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Manon Giscard et Alexandre Lallemant partiront le 1er septembre de la Lozère en vélo puis en stop, pour rejoindre l'Amazonie. Le but ? Documenter la transition écologique agricole.
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Par Enzo Chatel Publié le 16 août 2026 à 18h02
C’est une aventure colossale qui attend le jeune couple. Manon Girard et Alexandre Lallemant vont partir de Lozère pour un long périple le 1er septembre. En vélo, puis en stop et même à la voile, ils vont parcourir plusieurs continents jusqu’en Amazonie. Le but ? Documenter la résilience paysanne et la transition écologique du monde agricole.
Ce n’est pas un projet qui se fait sur un coup de tête. Manon Girard explique à Actu Occitanie : « ça fait plus d’un an que l’on travaille dessus. On s’est beaucoup renseigné, formé… On a pris du temps pour concevoir l’itinéraire idéal, en réfléchissant à toutes les parties techniques… » Alexandre Lallemant complète : « on va partir de Lasbros (Lozère, hameau sur la commune de Peyre en Aubrac), car c’est ici qu’il y a la maison familiale qui a vu passer 7 générations. Le 31 août, on fêtera les 80 ans de ma grand-mère et on partira le lendemain ! »
Alexandre est ingénieur de formation et Manon a travaillé dans la décarbonation des entreprises. Elle, ne vient pas de Lozère mais est tombée « totalement amoureuse de la région ». Lui, y a passé « toute sa vie ou presque ». Ce genre d’aventure, ils connaissent. « On est déjà parti en Colombie juste avec nos sacs à dos pendant deux mois, on a fait les Balkans à pied, la Norvège en raquette… » Alors ce projet-là sonnait un peu comme « un aboutissement ».
Première étape Dakar à vélo
Même s’il y a une part d’aléatoire, le jeune couple a réfléchi son parcours dans les moindres détails. « On va commencer par traverser le sud de la France à vélo. On passera par le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ensuite, on traverse les Pyrénées et on fait cap vers Madrid. On documentera tout sur notre compte Instagram pour que les gens puissent suivre où on en est. »
Arrivés au sud de l’Espagne, une première question se pose. Comment traverser le détroit de Gibraltar. « Je pense qu’on verra sur place, si on n’a pas le choix, on payera un ferry ». Le seul moment du périple durant lequel ils comptent payer pour un moyen de transport. Une fois au Maroc, les deux cyclistes continuent vers le sud. « On va passer par l’Atlas, pas par le littoral, il y aura plus d’agriculteurs à rencontrer dans ces coins-là. » Ensuite, ils traversent une partie du Sahara occidental. « C’est sûrement la partie la plus risquée car c’est très désertique et on sera en autonomie sans forcément d’habitations aux alentours. » Pour finir, il ne restera plus que la Mauritanie, et enfin le Sénégal et sa capitale : Dakar. Durée du parcours ? Environ 3 mois.
Heureusement pour eux, ils sont déjà familiers avec le vélo. Alexandre détaille : « on en a beaucoup fait en famille. C’était le moyen de transport idéal pour cette première partie de voyage. C’est à la fois un outil très physique et un moyen de déplacement qui offre beaucoup de liberté. » Manon ajoute : « le vélo permet de voyager lentement et de mieux découvrir et apprécier les paysages. C’est aussi plus pratique pour entrer en contact avec les gens et sociabiliser, je trouve. »
Traverser l’océan Atlantique
Deuxième étape, et pas des moindres : traverser l’océan Atlantique. Pour cela, Alexandre et Manon ont établi deux options : faire la traverser d’une traite, ou faire un arrêt. Dans les deux cas, ils utiliseront la même méthode : « on va faire du bateau-stop. L’idée c’est surtout d’être patients (rire), et de trouver un navire qui fait cap sur le Brésil. Et c’est pour ça qu’on a décidé d’aller jusqu’à Dakar à vélo. C’est d’ici que partent la majorité des voiliers pour l’Amérique. Et on a choisi d’y être fin novembre car c’est la meilleure période, c’est à ce moment-là que les vents sont idéaux. » Dakar-Brésil en une traite se fait en moins de 3 semaines à la bonne période.
S’ils ne trouvent pas d’équipage qui va directement au Brésil, les deux aventuriers envisagent de faire une escale sur les îles du Cap Vert. « C’est aussi un endroit très réputé pour la voile. » C’est à cette étape de leur voyage que le facteur chance va entrer en jeu. « On peut attendre sur place plus d’un mois le temps de trouver. Notre idée est de rencontrer un capitaine et lui demander de nous prendre pour la traversée. En échange, on participera aux tâches à bord : vérifier les trajectoires, border les voiles, participer aux quarts… On sera les hommes de main du capitaine (rire). » Pour cela, Manon s’est formée à la voile. Alexandre, lui, en fait depuis tout petit.
L’Amérique du Sud sous toutes ses coutures
Une fois arrivés au Brésil, à Recife normalement, les deux Lozériens n’auront plus forcément leurs vélos : « tout dépendra de la place qu’il y aura dans le bateau. Sinon on les renverra en France depuis Dakar. » Vélo ou pas, ils rejoindront l’ouest du pays. « On va aller à l’embouchure de l’Amazone et remonter le fleuve, peut-être en pirogue-stop. Il y a des écosystèmes vraiment uniques au monde sur place, comme la rencontre entre l’eau salée et l’eau douce. Là-bas, on pourra voir les plantations de soja qui sont menacées, mais aussi documenter la déforestation en Amazonie. »

Après avoir remonté le fleuve, ils essayeront de rejoindre la cordillère des Andes. « On va traverser la Bolivie, le Pérou, la Colombie. Là-bas, il y a des cultures à très haute altitude, avec très peu d’eau. C’est aussi très intéressant de savoir comment se passe la transition écologique pour eux. »
Une fois arrivés au nord de la Colombie, place au trajet retour. « Là aussi, l’idée est de trouver un équipage pour partir à la voile. Il faut compter environ 1 mois de navigation avec un ravitaillement aux Açores. Une fois de retour en France, on aimerait boucler la boucle et revenir en Lozère par nos propres moyens. » Au total, le périple devrait durer environ une année. « Il y a un gros facteur chance donc c’est difficile de déterminer la durée exacte du voyage. »
Réaliser un documentaire sur la transition agricole
Le but du projet est de réaliser un documentaire sur la transition écologique du monde agricole. Pendant toute la durée de leur voyage, les deux aventuriers vont donc filmer et réaliser des interviews avec des agriculteurs et paysans des différents pays qu’ils traverseront. Manon explique : « je trouve que c’est un métier merveilleux qui n’est pas suffisamment mis en valeur. On veut montrer la diversité des luttes et des idées, de l’élan de ceux qui changent tout à l’incertitude de ceux qui font ce qu’ils peuvent, là où ils sont, avec ce qu’ils ont. »
Il est d’ores et déjà possible de les contacter (voir en fin d’article) si vous êtes agriculteur en France ou ailleurs, ou même si vous voulez les aider, les héberger durant leur voyage. « On veut faire des rencontres, donner la voix à ceux qui vivent le changement climatique aux premières loges, qui ont les mains dans la terre et s’acharnent à la protéger. » Alexandre poursuit : « j’ai déjà travaillé à la ferme, sur une exploitation de 90 bêtes en Lozère. Les gens ne se rendent pas assez compte de la quantité de travail que mettent les agriculteurs en place pour les nourrir. Leur passion et leur vocation forcent vraiment l’admiration. C’est cette volonté du terroir qu’on veut aussi montrer, car il y a assez peu de reconnaissance pour ce métier. Si on peut motiver les gens à partir à l’aventure ou susciter leur intérêt sur le sujet à travers ce documentaire, on aura tout gagné ! »
Financement participatif
Le couple a estimé le coût du projet à environ 20 000 euros. Ils ont donc lancé une cagnotte participative pour financer une partie du voyage. « Il nous manquait 3 500 euros donc on a lancé une cagnotte. On a été super surpris de l’engouement que ça a sollicité. En 3 mois, on a récolté 4 500 euros, tout ce qu’on reçoit en plus, ça va nous aider pour la postproduction du documentaire. »
Tout a été réfléchi. Les deux voyageurs ont pu s’acheter une caméra professionnelle, un drone, des micros et autre matériel. Alexandre explique : « on veut vraiment que le documentaire ait un rendu professionnel. Manon s’est formée à la vidéo et au pilotage de drone pour l’occasion ! »
Laisser la famille derrière
Manon raconte : « on avait vraiment envie de partir à l’aventure, de faire un grand projet. Il y a tout un côté « dépassement de soi » aussi, car on ne sait pas ce qui nous attend, on va dormir chez l’habitant. Ça peut faire un peu peur mais c’est excitant aussi et on a vraiment hâte. »
Alexandre ajoute : « le seul frein qu’on avait, c’est de laisser la famille derrière nous. On a des grands-parents qui commencent à être âgés. J’ai perdu mon grand-père il n’y a pas longtemps. Ces derniers mois, on a profité au maximum de nos proches et maintenant, il faut partir, personne ne vivra ça à notre place. Notre famille s’inquiète évidemment, car on traverse des régions qui peuvent faire peur. Mais on s’est beaucoup informé, on a étudié notre trajet et on sait que c’est faisable ! » Manon rebondit : « beaucoup de gens nous disent que pour nous ça va passer super vite, c’est pour eux que ça risque d’être plus long (rire). »
Le documentaire devrait sortir aux alentours du mois d’août 2028. Le but étant de le projeter au cinéma et pourquoi pas le proposer dans des festivals de film.
Alexandre Lallemant et Manon Girard partiront de Lozère le 1er septembre. Vous pouvez suivre leur aventure sur leur compte Instagram et les aider en participant à leur cagnotte. Si vous souhaitez participer à leur documentaire ou les héberger pendant leur épopée, vous pouvez les contacter : par téléphone au 06 83 75 86 22 ou au 06 24 76 65 39 ; par mail à l’adresse [email protected].
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