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Santé Québec a terminé la révision de 157 dossiers d’adoption et de placements d’enfants de la DPJ qui contenaient potentiellement des irrégularités. Certaines familles déplorent ne pas avoir été rencontrées par les enquêteurs. Les enquêteurs « n’avaient pas la responsabilité d’appeler les familles », explique Santé Québec.
En avril 2025, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) a ordonné à Santé Québec de réviser ces 157 dossiers de la DPJ de la Mauricie et du Centre-du-Québec. La Commission dénonçait alors une culture organisationnelle qui visait à favoriser l'adoption des enfants. Dans son rapport, la Commission soulignait que les dossiers contiennent des informations dont la validité est douteuse ainsi que des informations qui sont carrément fausses, dans le but d’accélérer l’adoption des enfants.
La Commission a formulé sept recommandations. La première était de réviser l’ensemble des dossiers qu’elle a enquêté. Par courriel, Santé Québec confirme que cette étape est maintenant complétée. Cette révision est menée par le Bureau de l’Inspectrice nationale, par des auditeurs externes qui analysent de façon rigoureuse les interventions effectuées. Les résultats sont transmis à la directrice intérimaire de la protection de la jeunesse de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, indique Santé Québec.

Le Centre jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec, situé à Trois-Rivières (Archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-François Fortier
Maintenant que le travail du Bureau de l'Inspectrice nationale (BIN) est complété, l’équipe de la DPJ Mauricie analyse les résultats. C’est elle qui devrait contacter les familles pour les informer des conclusions.
Mais certaines de ces familles ne comprennent pas pourquoi elles n’ont pas été contactées par les enquêteurs pour donner leur version des faits.
Afin de respecter l'anonymat des enfants, les noms des parents ne peuvent être divulgués dans cet article.
On n’a jamais été contactés
Les jumelles de Nathalie ont été adoptées en mars 2025, à l’âge de trois ans. Leur dossier est inclus dans l’enquête systémique de la Commission. Personne ne m'a appelé pour me demander ma version à moi, déplore-t-elle.
Elle est persuadée que des intervenants de la DPJ ont modifié des informations dans son dossier à plusieurs reprises. Il a été rapporté qu’elle avait lancé une imprimante sur un mur, une autre version racontait qu’elle l’avait détruite à coups de masse en menaçant les enfants, une autre qu’elle avait roulé dessus avec sa voiture. Dans une autre version des faits, il s'agissait plutôt d’un micro-ondes. Il y a sept versions différentes de cette imprimante-là, affirme-t-elle.
C'est dégueulasse parce qu'ils se sont dépêchés, puis ils ont tellement beurré les dossiers de saletés qui ne sont pas vraies
Nathalie soutient que l’intervenante lui a juré qu’il s’agissait d’un placement temporaire. Elle a appris par la suite, dans des documents de cour, que la famille était de type banque mixte, donc qui avait l’objectif d’adopter les enfants.
C'est la chair de mon sang. C'est mes enfants, je les aime mes filles. Depuis que je les ai mises au monde, que je me bats pour elles, lâche-t-elle en larmes. Elles ont une famille, elles ont des frères et sœurs qui les réclament à tour de bras. Le père de mon conjoint, on ne sait pas pour combien de temps il lui reste à vivre, mais il essaie de toffer le plus qu'il peut, malgré son cancer des poumons, justement pour pouvoir revoir ses petites-filles.
Un sentiment d’injustice ressenti aussi par Hannabella. Elle a perdu la garde de ses trois enfants. Son dossier a été envoyé en révision en raison d’irrégularités. Elle estime que les enquêteurs auraient dû la contacter pour connaître sa version de l’histoire. Ils n’auraient pas dû juste avoir la version de la DPJ. Parce que la DPJ ne raconte pas toujours la vérité, dénonce-t-elle. Je trouve ça juste dégueulasse, ajoute-t-elle.
Patrick et Stéphanie espéraient que l’enquête systémique et la révision de leur dossier les sortent du cauchemar qu’ils vivent depuis des années, lorsqu’ils ont perdu la garde de leurs enfants. Ils ont eux aussi recensé de nombreuses irrégularités, dans certains cas carrément des mensonges à leur avis. Leur dossier est l’un de ceux à l’origine de l’enquête systémique.
Dans ma tête, je me suis dit : "Enfin, les gens vont voir la vérité, et je vais peut-être avoir une mini chance de ravoir mes enfants". Il n’y a rien qui a été fait en ce sens, se désole Patrick. Il n’y a eu aucun changement qui est arrivé dans ma vie depuis la sortie de l’enquête. Ça a continué pareil, ajoute-t-il.
Je pense que le système rit de notre gueule.
Santé Québec assure que les auditeurs recrutés par le BIN sont des experts cliniques en protection de la jeunesse et ont toutes les compétences nécessaires pour prendre en compte tout type d’irrégularités dans un dossier, explique-t-on, tout en rappelant que le BIN n’a pas la responsabilité de contacter les familles.
La porte-parole de l’opposition officielle en matière de protection de l’enfance, Brigitte Garceau, n’est absolument pas du même avis. Elle considère que les enquêteurs chargés de la révision auraient dû rencontrer les parents pour faire un travail sérieux et crédible. Compte tenu des conclusions accablantes de la CDPDJ, moi je pense qu’il faut aller au-delà d’une simple révision de documents, sachant qu’il y a des faussetés dans ces documents-là. En raison des lacunes assez importantes, est-ce qu’on peut juste se fier à une lecture du dossier pour venir faire une évaluation complète?, demande-t-elle.
Elle croit qu’il faut maintenant contacter toutes les familles visées par l’enquête systémique le plus rapidement possible.
Le temps presse
Certains enfants, comme les jumelles de Nathalie, ont été adoptés. Si la révision conclut que ses droits ont effectivement été lésés, Nathalie n’hésitera pas à poursuivre.
Mais pour certains, le temps presse. Dans le cas de Patrick et Stéphanie, ils craignent que le tribunal détermine le sort des enfants avant qu’ils ne connaissent les conclusions de l’enquête. Si rien ne change, leurs enfants seront admissibles à l'adoption à la fin de l’été.
Ce qui fait dire à la députée Brigitte Garceau qu’il est impératif de suspendre toutes les procédures d’adoption et de placement devant les tribunaux le temps de réviser tous les dossiers. Ma préoccupation, c’est qu’il y a des enfants qui sont en voie d’être adoptés, indique-t-elle.
1500 autres dossiers à réviser
Une fois cette première étape complétée, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse demande à la DPJ Mauricie-Centre-du-Québec de réviser l’ensemble des dossiers où des enfants placés ou adoptés depuis l’enquête, un nombre évalué à 1500.
Le ministre responsable des services sociaux, Lionel Carmant, essaie de trouver un moyen de compléter cette recommandation plus rapidement. Il affirme que la révision de chaque dossier prend en moyenne 27 heures.
En attendant de savoir les conclusions de la révision, Nathalie compte les jours avant de pouvoir reprendre contact avec ses filles.
Quand elles auront 14 ans, elles auront le droit de prendre contact avec leurs parents biologiques. J’ai un timer en permanence sur mon téléphone pour savoir exactement quand est-ce que je vais pouvoir tenter de reprendre contact avec elles, et c'est dans exactement neuf ans, 29 jours, 6 heures, 31 minutes et 30 secondes.
Elle espère que ce sera plus tôt.


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