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Donald Trump, un président en guerre contre la transparence

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La critique n’a pas plu au président des États-Unis, qui l’a fait savoir sur son réseau social.

Vendredi dernier, dans le cadre de l’émission de Bill Maher sur HBO, le gouverneur de la Californie, Gavin Newsom, potentiel candidat à l’investiture démocrate en vue de la présidentielle de 2028, a vivement dénoncé l’utilisation massive par Donald Trump et sa famille de la position privilégiée du père au sommet de l’État pour faire fructifier leurs affaires personnelles.

« Soyons sérieux : chaque jour, le gouvernement Trump offre une nouvelle histoire de corruption, a laissé tomber le démocrate, fervent critique du trumpisme et de ses nombreuses dérives. C’est la plus grande arnaque de tous les temps et nous devons la dénoncer pour ne pas la normaliser. »

Des dizaines d’enquêtes ont permis d’évaluer à près de 4 milliards de dollars l’argent amassé par les enfants et les proches amis de Donald Trump depuis la reprise du pouvoir de ce dernier, en janvier 2025. Les flux d’argent passent en grande partie par des projets développés dans le domaine de la cryptomonnaie et l’immobilier. Le président a traité Gavin Newsom « d’individu au quotient intellectuel manifestement faible » et vilipendé Maher pour ne pas lui avoir tenu tête.

Trump n’aime pas être accusé d’abus de pouvoir, de corruption ou de mauvaise gestion des affaires de l’État. Et il cherche depuis son retour à Washington à se mettre à l’abri des critiques non pas en appelant ses troupes, sa famille et son entourage à la plus haute probité, mais en créant une plus grande opacité autour des activités de son gouvernement. Et ses attaques orchestrées contre la transparence, en limitant entre autres l’accès public aux documents gouvernementaux et aux archives gouvernementales et présidentielles, suscitent une vive inquiétude chez les défenseurs de la démocratie.

« Vous ne pouvez pas avoir une démocratie fonctionnelle, si les représentants du gouvernement ne peuvent pas être tenus responsables de leurs actes et décisions, résume en entrevue Austin Sarat, professeur de jurisprudence et de science politique à l’Université Amherst College, dans le Massachusetts. Or, sans transparence, il ne peut pas y avoir de reddition de compte. »

Brûler les archives ?

Au début du mois d’avril, le département de la Justice des États-Unis, par l’entremise de son Bureau du conseiller juridique (OLC), a publié un avis prétendant que la loi sur les archives présidentielles est inconstitutionnelle, puisqu’elle porte atteinte aux privilèges du pouvoir exécutif. Cette loi a pourtant été adoptée dans la foulée du scandale du Watergate pour s’assurer que les documents émanant de la Maison-Blanche ne seront pas brûlés pendant ou après une présidence pour dissimuler des faits gênants, mais plutôt transmis aux Archives nationales.

Depuis des mois, la Maison-Blanche estime que cette loi viole le principe de séparation des pouvoirs, entre l’exécutif et le législatif, et représente une « charge technologique énorme ». Les Archives nationales ont pourtant établi des procédures simples de numérisation automatique des documents produits.

En marge de cette attaque, Donald Trump a décidé que le personnel de la Maison-Blanche n’était désormais plus tenu de conserver les textos dans leurs téléphones, sauf s’ils représentent le « seul document officiel justifiant une prise de décision ». La mesure marque une rupture avec une pratique de conservation de ces données suivie par tous les présidents de l’ère moderne avant lui, y compris Donald Trump lui-même durant son premier mandat.

Le républicain a porté également un coup sévère à la loi sur la liberté d’accès à information (Freedom of Information Act) en limogeant un grand nombre de fonctionnaires chargés de son application et en ralentissant le traitement des demandes.

La Freedom of the Press Foundation en a d’ailleurs récemment fait les frais, après avoir demandé l’accès à une note de 19 pages produite par le département de la Justice sur l’acceptation par Donald Trump d’un Boeing 747-8 offert par le Qatar au début de son mandat. Valeur du cadeau ? 400 millions de dollars.

Initialement, la demande devait obtenir un traitement accéléré, a rappelé Lauren Harper, de la Fondation, au média en ligne Axios. Mais la publication du document fait désormais l’objet d’un nouveau délai de… 620 jours, soit 1 an et 8 mois, et ce, alors que le cadeau qatari doit devenir le prochain avion présidentiel, Air Force One, dès cet été.

Contrôler le récit

« La façon la plus simple d’assurer que le gouvernement répond correctement à la volonté du peuple est de rendre transparent ce qu’il fait, dit M. Sarat. C’est l’inverse qui se produit ici, avec un gouvernement qui s’affaire à dissimuler ce qu’il fait ou qui rend l’accès aux documents publics si difficile que les gens abandonnent leur démarche. C’est une stratégie concertée visant à éroder les principes démocratiques », et ce, en créant une zone d’ombre sur les nouvelles années au pouvoir du républicain et en lui donnant l’occasion de contrôler le récit public et historique qui va en rester.

« Cela nous fait glisser doucement vers l’autoritarisme, réagit Margaret Kwoka, professeure de droit à l’Université d’État de l’Ohio, qui réfléchit depuis des années sur la transparence. Il est peut-être trop tôt pour dire jusqu’où cela va aller, mais cette consolidation d’un pouvoir sans contrôle qui se met en place est sans précédent dans l’histoire moderne des États-Unis. »

Le 6 avril dernier, l’organisme de surveillance American Oversight a d’ailleurs intenté une action en justice pour empêcher le président américain de suivre l’avis de son département de la Justice sur l’inconstitutionnalité de la loi sur les archives présidentielles et de continuer à se plier à cette loi sur la transparence du pouvoir exécutif. Le groupe estime que cette disposition légale est un rempart contre « la corruption, l’abus de pouvoir, les fautes professionnelles » qu’un président voudrait dissimuler en faisant disparaître des preuves.

« Jusqu’à maintenant, les tribunaux ont bien réagi face à ces attaques contre la transparence, dit M. Sarat. Mais la situation reste fragile. La Cour suprême a pour le moment éviscéré plusieurs principes de la démocratie américaine. Et si cette contestation de la constitutionnalité de la loi sur les archives présidentielles devait y atterrir, je ne sais pas ce qui va lui arriver », conclut-il.

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