pour les éclairer différemment. Cette chronologie éclatée complexifie et enrichit la lecture en multipliant les surprises plus ou moins sophistiquées. En tout cas, on est loin des scénarios insipides écrits au surligneur de trop de productions audiovisuelles incapables de faire confiance aux auditoires.
Les personnages en rajoutent. Jason Bateman, toujours aussi juste et juste assez inquiétant avec sa diction hésitante, campe une vedette télé locale se promenant en ridicule tricycle couché dans sa banlieue douillette. David Harbour, affublé d’une énorme fausse bedaine, réussit à rendre attachant un homme-enfant malheureux mais bon, prisonnier d’un corps désirant mais impotent. Linda Cardellini complète ce trio de base improbable en donnant corps et âme à une ménagère prête à tout pour améliorer son triste sort, assez opaque jusqu’aux derniers épisodes.
Les deux policiers complètent le quintette. Le duo drôlement mixé s’organise en partie autour de l’éducation pédagogique aux nouvelles réalités sexuelles en ligne du vieil enquêteur par sa jeune collègue. Leurs scènes valent à tout coup des répliques mémorables.
À la source du mal mâle
DTF St. Louis parle de la crise de la quarantaine, des désirs inassouvis, des frustrations existentielles, du mal-être et de la solitude contemporaine. Il y est beaucoup question de la fluidité actuelle des relations et, surtout, surtout, de l’amitié et de l’intimité masculines. Clark et Floyd passent beaucoup de temps au gym, se câlinent et s’ouvrent sur ce qui est profondément enfoui en chacun dès leur première rencontre après avoir échappé à la mort, ceci expliquant peut-être cela.
À la limite, toute cette série expose des rapports homoérotiques différés et non assumés, sources de multiples malaises. Ou alors elle dit finalement que les mâles d’aujourd’hui ont encore bien du mal à exposer et à assumer leur vulnérabilité et leurs penchants.
Quoi qu’il en soit, peu importe l’intention cachée, on se retrouve au bout du compte avec le thriller érotique le moins sexy de l’histoire des écrans, ce qui lui fait occuper une autre case assez unique dans l’ensemble des propositions sérielles.


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