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Le pouvoir exécutif américain s’est immiscé lundi dans les affaires internes de l’armée des États-Unis avec l’annonce par Donald Trump du développement d’une nouvelle classe de cuirassés de la US Navy qui vont… porter son nom.
Présenté par lui-même depuis sa résidence privée en Floride, le programme de construction de ces navires de guerre moderne, dits de « Classe Trump », vise à relancer l’industrie navale américaine actuellement en perte de vitesse. Le premier cuirassé, baptisé USS Defiant, devrait ainsi poser la première pièce d’une « Flotte d’Or » censée moderniser les forces navales américaines dans les années à venir. Il sera doté de « canons et de missiles de pointe », ainsi que d’armes hypersoniques, de canons électromagnétiques et de lasers, a résumé le président américain, aux côtés du secrétaire d’État, Marco Rubio, du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, et du secrétaire à la Marine, John Phelan.
En faisant flotter le nom du populiste sur les mers du globe, cette nouvelle classe de cuirassés vient également alimenter un autre vaste projet du président : celui visant à poser désormais son nom, de son vivant et alors qu’il est aux commandes à Washington, sur un ensemble d’institutions américaines et de choses.
Ainsi, la semaine dernière, le président américain a fait ajouter son nom à l’illustre salle de spectacle de la capitale américaine, le Kennedy Center, devenue sous la férule du républicain, qui en a pris le contrôle en revenant au pouvoir, The Donald J. Trump and The John F. Kennedy Memorial Center for the Performing Arts.
La décision a été vertement dénoncée par plusieurs membres de la famille de l’ex-président assassiné, dont sa nièce, Maria Shriver, qui a parlé d’un geste tirant cette présidence une fois de plus « vers le bas ». « Il est inconcevable que le président en exercice ait cherché à renommer ce grand mémorial dédié au président Kennedy. Il est tout simplement aberrant qu’il puisse penser qu’ajouter son nom avant celui du président Kennedy soit acceptable. Cela ne l’est pas », a-t-elle écrit sur le réseau X.
Au début du mois, l’Institut américain pour la paix a connu le même sort en devenant le Donald J. Trump United States Institute for Peace. Ironiquement, en mars dernier, le président a démantelé cette institution indépendante et apolitique fondée par le Congrès en 1984 pour promouvoir la paix et résoudre les conflits dans le monde. La majorité de son personnel a été licenciée.
« L’histoire se souviendra du président Trump comme du président de la paix. Il est temps que notre département d’État reflète cette réalité », a résumé alors le secrétaire d’État, Marco Rubio, dont le ministère a piloté le changement de nom de l’institut.
Une place dans l’histoire
Dans sa quête de reconnaissance, avant même d’avoir terminé son deuxième mandat, Donald Trump espère aussi faire apparaître l’an prochain une pièce de un dollar à son effigie, et ce, à l’occasion du 250e anniversaire des États-Unis. Les ébauches de cette pièce commémorative ont été présentées dans les dernières semaines sur le site Web du Trésor américain. Elles montrent, côté pile, un Donald Trump défiant, le bras en l’air, reprenant la scène qui a suivi l’attentat manqué contre lui en 2024 durant la campagne électorale.
Le 9 décembre, deux sénateurs démocrates, Jeff Merkley, de l’Oregon, et Catherine Cortez Masto, du Nevada, ont déposé un projet de loi visant à contrer l’apparition de cette pièce. Le texte stipule qu’« aucune monnaie américaine ne peut arborer l’effigie d’un président en exercice ou encore vivant ».
Après un premier mandat qui s’est terminé dans le chaos de l’assaut du Capitole et avoir été dénoncé de toutes parts pour ne pas avoir contribué à une transition pacifique du pouvoir, Donald Trump cherche, au terme de la première année de son deuxième mandat, à imposer sa place dans l’histoire. Une place que les instances de valorisation et de reconnaissance du pays ne semblent pas avoir voulu lui accorder, selon lui.
En février 2024, un groupe de 154 spécialistes de la politique américaine a en effet qualifié Donald Trump de « pire président de l’histoire du pays » sur les 45 personnes ayant occupé cette fonction avant lui et alors que le républicain reprenait doucement le chemin de la Maison-Blanche. Le Presidential Greatness Project 2024 — nom donné à ce palmarès — a également placé Trump en tête des 13 présidents ayant contribué le plus à la division du pays.
Devant l’annonce, lundi, du président de nommer des navires de guerre à son nom, Thomas Oppel, ancien chef de cabinet du secrétaire à la Marine Ray Mabus, sous le gouvernement Obama, a réagi dans les pages du Washington Post en estimant que cette quête obsessionnelle de reconnaissance « serait risible, si elle n’était pas triste ».


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